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Rencontre
"Je reste vigilant pour que l'agriculture de mon département puisse se porter au mieux"

La semaine dernière FDSEA et JA de Haute-Loire ont rencontré les parlementaires du département. Retour sur les sujets abordés avec le sénateur Olivier Cigolotti.

Olivier Cigolotti : "On a la chance d'être dans un département où on a une agriculture qui est à la fois mesurée en terme de taille d'exploitations, et raisonnée en termes de pratiques d'élevage ou de production"

La semaine dernière, suite à un mot d'ordre de la FNPL (Fédération nationale des Producteurs de Lait), des représentants de la FDSEA et de JA43 (Éric Richard pour la FDSEA et Sylvain Beraud pour les JA, accompagnés par Anne Rogues directrice FDSEA et Anaïs Thiolière animatrice JA) ont rencontré les parlementaires de Haute-Loire pour faire un point avec eux sur les sujets d'actualité. Le sénateur Olivier Cigolotti revient sur cet échange : "j'avais, face à moi, deux producteurs laitiers, dont un jeune agriculteur de St Jean Lachalm. Avec ces deux passionnés, de deux générations différentes, on a pu évoquer de nombreux sujets, et c'était très intéressant".
L'idée de cette rencontre était de faire un tour d'horizon de toutes les problématiques liées à l'agriculture, et à l'élevage en particulier, sur le département. Premier sujet abordé, la Loi Egalim.

Quel est votre sentiment sur cette loi ?
Olivier Cigolotti : On a fait Egalim 1 pensant qu'on réglerait une partie du problème de la rémunération des agriculteurs ; on a fait Egalim 2 pensant qu'on n'était pas allé assez loin sur Egalim 1 (NDLR : sur ce point)… pour assurer un encadrement des prix pour les fournisseurs dans le cadre des négociations avec la Grande distribution. Et on s'aperçoit que ni Egalim 1, ni Egalim 2 ne produisent les effets attendus initialement. Le texte qui arrive cette semaine à l'Assemblée et qui sera examiné ultérieurement au Sénat, porte principalement sur la discussion entre fournisseurs et Grandes surfaces. Je suis très partagé sur le sujet… À défaut d'accord au 1er mars, c'est une rupture unilatérale du contrat, mais qui oblige le fournisseur à livrer aux conditions antérieures soit aux prix de référence de l'année précédente. La volonté du texte, est qu'il y ait un accord au terme des négociations ; négociations encadrées par l'État. Mais ça, c'est valable dans un monde parfait. Le problème, c'est qu'in fine, c'est la Grande distribution qui a le dernier mot. Je doute donc de l'intérêt de ce texte porté par le Député Decrozailles, à part le fait de ne pas obliger à reprendre une tarification complètement obsolète….
Le bien-fondé de la Loi Egalim 1, qui visait une juste rémunération des agriculteurs, est un vœu pieu… Aujourd'hui, sur les 4 principales centrales d'achats, System U a été délocalisé en Suisse et les Centres Leclerc en Belgique pour essayer de contourner les règles édictées en France. Je trouve cela dommageable. Et à la sortie c'est toujours le plus petit et le moins fort qui en paie les conséquences, à savoir nos éleveurs et nos producteurs. Et même si les Grandes surfaces se targuent de vouloir proposer des prix attractifs pour les consommateurs, on sait très bien que les grands gagnants de ces bras de fer restent les GMS.

Autres sujets abordés, les problèmes liés au dérèglement climatique, dont les problèmes de l'eau ?
O.C. : On a la chance d'être dans un département où on a une agriculture qui est à la fois mesurée en terme de taille d'exploitations, et raisonnée en termes de pratiques d'élevage ou de production, une agriculture très vertueuse qui peut être un modèle pour d'autres départements. On a des gens passionnés, fiers d'être altiligériens et amoureux de leur métier et de leur territoire.  On a un territoire qui, d'un point de vue agricole, est encore attractif sur les productions d'élevage, notamment grâce à un certain nombre d'appellations comme les veaux des Monts du Velay, le porc et bœuf de Haute-Loire, l'agneau Noir du Velay… et aussi les Perles du Velay.
Sur l'eau, nos producteurs sont conscients des enjeux et des défis à relever. À titre personnel, je suis favorable, dans le contexte actuel, à la réalisation de retenues collinaires, à la taille de nos départements. Il s'agit de pouvoir stocker l'eau lorsqu’elle tombe. J’entends trop souvent l'amalgame fait entre retenues collinaires et bassines. La retenue sert uniquement à stocker l'eau de pluie, alors qu'une bassine pompe et stocke. Il faut qu'on fasse des petites retenues dans tous les secteurs où elles peuvent être utiles. De plus, étant en charge de la sécurité civile dans mon groupe au Sénat, ces réserves peuvent aussi être utiles et servir de ressources en eau, sur des périodes comme on a connu cet été, pour lutter contre les incendies. C'est un enjeu majeur en terme de protection des biens et des personnes.
On a aussi évoqué la sécheresse 2022 qui restera dans les annales, avec des pertes de récolte de plus de 40%, et une inquiétude pour les années à venir. J'ai perçu une réelle prise en compte de ces problématiques par le milieu agricole, une bonne connaissance des effets à long et moyen terme du changement climatique, et une réelle volonté de s'adapter sur leurs pratiques culturales. Les organismes professionnels font un travail remarquable sur ces sujets.

