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À l’Inrae de Marcenat, les vaches laitières redeviennent... allaitantes

Le site Inrae de Marcenat déploie un programme de recherches sur des pratiques en élevage laitier de moyenne montagne en phase avec les attentes sociétales.

Troupeau vaches laitières

Précieux allié des jardiniers qui plébiscitent ses qualités de redoutable prédatrice des pucerons, la coccinelle est aussi un objet d’étude approfondi à l’Inrae de Marcenat, non pas en tant qu’insecte mais comme programme de recherche. Coccinelle est en effet l’acronyme d’un programme initié en mars 2020 par l’équipe de l’Herbipôle et destiné à “co-construire avec les citoyens un nouvel élevage laitier écologique de montagne”. “Il s’agit de trouver des solutions pour l’élevage laitier de demain dans le Massif central qui permettent de répondre aux attentes sociétales en termes d’environnement, bien-être animal, qualité des produits...”, traduit Matthieu Bouchon, ingénieur d’études à l’Inrae de Marcenat(1).

Recherche... participative

Près de 80 personnes, éleveurs, associations d’éleveurs, parcs régionaux, conseillers techniques, enseignants, chercheurs, élus et citoyens ont été associés en amont (et le sont tout au long du projet) pour proposer des pratiques innovantes à expérimenter sur le site afin de répondre à cet enjeu d’acceptation sociétale. Un comité de pilotage en quelque sorte qui s’est accordé sur deux préoccupations prépondérantes à leurs yeux : la question de la séparation des veaux laitiers de leur mère à la naissance perçue comme contraire au bien-être animal et celle des intrants. Concrètement donc, depuis deux ans, un lot de 28 vaches laitières est conduit sur 62 hectares dédiés en laissant les veaux avec les mères jusqu’au sevrage pour les femelles, jusqu’à l’abattage (à six mois) pour les mâles. Le système d’une monotraite le matin a été privilégié pour simplifier le travail ; de toutes façons, du fait de la tétée par les veaux, la traite du soir serait réduite à peau de chagrin. “Le soir, on rentre tout le monde, sachant que les parcelles de pâture sont proches des bâtiments. On sépare les veaux des vaches pour la nuit pour limiter les tétées. Le matin, on relâche tous les couples. Les veaux se sont très vite adaptés à cette séparation nocturne”, observe l’ingénieur.

Quant à la séparation physique au sevrage, l’équipe de l’Inrae a testé une méthode qui s’est avérée efficiente : une semaine avant le sevrage, une palette anti-tétée est apposée aux velles pour un arrêt progressif de l’alimentation lactée.  Le sevrage s’effectue en groupe au pâturage, les velles étant séparées physiquement des mères dans un parc attenant aux pâtures des laitières. La séparation est donc physique mais pas visuelle et le sevrage se déroule au final sans stress, un vrai acquis pour Matthieu Bouchon.

Pas de concentrés au menu

Seconde pratique expérimentée : une conduite avec zéro intrant hormis vétérinaires. Pas de concentrés donc au menu mais des cycles productifs calés sur celui de l’herbe, indique Matthieu Bouchon. Les vêlages sont ainsi groupés autour de la mise à l’herbe de telle sorte que lorsque les besoins nutritifs des laitières sont les plus élevés, celles-ci pâturent l’herbe la plus riche. Quid des résultats sur la production de cette double pratique ? Forcément une diminution de la production laitière lors de la période d’allaitement, de l’ordre de - 30 à - 40 %, mais ramenée à - 5 à - 10 % à l’échelle de la lactation. La tétée par les veaux impacte par ailleurs la qualité du lait avec une forte baisse du taux de matières grasses mais, à l’inverse, un taux protéique plus élevé. L’explication tient à un phénomène maternel observé chez un certain nombre de vaches qui vont retenir leur lait pour le donner au veau. “On ne trait alors que le lait citernal quasiment dépourvu de matières grasses mais ce comportement varie d’une vache à l’autre et pour une même vache potentiellement d’une lactation à l’autre”, relève le responsable de l’expérimentation qui n’a noté en revanche aucun effet sanitaire : ni plus ni moins de cellules, de mammites... La non complémentation se traduit également par une petite perte de production quotidienne de l’ordre de 3 kg par vache laitière “sachant qu’on a déjà un système économe en concentré sur le reste du troupeau” (4 kg/VL/j en début de lactation). Au fil des échanges avec le comité de pilotage, a aussi été soulevée la question de la race (deux tiers prim’holstein à Marcenat, un tiers montbéliardes avec de premières velles croisées ferrandaises) : raison pour laquelle dans le lot “Coccinelle”, les montbéliardes (pures ou croisées ferrandaises) sont désormais privilégiées. Le programme expérimental va se poursuivre “autant qu’on le pourra afin d’arriver à stabiliser les pratiques pour trouver le bon compromis”, conclut Matthieu Bouchon. Le bon compromis entre un élevage laitier de moyenne montagne encore davantage vertueux au regard des attentes des citoyens mais qui permette aussi et surtout de rémunérer les producteurs.

(1) Dix-sept personnes travaillent sur le site sous la direction de Philippe Pradel.

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