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Sommet
" La hausse des charges rend urgente l’augmentation des prix "

Face à l’augmentation des charges, Patrick Bénézit, président de la Copamac et SG adjoint de la FNSEA estime indispensables une augmentation des prix à la production et une PAC finalisée par une stratégie non discriminante sur l’accès à l’aide protéines.

Les mobilisations du 25 mars ont sans aucun doute permis d’infléchir  les décisions sur la Pac, selon Patrick Bénézit.

À l’occasion du Sommet de l’Élevage (5 au 8 octobre à Clermont-Ferrand), un temps d’échange sur le second volet de la loi EGA est prévu avec le ministre de l’Agriculture. Rappelez-nous ce qui a motivé ce second " round " et qu’en attendez-vous ?
Patrick Bénézit : Nous avons milité pour une deuxième version des EGA, car la première ne fonctionne pas. Cette seconde version matérialisée par la loi Besson-Moreau reprend pas mal d’éléments stratégiques qui nous avaient été refusés la première fois. L’un de ces éléments est le fait que la négociation parte toujours du coût de production et que la cascade se fasse jusqu’au distributeur en toute transparence. Le sujet c’est bien que nous couvrions nos coûts de production.


Le texte qui vient de passer au Sénat après avoir été voté à l’Assemblée nationale est-il de nature à garantir cet objectif ?
P.B. : Le texte sorti du Parlement allait dans ce sens avec un gros travail de la profession sur ce sujet. Le texte est passé au Sénat. ll y a des choses qui ont été améliorées, quelques points qui ont été détériorés. Nous espérons qu’en commission mixte parlementaire, les quelques points restants iront dans le bon sens. Quoi qu’il en soit, nous demanderons au ministre mardi matin lors du Sommet de l’Élevage, l’application immédiate du texte. Nous mettrons la pression sur le gouvernement. La DGCCRF devra faire le travail immédiatement, parce que nous avons l’expérience qu’avec la loi EGA 1, certaines mesures pourtant adoptées, n’ont jamais été contrôlées. Cette entrée en vigueur rapide est d’autant plus urgente que les agriculteurs subissent depuis plusieurs mois une augmentation importante de leurs charges, et des épisodes climatiques dramatiques (gel, grêle…). Ils ne pourront passer le cap sans hausses de prix significatives.


En quoi cette loi peut être bénéfique pour toute la filière ?
P.B. : Le combat au niveau parlementaire a été ardu, car les choses n’étaient pas partagées par un certain nombre de nos partenaires. Mais force est de constater que ce texte permet à nos coopératives et à nos industriels de retrouver des positions beaucoup plus propices à la négociation avec les distributeurs. Ce texte revient sur la LME (loi de modernisation de l’économie), qui avait placé la grande distribution dans une position ultra dominante. Nos partenaires auront des armes majeures, qu’ils n’avaient pas avant, pour aller négocier. Dans ces conditions, nous n’avons pas apprécié que certains d’entre eux veuillent influer sur la loi, leur permettant de mieux négocier sans pour autant rendre aux producteurs des prix au niveau du coût de production. Mais heureusement cela n’a pas abouti.

Sur la Pac, alors qu’on connaît désormais les grandes lignes du plan national stratégique, reste en suspens la question de l’éligibilité aux aides protéines. Qu’allez-vous demander au ministre ?
P.B. : Sur la Pac, il faut dire que nous revenons de loin. Les agriculteurs qui ont manifesté le 25 mars à Clermont et à Lyon ont eu raison parce que le dossier était très mal engagé. Bien que nos départements devraient retrouver à peu près leurs volumes financiers, il pourrait y avoir des écarts importants entre les uns et les autres, et nous ne sommes clairement pas sur une réforme orientée vers l’élevage, puisqu’une partie des aides couplées animales va être transférée vers la protéine végétale. C’est pour cela que nous tenons absolument à ce que tous les territoires aient accès à cette aide sur les légumineuses fourragères, et ce de manière équitable, sans discrimination. Cette nécessité est d’autant plus forte au regard de l’explosion du coût de l’alimentation du bétail.


Le Président de la République a annoncé début septembre une réforme de la gestion des risques. Le secteur de l’élevage pourra-t-il y trouver son compte ?
P.B. : Cette réforme est nécessaire. Elle va dans le bon sens mais devra tenir compte des spécificités du secteur de l’élevage. Si les premières propositions qui permettent d’abaisser les seuils de déclenchement à 20% pour les éleveurs, est une bonne chose, reste une inquiétude forte sur la moyenne quinquennale qui peut plomber tous les dispositifs. Il nous faut un pas de temps plus long, et une méthode pour jauger la pousse de l’herbe et la perte estimée dans l’élevage vraiment opérationnelle et objective. Autrement dit, avant d’abandonner les commissions d’expertises départementales, nous disons au Gouvernement de veiller à bien régler les appareils de mesure tels que les satellites.


Prix, Pac, gestion des risques… La trentième édition du Sommet sera aussi l’occasion d’aborder(¹) avec les responsables politiques, le rendez-vous majeur de la présidence française de l’Union européenne (du 1er janvier au 30 juin 2022)…
P.B : Nous comptons sur la présidence française de l’Union européenne pour qu’en matière agricole, nous revenions aux fondamentaux. À savoir, que les agriculteurs soient exemptés du droit de la concurrence comme le prévoyait initialement le Traité de Rome. Dans le même esprit, nous comptons sur la France pour stopper l’importation en Europe de denrées qui ont été produites avec des méthodes interdites en France et en Europe. C’est de la concurrence déloyale et de la tromperie du consommateur. Enfin, nous ne comprenons pas le green deal européen, cette politique qui nous ferait rentrer en décroissance et qui, de l’aveu même de certains rapports européens, nous obligerait à importer notre alimentation. L’Europe doit retrouver de la cohérence.
 

(1) D’autres sujets devraient être abordés avec le ministre, notamment celui de la prédation (loups, vautours, rats taupiers…).

 

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