Et sur les coûts de l'énergie ?
O.C. : En tant que vice-président de la Commission des affaires étrangères et de la défense au Sénat, j'ai une attention particulière sur le conflit qui sévit aux portes de l'Europe et sur les conséquences que ce conflit peut avoir sur le quotidien de chacun d'entre nous. Elle impacte les entreprises, les industriels et les artisans, mais aussi l'agriculture de par le coût des intrants et notamment l'énergie. On a évoqué les textes votés au Sénat en matière d'agrivoltaïsme qui permettent aujourd'hui de faciliter l'installation de champs photovoltaïques sur des parcelles agricoles. Le constat posé est qu'il est nécessaire d'encadrer ces pratiques ; il faut qu'il y ait une charte, car il ne faut pas que les agriculteurs deviennent prioritairement des producteurs d'énergie avec une production agricole accessoire. Mais si ça leur apporte un complément de revenu, qu'ils produisent pour l'autoconsommation et que ça améliore le mix énergétique, c'est tout à fait louable. Il faut seulement être vigilant sur l'emplacement de ces installations, et je sais que la FDSEA et les JA y veilleront.

Vous avez également parler chasse…
O.C. : J'ai été maire de St Romain Lachalm pendant 20 ans, et les problèmes de chasse, je les ai bien connus et les ai pris à bras le corps, mais ils ne sont pas toujours faciles à régler. Pourtant, il faut se mettre autour d'une table, quelle que soit la position des uns et des autres. Je suis opposé à un jour de non-chasse, notamment le dimanche ; il y a moyen de partager l'espace entre gens intelligents. Un certain nombre d'agriculteurs sont chasseurs et savent que c'est une activité de loisirs, mais qui a aussi pour intérêt de réguler le gibier. La grande majorité des chasseurs sont respectueux de l'environnement, sensibles aux préoccupations des agriculteurs, conscients de leur rôle en matière de régulation du gros gibier. Parmi eux vous en avez une petite poignée qui sont des extrémistes -j'ose le terme- et qui ne voient que cette passion débordante au mépris de l'intérêt général, du territoire et de ceux qui en sont les acteurs économiques. Je suis aussi opposé à l'introduction d'espèces sur notre territoire ; ainsi, le chamois n'a pas sa place dans les gorges de l'Allier et en Haute-Loire. Il y a un risque sanitaire fort, or les agriculteurs ont déjà fort à faire avec la présence du loup…

Vous avez aussi été interpellé sur l'avenir de la filière Lentille Verte du Puy ?
O.C. : La Lentille, c'est à la fois une très belle image pour notre territoire, très belle ambassadrice de notre gastronomie, mais c'est un sujet de préoccupations pour les producteurs. Elle est sensible aux aléas climatiques, et elle ne peut bénéficier de certains produits phytos qui sont aujourd'hui interdits. Et donc, un certain nombre de producteurs historiques de Lentilles se posent la question de la rentabilité, et de l'intérêt face aux besoins en fourrages de leurs exploitations. C'est un vrai sujet…

Pour conclure, qu'avez-vous pensé de cet entretien ?
O.C. : Je demande à ce qu'il soit un peu institutionnalisé, qu'on se voit a minima une fois par an. On a l'occasion de rencontrer les acteurs économiques, à diverses reprises, sur les territoires mais aussi à travers les relations que l'on a avec la Chambre d'agriculture. C'est l'avantage d'un département comme la Haute-Loire, où il suffit, pour un responsable agricole, de décrocher son téléphone pour avoir avec nous parlementaires, députés ou sénateurs, un échange sur une problématique particulière. J'apprécie que Yannick Fialip, ou un autre responsable, m'appelle en me disant d'apporter une attention particulière sur un texte. C'est d'une facilité et d'une efficacité très appréciées pour ma part.
Pour les questions agricoles, c'est plutôt le domaine de Laurent Duplomb dont c'est l'activité et il siège à la Commission des affaires économiques. Mais, c'est pas parce que on n'est pas dans cette commission qu'on ne s'intéresse pas à l'économie de notre territoire. Je ne suis pas agriculteur mais je reste vigilant pour que l'agriculture de mon département puisse se porter au mieux.
 

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