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Energie
Le biogaz a de beaux jours devant lui

La guerre en cours remet l’autonomie énergétique de la France sur la table. Selon GRDF, les importations de gaz russe pourraient être substituées à 100% par la production de biogaz dans des unités de méthanisation, semblables à celle de Brioude.

Nathan Lamat, exploitant agricole près de Brioude et membre de la SARL Agri Briva Métha, explique  le fonctionnement de l’unité de méthanisation à des élus et promoteurs invités par GRDF.

Le 24 mars dernier, la société GRDF a organisé une rencontre sur le site de l’unité de méthanisation Agri Briva Métha à St Laurent Chabreuges. Construite par 5 exploitations agricoles et fonctionnant avec 100% de substrats produits dans ces fermes, elle génère depuis août 2019, 79 Nm3/h couvrant plus de 10% des besoins en gaz global (résidentiel et industriel) de l’agglomération de Brioude. D’abord largement décriée par la population à sa genèse, cette unité de production trouve désormais toute sa place dans son environnement et fait écho à la crise énergétique actuelle.


60% d’effluents d’élevages
Près de 10 ans auront été nécessaires à la SARL Agri Briva Métha pour faire sortir de terre son unité de méthanisation. Les cinq exploitations brivadoises en polyculture-élevage qui la constituent, recherchaient «une diversification sécurisée sur le long terme permettant de valoriser dans le même temps les effluents d’élevages» explique Nathan Lamat du Gaec du Froment Vif. La méthanisation s’impose comme une évidence, même si, à ce moment-là «les projets étaient à leurs débuts». Plusieurs années de réflexion, de recherches et d’études auront été nécessaires au groupe d’éleveurs avant que le premier coup de pioche ne soit donné. Entre temps, les techniques et technologies autour de la méthanisation se développent. «Notre projet tel qu’il est actuellement est différent de celui imaginé au départ. Nous pensions davantage à la production d’électricité que de biogaz.» 
Dix ans plus tard et 3,8 millions d’euros investis (dont 17% de subventions de l’ADEME, du Conseil Régional AuRA et des fonds propres), l’unité de méthanisation est désormais pleinement opérationnelle. Elle est alimentée quotidiennement par 25 tonnes de substrats agricoles dont 60% de fumiers et lisiers, 30% de déchets de cultures dérobées et 10% de cultures dédiées. « Chaque exploitation produit 10 ha de maïs seulement pour le méthaniseur. Cette nouvelle activité n’a demandé aucun changement dans nos systèmes d’élevages» précise Nathan Lamat.


Les agriculteurs restent maîtres du jeu
Une fois que la magie de la méthanisation opère, près de 7 500 MW/an sont produits et réinjectés dans le réseau de gaz traditionnel de Brioude. C’est là qu’intervient GRDF. La société française spécialisée dans la distribution de gaz n’est, dans cette affaire, qu’un prestataire de service. «Notre rôle est de réaliser des contrôles qualité et transporter le gaz via notre réseau» explique David Slaney, ingénieur d’affaires biométhane chez GRDF. Les agriculteurs restent les maîtres de leur outil, de l’approvisionnement à la gestion de ce dernier, jusqu’à la revente. C’est d’ailleurs au nom de leur SARL Agri Briva Métha qu’ils ont signé un contrat de vente d’une durée de 15 ans avec Butagaz. En plus du gaz, les agriculteurs bénéficient d’une production de
15 000 tonnes de digestat aux valeurs fertilisantes plus élevées qu’un fumier.
Cette production de biogaz à partir des effluents d’élevages étaient jusqu’à très récemment un objectif chiffré pour GRDF. La guerre en Ukraine l’a transformé en cheval de bataille. Si l’unité de Brioude est l’unique du genre en Haute-Loire, deux autres sont déjà en service en Auvergne. Elles seront rejointes par quatre autres unités (en cours de construction dans le Puy-de-Dôme et l’Allier) d’ici la fin de l’année 2022. « À l’échelle nationale, 380 sites sont en cours de fonctionnement. Entre fin 2022 et début 2023, nous compterons 500 unités. Nous sommes loin de l’épiphénomène.»


Objectif : 1 000 méthaniseurs en 2030
GRDF souhaite aller encore plus loin et surtout plus vite. Antoine Sellier, responsable national de la promotion privée, voit dans cette production de biogaz un moyen de supplanter les importations de gaz russe en France. «Nous avons les capacités sur notre territoire de produire d’ici huit ans, 20% de nos besoins en gaz grâce à la méthanisation. Nous aurions alors de quoi remplacer les 17% d’importations de gaz russe. L’État doit juste mettre les moyens pour permettre de le faire. Je ne parle pas forcément de financement mais d’assouplir légèrement la réglementation.»
L’objectif de GRDF est d’atteindre
1 000 méthaniseurs en injection de biogaz d’ici 2030. Le responsable affirme cependant vouloir «éviter le phénomène de semer pour produire, comme cela se fait en Allemagne». Bien que «chaque projet de méthanisation soit différent», les systèmes fonctionnant majoritairement avec les effluents d’élevages sont «plus vertueux et acceptables».  
 

 

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