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Loup : Des éleveurs en situation de détresse après le passage du loup

Une nouvelle attaque a eu lieu à St Haon la semaine dernière. C’est la 4ème sur le secteur, et les éleveurs sont désespérés à l’instar de Mickaël Fabre de St Christophe d’Allier.

Une attaque de loup engendre des conséquences très lourdes sur un élevage.

C’est confirmé, le loup est bien responsable d’une attaque perpétrée la semaine dernière sur le troupeau ovin de Joël Villesèche à Escublac sur la commune de St Haon, tuant une brebis et effrayant toutes les bêtes. Le rapport d'analyse de l'ONCFS (Office national de la chasse et de la faune sauvage) stipule que l'animal a été «découvert à 200 m du lieu de l’attaque, parmi un troupeau de vaches limousines qui l'a possiblement protégé de l’action du prédateur et de l’intervention des charognards» ; la brebis a été découverte par l’éleveur, morte avec une large plaie au niveau de la gorge, le prédateur n’ayant vraisemblablement pas eu le temps de la dévorer. Ce rapport précise que «la brebis tuée sur ce dommage, découverte 48 heures après l’attaque, présente les stigmates de mise à mort par prédation, avec traces de morsures très profondes, présence d’hématomes à la gorge et broyage des voies respiratoires».
Suite à cette expertise ne laissant aucun doute quant à la responsabilité du loup, la DDT (Direction départementale des territoires) devait prendre contact avec l'éleveur concerné dans les plus brefs délais, afin de proposer des mesures de protection dans le cadre du Plan Loup. Conformément à la circulaire relative à l’indemnisation des dommages causés par le loup aux troupeaux domestiques, l'éleveur sera indemnisé pour la perte de la brebis ainsi que pour les conséquences sur le troupeau impacté. Notons bien cette phrase et nous verrons plus loin la réalité.
Voilà donc résumés les faits avec les actions prévues par l’administration dans le cadre du Plan Loup.

4 attaques sur le secteur
Sur ce secteur limitrophe de la Lozère, département très impacté par la présence et les nuisances du loup, à notre connaissance on compte sur 2014/2015, 4 attaques avérées avec expertise à l’appui. Didier Hugoni délégué cantonal de Saugues fait le point : une attaque en 2014 sur un troupeau ovin à Pradelles avec plusieurs brebis tuées, 1 veau tué sur Chanaleilles, 4 brebis dans un troupeau de 200 sur St Christophe d’Allier, et le dernier cas à St Haon. «Le problème du loup est bien réel sur notre secteur. Les attaques vont monter en puissance et on sera démuni» exprime ce responsable dépité voire résigné face à ce fléau qui vient grossir la liste des difficultés rencontrées par le monde agricole. Baisse des prix, hausse des charges, sécheresse, sangliers et maintenant le loup… de quoi «déprimer les agriculteurs en place et décourager les installations».

En détresse
Mickaël Fabre du Gaec de la Pastorale à St Christophe d’Allier est une victime du loup. Sa détresse est plus que palpable alors qu’il nous explique sa situation aujourd’hui, plus de 3 mois après l’attaque sur son troupeau. Le 16 mai, une semaine après avoir sorti les brebis sur une estive, le loup a attaqué de nuit. Bilan 4 brebis tuées… mais derrière ces 4 victimes, c’est tout le troupeau de 200 brebis pleines qui a été apeuré, affolé. Alors qu’elles devaient mettre bas en octobre, presque l’ensemble de ces femelles a avorté des suites de ce traumatisme. L’expertise a prouvé que le loup était responsable de cette attaque. Les 4 brebis ont donc été indemnisées à hauteur de 160 euros par tête, le «prix normal pour des brebis élevées en bio» souligne Mickaël Fabre. Et pour le préjudice subi sur l’ensemble du troupeau, à savoir les avortements, l’indemnisation est de 0,80 €/brebis soit en tout et pour tout 160 €… Voilà le niveau d’indemnisations prévues dans le cadre du Plan Loup, pour les conséquences sur le troupeau impacté !
L’éleveur s’est alors tourné vers son assurance mais ce type de sinistre n’est pas pris en compte.
Résultat, l’éleveur accuse une perte nette de 25 000 € sur la vente des agneaux. «À la fin de l’année, je dois rembourser une annuité de 30 000 €. Comment je fais ?» lance cet éleveur au bord des larmes. Depuis l’évènement, le moutonnier a rencontré le Préfet, soutenu par la Chambre d’Agriculture et son président, les élus, il a expliqué sa situation dans les médias… Et à ce jour, il est toujours en attente de réponses et de solutions concrètes. En attendant, avec son père, ils passent toutes leurs nuits dans leur 4x4 avec leur troupeau. Et cet été, ils ont été confrontés à la bête à 5 reprises. Alors plus question de dormir sur leurs 2 oreilles, ils veillent…
Des solutions, l’administration leur en a proposées. Des clôtures renforcées pour le parc de nuit avec en plus de la grille surmontée d’un fil électrique, 2 fils supplémentaires à l’intérieur et à l’extérieur : coût 3 000 € sans compter le travail et à ce jour  toujours en attente de l’aide prévue dans le dispositif loup au plan européen. Autre solution, la construction d’un bâtiment tunnel pour mettre le troupeau à l’abri la nuit : là aussi un investissement coûteux et des fonds qui n’arrivent pas. Bref avec des mots des solutions il y en a, mais des moyens aucun.
Mickael avait une structure d’exploitation dynamique avec des moutons et des porcs conduits en bio, et commercialisés en vente directe. En Gaec avec son père, il embauchait un apprenti qui aurait pu entrer dans la société en remplacement de son père qui prend sa retraite en fin d’année. Mais le loup a lourdement compromis la stabilité de cette exploitation, voire sa pérennité, et impacté l’emploi de l’apprenti.
Aujourd’hui Mickaël Fabre doûte, pire il désespère. Lui qui a choisi de travailler dans le respect de la nature, en agriculture biologique et qui se préoccupe du devenir de son territoire, attire l’attention de ceux qui prônent le développement du loup.   Pour lui, le loup n’est pas compatible avec l’élevage, et l’élevage est indispensable pour maintenir une activité, des emplois, une vie dans des secteurs comme St Christophe et ses environs.


Suzanne Marion

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