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Terres : consommation des espaces naturels, moins mais trop !

Comme chaque année, la FNSafer vient de publier un nouveau rapport sur le foncier rural au niveau national. Tour d'horizon.

Fait marquant en ce début de XXIe siècle, c'est l'intérêt croissant des opérateurs financiers et aval de l'agriculture envers le monde agricole.

La Fédération nationale des Sociétés d'aménagement foncier et d'établissement rural (FNSafer), a présenté, le
28 mai, son nouveau rapport sur les marchés fonciers ruraux en 2014. Avec un mot d'ordre pour résumer
la situation : «Consommation des espaces naturels, toujours moins mais toujours trop». Si la fédération fait remarquer une division par deux des surfaces du marché de l'urbanisation entre 2007 et 2014, elle s'empresse de pointer le fait que, au rythme actuel de consommation de ces espaces ruraux, c'est près de 8 % du potentiel agronomique de la France qui pourrait disparaître d'ici 2050, soit 6 % de la SAU. Ce qui a amené Emmanuel Hyest, président de la FNSafer à écrire : «Nous continuons à détruire une ressource qui nous fait vivre».

Terres agricoles, vignes et forêts
En 2014, la valeur du marché agricole repasse devant celle du marché de l'urbanisation. Les grandes tendances sont les suivantes : d'une part, les prix des terres et prés libres ont progressé de 2,9 % et ceux des terres et prés loués de 4 %. On constate aussi un regain d'activité en termes de volumes (+ 4, 9 %) sur le premier des deux segments dans un marché globalement déprimé. La hausse enregistrée sur les terres et prés libres est entretenue par la diminution continue des taux d'intérêt a expliqué la FNSafer. Cette dernière constate aussi que l'écart de prix entre polyculture-élevage et grandes cultures se réduit. Attention également, les prix énoncés sont des prix au niveau national mais il existe une assez forte disparité des prix par région : certains terres et prés libres de certaines régions voient leur prix rester en dessous de 3 500 euros l'hectare alors que d'autres dépassent les 6 500 euros.
Pour entrer dans le détail, le prix des terres et prés libres s'affiche à 5 910 euros l'hectare au niveau national alors que celui des terres et prés loués atteint 4 410 euros (avec un rendement locatif brut moyen de 3,1 %). En comparaison, le prix des terrains constructibles atteint 386 500 euros l'hectare (+ 5,2 %), celui des vignes AOP 136 400 euros l'hectare (+ 3,6 %), celui des espaces résidentiels et de loisirs 5 910 euros l'hectare (+ 4 %) et enfin celui des forêts 3 940 euros l'hectare (- 0,1 %).
Côté vignes, le prix des terres AOP enregistre une nouvelle hausse de
3,6 %, la hausse globale pour les vignes hors AOP étant de 5 %, à
12 700 euros l'hectare. La FNSafer signale, pour ce secteur, «une dispersion importante des prix entre appellations» (de moins de 11 000 euros l'hectare à plus de 1,1 million).
Concernant les forêts, sur un marché globalement stable pour les prix, la FNSafer signale «une reprise du marché des biens de plus de 100 hectares qui reste limité au regard des projets de fonds d'investissement et une progression continue du marché des biens de 1 à 10 hectares».
Sur le segment des maisons à la campagne, si le prix est orienté à la baisse, le nombre de transactions a tendance à augmenter avec une part des jeunes acheteurs en hausse.

Concentration des exploitations agricoles
Un fait majeur qui a attiré l'attention de la FNSafer sur le marché foncier rural 2014, c'est la «concentration à marche forcée des exploitations agricoles» en France. Autrement dit, les exploitations individuelles cèdent la place à des exploitations sociétaires au capital toujours plus grand. Ceci se traduit notamment par une progression régulière des acquisitions des personnes morales agricoles. On peut même déceler une légère accélération de ce mode d'exploitations. Le segment sur lequel ce phénomène se fait le plus sentir est celui de la vigne.
Par ailleurs, la FNSafer constate aussi une inflation des capitaux mobilisés pour l'exploitation agricole et l'apparition de nouveaux arbitrages sur le portage du foncier et l'affectation des capitaux. Ce qui marque aussi le début de ce XXIe siècle, c'est l'intérêt croissant des opérateurs financiers et aval de l'agriculture envers le monde agricole.
Les fonds d'investissement, avec leur exigence de retour sur investissement rapide deviennent des intervenants en capacité de changer la donne en matière de comportements des investisseurs.
Autre phénomène à l'oeuvre, l'arrivée des Chinois comme investisseurs et non plus comme importateurs de produits bruts ou alimentaires. L'idée, ici, est de passer d'une logique d'achat de produits à celle du contrôle des outils d'approvisionnement. En clair, il ne s'agit plus tant d'acheter une récolte mais d'acquérir les moyens de la transformer et/ou de l'acheminer vers la Chine.
Clairement, la FNSafer explique que dans un tel contexte et avec de telles logiques venant de l'extérieur de l'Union européenne bien souvent, le «modèle d'exploitation à main-d'oeuvre et capitaux familiaux, toujours dominant, se trouve remis en question». Et une autre question se pose également : la consommation d'espaces et l'arrivée de ces capitaux non agricoles représentent-elles un risque pour la souveraineté alimentaire européenne ? La question est posée...


Thierry Michel

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