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Pallier la perte d’actifs annoncée pour maintenir les volumes de lait

Le 23 novembre, les acteurs de la filière laitière de Haute-Loire étaient réunis à Chaspuzac pour échanger sur l’avenir du premier département laitier de la région Aura.

La présentation de l’enquête prospective par Patrice Mounier a ouvert les débats avec la salle.

Malgré l’absence de l’invité national du CNIEL, Benoît Rouyer, dont l’avion n’a pu décoller à Paris, et l’action des gilets jaunes qui a empêché certains agriculteurs de se rendre à Chaspuzac, la journée laitière organisée le 23 novembre par la FDSEA de Haute-Loire a été très riche en échanges.
Après un état des lieux de cette filière phare de notre département (voir notre journal du 8 novembre), cette réunion s’est très vite orientée sur les perspectives d’avenir de cette production.

Érosion des actifs et des points de collecte
Patrice Mounier, technicien spécialisé à la Chambre d’Agriculture de Haute-Loire, a dévoilé les évolutions présumées de la filière en Haute-Loire d’ici 2027. D’après une enquête conduite auprès des agriculteurs en 2017, la filière devrait perdre un tiers de ses actifs (soit 800 éleveurs en moins) et un tiers des points de collecte (474 points). Cette érosion des actifs devrait surtout concerner les éleveurs installés en individuel sans succession. Quant aux Gaec, affectés eux aussi par une perte d’actifs, leur pérennité devrait être assurée grâce à un maintien des volumes de lait. L’enquête prospective prévoit  une perte globale du volume de lait de 40 millions de litres d’ici 10 ans.
Autre enseignement : en 2027, la Haute-Loire devrait produire la même quantité de lait qu’en 2000 (soit 360 millions de litres) avec trois fois moins de producteurs !
Une anticipation qui a conduit les participants à cette journée à évoquer la problématique de la main d’oeuvre dans les exploitations. «Pour maintenir le volume actuel de lait (417 millions de litres), avec des exploitants  moins nombreux, il va falloir recruter des salariés» lance le président de la section laitière Eric Richard.
«Êtes-vous capables de fournir des salariés pour répondre à cette demande ?» interroge Yannick Fialip en direction du Service de Remplacement.  «La volonté y est, mais nous manquons de main d’oeuvre. Nous sommes conscients de l’enjeu. On doit attirer les jeunes dans notre métier, les former et les rémunérer. On y travaille avec les JA dans les écoles» a répondu Frédéric Pélisse. Toutefois, la principale inquiétude de ce dernier concerne la mentalité de la société qui a bien du mal à accepter les contraintes de cette profession (travail les week-end, la traite du matin et soir...).

La main d’oeuvre : le nerf de la guerre
Le recours au salariat pose aussi la question de la rémunération de la main d’oeuvre. Les prix du lait actuels rendant les recrutements difficiles, les débats se sont orientés vers l’une des solutions qui permet de valoriser le prix : la démarcation biologique.  Si selon Patrice Mounier et Gérard Chantel, président de la section bio FDSEA, le lait bio permet de générer des revenus nettement supérieurs au lait conventionnel, ce dernier a alerté l’auditoire sur la volonté de la grande distribution de banaliser ce lait.
Et en la matière l’ennemi numéro 1, c’est Edouard Leclerc avec son slogan «le bio accessible à tous» souligne le président de la section  laitière Aura,  Stéphane Joandel. Toutefois, le bio ne peut constituer une solution pour toutes les exploitations ont rappelé Yannick Fialip et Jean-Julien Deygas président de l’EDE.
Pour arriver à produire un volume équivalent à celui que l’on connait aujourd’hui avec moins de producteurs, la filière peut aussi jouer sur l’amélioration de la productivité des élevages. «Un saut énorme a été fait en terme de productivité. Pourra-t-on en faire un autre ? Rien n’est moins sûr» a déclaré Patrice Mounier.
Recruter des jeunes hors cadre familiaux pour remplacer les départs en retraite des individuels sans successeur, telle pourrait être la solution mais c’est sans compter les lourds investissements que ces reprises induisent !
La robotique, en pleine expansion en Haute-Loire (70 exploitations en sont équipées), peut également permettre de pallier un manque de main d’oeuvre.
Et si la robotisation dérangeait le consommateur, davantage attiré par l’image d’un lait produit par des vaches au pâturage ? À cette remarque portée par la vice-présidente de la FDSEA Fabienne Demars, Michel Chouvier, président de la Chambre d’agriculture répond que robotisation et pâturage ne sont pas incompatibles : «Si l’on ne charge pas un robot à son maximum, on peut très bien conduire les animaux au pâturage». Yannick Fialip a ensuite soulevé la problématique de la localisation des bâtiments qui conditionne la possibilité de pâturer ou non.
Pour solutionner un manque de main d’oeuvre, les exploitants pourraient également choisir de déléguer certaines tâches...
Les nombreux échanges avec la salle ont fait ressortir une inquiétude à l’égard de l’évolution du prix du lait. «Jusqu’à présent  nous avons compensé la baisse du prix et la hausse des charges, par l’augmentation des volumes. Mais ceci a des limites !» a expliqué Fabienne Demars non sans inquiétude. Face à ce même constat, Stéphane Joandel a fait preuve d’optimisme en mentionnant la prise de conscience générale sur les difficultés des exploitations, lors des EGA.

Zoom sur les marchés…

Des marchés marqués par la volatilité

En l’absence de Benoît Rouyer du CNIEL, c’est Christelle Barrallon, animatrice de la section régionale lait, qui a dévoilé les tendances des marchés laitiers. Depuis août 2018, la collecte décroche en France (comme en Haute-Loire) et en Europe suite à la sécheresse. La production européenne devrait manquer de dynamisme jusqu’au printemps prochain.
La volatilité croissante des prix mondiaux des produits laitiers (beurre, poudre) rejaillit sur le prix du lait payé aux producteurs français. Ces derniers font de surcroît face à une volatilité double puisqu’elle concerne aussi le prix des intrants. Le marché mondial des PGC (produits de grande consommation) laitiers s’accroît globalement mais la croissance est concentrée dans quelques zones (Asie Pacifique, Amérique latine, Moyen-Orient-Afrique et Europe de l’Est).
Autre aspect favorable : le différentiel de compétitivité avec nos concurrents sur le marché mondial s’estompe. Convergence qui résulte d’une forte augmentation des coûts de production chez nos concurrents.
L’évolution des indices de prix de vente consommateurs montrent une progression moins forte pour les laits et fromages que pour les produits alimentaires. Ces pertes de valeurs s’expliquent par la politique des GMS qui considèrent les produits laitiers comme des produits d’appel.
Au bilan la filière lait ne rémunère pas justement les éleveurs puisque 75% des producteurs de lait ont un revenu inférieur au salaire médian français.
Le prix du lait payé aux producteurs en Haute-Loire atteint en moyenne 320€/1000L (pour les grands groupes laitiers) en 2018. «Un prix
supérieur à 2017 mais dont le différentiel est entièrement grevé par la hausse des charges. Dans ce contexte, il nous faudrait plutôt un prix de base autour de 340 et 350€» a souligné Eric Richard.

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