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Pastoralisme
Le pastoralisme français aux multiples visages

 Le service pastoral Auvergne Estives a accueilli, du 14 au 16 septembre dans le Cantal, les Rencontres nationales du pastoralisme. L’occasion de partir en transhumance à la découverte de la richesse et des enjeux des systèmes pastoraux français.

Le pastoralisme, un vocable qui ne figurait pas vraiment dans le lexique agricole auvergnat il y a encore une dizaine d’années. Mais depuis 2015 et la création puis l’essor d’Auvergne Estives et à la faveur d’une nouvelle politique pastorale régionale, cette pratique pourtant ancestrale et toujours très vivace est revenue sur le devant de la scène faisant valoir son caractère essentiel pour l’équilibre de nombreuses exploitations et ses vertus pour le territoire.

En Auvergne, on parle d’estives, qu’est-ce qui caractérise ces espaces pastoraux et plus globalement cette pratique ?

Laurent Bouscarat, directeur d’Auvergne Estives : “En fait, ce pastoralisme auvergnat, jusqu’à peu, on le connaissait très mal, d’où le besoin de conduire des enquêtes pastorales comme celles réalisées tout récemment sur le parc naturel régional des Volcans d’Auvergne et celui du Livradois-Forez. Ces enquêtes ont confirmé que le pastoralisme en Auvergne est majoritairement géré de façon individuelle, les estives collectives ne représentant que 15 % des surfaces pastorales, ce qui nous distingue par rapport à des massifs comme les Alpes ou les Pyrénées. Ces estives individuelles sont plutôt de petite taille, de l’ordre de 35 ha en moyenne, tandis que les collectifs pastoraux ont des surfaces variables : de 50 ha avec deux, trois éleveurs regroupés, à 2 100 ha, 4 000 bovins estivés et 200 éleveurs adhérents pour la Coptasa qui est la plus grosse estive collective du Massif central et de France. La grande majorité de ces estives sont valorisées par des bovins, surtout des bovins allaitants (système broutards), les troupeaux laitiers y sont peu nombreux de même que la transformation fromagère, hormis sur la zone saint-nectaire. Il existe cependant aussi sur le Puy-de-Dôme et la Haute-Loire des estives collectives ovines dans les monts Dôme et le Mont-Dore. Majoritairement, la transhumance reste plutôt locale, au sein de la même commune ou dans la commune voisine, même si elle se pratique aussi d’un département à l’autre avec des Aveyronnais qui estivent dans le Cantal et des Cantalous qui estivent dans le Puy-de-Dôme...”

Autre caractéristique : ce sont des surfaces herbagères productives comme sur le Cézallier, l’Aubrac, les monts du Cantal ou le Mont-Dore. Cette pratique est-elle toujours aussi développée ?

L. B. : “Oui, c’est quelque chose de profondément ancré dans l’équilibre des systèmes de production auvergnats.  Le recours à l’estive permet de décharger le siège d’exploitation et d’y faire des stocks pendant la période de transhumance, soit généralement du 20 mai au 15 octobre.”

Sécheresse, campagnols, loup... un cocktail explosif pour les estives...

L. B. : “On s’aperçoit en effet que ces territoires sont fragilisés notamment par la raréfaction de la disponibilité en eau. On l’a vu cet été, des éleveurs d’estives privées ont redescendu de façon précoce leurs animaux plus par manque d’eau pour les abreuver que d’herbe. La seule eau accessible sur ces territoires c’est celle des sources valorisées qui souffrent avec les années comme celles que l’on vit. Sur le Cézallier, des sources se sont taries pour la première fois depuis 60 ans. C’est un véritable enjeu pour le maintien de l’activité pastorale. Il y a des moyens d’y faire face, via la modernisation des installations, un raisonnement et des projets collectifs comme cela se fait dans le cadre du PPT (plan pastoral territorial). On doit aussi faire face à une moindre production herbagère, liée à des périodes de canicule et sécheresse cumulées aux pullulations de rats taupiers. À la Coptasa, le constat est qu’en moins de dix ans, on a dû abaisser le chargement de 15 %. Et puis s’ajoute la prédation qui complique encore l’activité pastorale, notamment ovine. C’est une vraie inquiétude à laquelle certains éleveurs ont répondu en créant par exemple l’estive ovine du Puy Mary.”

Quelle a été la genèse et quelles sont aujourd’hui les missions d’Auvergne Estives ?

L. B. : “À sa création en 2015, c’était une fédération d’estives collectives qui se sont regroupées pour être mieux reconnues dans le contexte d’une nouvelle Pac dont on ne savait pas à quelle sauce elle allait nous traiter. Il s’agissait d’être plus forts ensemble pour essayer de pérenniser les estives collectives d’Auvergne, travailler sur nos statuts, nos fondamentaux puis sur des MAEC (mesures agroenvironnementales et climatiques). Petit à petit, on a travaillé avec différents partenaires, les collectivités... Puis a émergé une nouvelle politique pastorale régionale qui nous a permis de développer de nouveaux outils, de devenir le service pastoral d’Auvergne, de monter en puissance avec trois chargés de mission et développer des projets avec un premier gros dossier, le plan pastoral territorial du PNR des Volcans d’Auvergne, déposé début 2022 et dont le parc nous a confié l’animation. La même démarche se profile avec le PNR du Livradois-Forez. Nous avons aussi des contacts avec d’autres collectivités qui ont des projets autour de cette nouvelle politique pastorale régionale.”

Qu’est-ce qui a motivé votre candidature à l’accueil de ces rencontres nationales ?

L. B. : “Ça faisait un moment qu’elles ne s’étaient pas tenues dans le Massif central, on a jugé qu’avec le PPT, des projets concrets, 2022 était le bon moment pour les accueillir et mettre en avant ces initiatives. La volonté des administrateurs d’Auvergne Estives, c’est de partager avec le plus grand nombre la réalité, les spécificités et les enjeux du pastoralisme auvergnat, de mettre en avant le fait que ces espaces sont des territoires vivants, où il y a de l’activité, des hommes, de l’économie qu’il faut préserver en les dotant d’outils d’accompagnement.”

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