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Retenues collinaires
Stocker de l'eau pour s'adapter au changement climatique

Le président de la Chambre d'agriculture de Haute-Loire, Yannick Fialip, détaille les objectifs du protocole départemental signé le 4 novembre sur les retenues d'eau en présence du Ministre de l'Agriculture.  

Un protocole départemental en vue d'accélérer la réalisation de retenues d'eau a été signée le 4 novembre en présence du Ministre de l'Agriculture à Saint-Paulien. Pouvez-vous en présenter les objectifs ?
Yannick Fialip : Le protocole a été signé par le Ministre de l'Agriculture, le Préfet, l'Agence de l'eau Loire Bretagne, l'OFB (Office Français de la Biodiversité), les Conseils départemental et régional et la Chambre d'agriculture, qui représentait les agriculteurs. À travers ce protocole, il s'agit de mettre en place un cadre qui favorise le développement de retenues d'eau et la possibilité de financements de nos agriculteurs pour la mise en place de retenues collinaires. Un certain nombre de principes ont été validés : la Chambre d'agriculture assurera l'accompagnement technique des agriculteurs tandis que l’État sera en charge de l'aspect réglementaire ; les services de l’État veilleront à ce que les retenues d'eau soit réglementaires à la loi sur l'eau...
Ce protocole est une bonne chose pour le monde agricole car l’État nous accompagne dans notre demande de pouvoir stocker de l'eau pour s'adapter au changement climatique. Car effectivement, à certaines périodes il y aura beaucoup de précipitations et donc de l'eau en quantité et d'autres qui seront très sèches... Il crée une vraie caution des services de l’État pour nos projets et permet ainsi d'éviter que des minorités empêchent leur réalisation.
Aujourd'hui nous avons besoin de faciliter le travail des agriculteurs dans  ce domaine-là et j'espère que le protocole va nous aider dans ce sens-là.
Alors, certes, tout ne sera pas réglé. Il reste encore par exemple des problèmes de zonage effectué par l'agence de l'eau qui conduisent au blocage de financements. C'est pour cette raison que nous avons interpellé le ministre sur la politique conduite par l'agence de l'eau Loire Bretagne dans notre département. Une politique qui nous parait trop restrictive par rapport à la qualité et aux quantités d'eau plutôt satisfaisantes de notre territoire.
J'avoue aussi avoir été un peu surpris par certaines structures agricoles du département qui se sont positionnées contre les retenues d'eau. Quant on sait combien l'eau est vitale en agriculture biologique ! C'est regrettable.


Concernant les agences de l'eau, le Ministre vous a-t-il apporté une réponse satisfaisante ?
Y.F : Effectivement le Ministre a dit qu'il ne pouvait pas faire un déplacement dans un département concerné par l'agence de l'eau Loire Bretagne sans être interpellé. Il a souligné qu'il y avait là un vrai sujet sur lequel il fallait travailler. De mon côté, j'espère qu'une réunion à l'échelon départemental supervisée par le Préfet permettra d'avancer sur ce point.


Quels sont les besoins du département en matière de retenues collinaires ?
Y.F : Il ne s'agit pas vraiment d'un besoin. Ce protocole vise plutôt à accompagner les agriculteurs qui souhaitent s'adapter au changement climatique. On prévoit la réalisation de petits projets autour de 5000 m3 plutôt destinés à des cultures comme le maraîchage ou des petits fruits et des projets plus importants (entre 30 000 et 50 000 m3 d'eau) destinés à sécuriser les systèmes fourragers pour les éleveurs. En terme de quantité, on table sur une dizaine de projets par an.


S'agira-t-il de retenues collectives ou individuelles ?
Y.F : Il y aura probablement une sorte de bonus (en termes d'économie d'eau ou de financements) pour la réalisation de retenues collectives, mais tout le monde ne peut pas travailler en collectif. En tout cas, il n'y a pas d'exclusion des projets individuels. Toutefois, c'est l'occasion pour les agriculteurs de réfléchir ensemble sur le sujet.


Les retenues d'eau suscitent parfois le déchaînement de violence dans certains départements. Que répondez-vous à ce genre de comportements ?
Y.F : Il va falloir qu"on apprenne à vivre ensemble dans ce pays. Notre histoire nous enseigne que nos ancêtres se sont toujours adaptés au changement climatique et à la gestion de l'eau, à l'image des Romains qui ont construit le pont du Gard, le Canal du Midi... Aujourd'hui, ce genre de position dogmatique me gène beaucoup, d'autant plus que la France est très en retard sur le stockage de l'eau comparée à d'autres pays comme l'Espagne. De plus, il faut tout de même expliqué que ces projets de retenues d'eau s'inscrivent dans le cadre règlementaire. Tout est transparent, il y a une loi sur l'eau... Ce déchaînement de violence et qui de surcroît met en avant de fausses vérités est insupportable !


On entend souvent que les retenues d'eau induisent une dégradation de l'environnement. Que répondez-vous à cette affirma-
tion ?

Y.F : Et bien c'est plutôt le contraire, car les retenues collinaires créent un écosystème de biodiversité exceptionnel. Car quand il y a de l'eau, il y a de la vie ! Dans un certain nombre de retenues, on observe un système de faune et flore d'une grande richesse. J'invite tous ceux qui n'en sont pas convaincus à venir se rendre compte par eux-mêmes sur le terrain.


Qu'attendez-vous du Varenne agricole de l'eau et de l'adaptation au changement climatique, lancé par le Gouvernement ?
Y.F : On a été précurseur en Haute-Loire avec ce protocole sur les retenues collinaires et on espère que le Varenne de l'eau débouchera sur ce type de logiques. Il faut bien comprendre que le changement climatique est effectif et que l'adaptation passera par différentes solutions telles que les retenues collinaires mais aussi par des choix de variétés plus économes en eau et d'autres principes...
On a l'impression que le gouvernement a compris l'enjeu de l'eau dans notre pays et que nous devons nous adapter. Et si l'on regarde dans notre rétroviseur, avant nous d'autres l'avaient bien compris.
Ainsi la retenue de Naussac créée il y a plus de 50 ans permet aujourd'hui de disposer d'une eau à destination humaine pour des grandes villes comme Clermont-Ferrand, de pouvoir refroidir les centrales nucléaires du centre de la France et permet à des agriculteurs situés le long de l'Allier de pouvoir arroser quelques cultures  ; une irrigation qui correspond seulement à 8% de l'eau stockée à Naussac.
 

 

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