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Interview : «Les outils de régulation et de gestion de crise sont une nécessité pour l’économie agricole»

Le tour des grandes problématiques agricoles actuelles avec Eric Andrieu, premier vice-président de la commission de l’agriculture et du développement rural au Parlement européen.

De gauche à droite : Léa Geneix chargée de mission au Sidam, Christine Valentin, présidente de la Chambre d’agriculture de Lozère et Eric Andrieu, premier vice-président de la commission de l’agriculture et du développement rural au sein du Parlement européen.

Comment percevez-vous la crise agricole actuelle et comment l’expliquez-vous ? Eric Andrieu : «La crise agricole actuelle est grave puisque des pans entiers de l’économie agricole sont mis en péril. Concernant la genèse de cette crise, il faut souligner que dans l’agriculture on se trouve toujours confronté à des crises cycliques et celle que l’on vit actuellement en est une de plus. Toutefois cette crise-là est assez symptomatique d’une réalité de l’agriculture  ; parmi les facteurs déclenchants de cette crise, on parle beaucoup de l’embargo russe, de l’affaiblissement de la demande sur les marchés traditionnels, de la sécheresse. Mais je crois que cette crise est aussi le résultat (en particulier pour le lait et le porc) des choix politiques et professionnels en matière agricole à l’échelle communautaire. Je crois qu’une des causes majeures de la crise c’est l’abandon des outils de régulation en particulier des quotas laitiers ; pour ma part, j’étais farouchement opposé à l’abandon des quotas laitiers. Nous avons alerté sur les risques induits par cette décision, mais nous avons été minoritaires à l’échelle de l’Union européenne et le résultat est là aujourd’hui ! Les outils de régulation et de gestion de crise sont une nécessité pour l’économie agricole».


Comment venir à bout de cette crise selon vous ? Eric Andrieu : «Il y a deux enjeux : sortir du déni de la réalité, perçu chez certains responsables européens (dont le président de la commission européenne Phil Hogan avec qui je me trouve en total désaccord) et sortir du mythe de l’exportation.On a conduit bon nombre de nos éleveurs vers la conquête d’un marché à l’exportation ; or, sur ce point je crois qu’il faut raison garder. D’autant qu’il y a encore une part de marché français et européen significative à conquérir dans de nombreuses productions (ovins, lait...). On doit reconquérir les marchés français et européens.Il y a aussi la nécessité de mettre en oeuvre des outils de régulations ; c’est pourquoi au Parlement, nous demandons à la commission européenne de faire des propositions en ce sens.Parlementaires et profession agricole devront faire corps pour   montrer la nécessité de ces outils-là. Tout dépend du type d’agriculture européenne que nous voulons : veut-on éliminer les paysans sur nos territoires et produire du bien alimentaire uniquement avec des industriels ou bien veut-on maintenir l’agriculture qui est indispensable au maintien de la vie économique sur nos territoires ruraux ? C’est une discussion que nous devons engager au sein du Parlement et de la Commission européenne.  Et il faut dès à présent se mettre d’accord sur les objectifs de la PAC post 2020».


La France est-elle la seule à défendre ce modèle agricole ? Eric Andrieu : «Ce qui nous distingue des autres pays, c’est notre histoire et c’est aussi le rapport que la France pose à son économie agricole liée au territoire. Nous avons un vaste territoire et la volonté que l’économie agricole se trouve sur l’ensemble du territoire même si ces dernières années nos politiques successives ont conduit des pans entiers de notre territoire à voir disparaître son agriculture. Mais malgré tout, la question de la production agricole et du territoire est encore présente dans notre pays, ce qui n’est pas forcément le cas dans des Etats comme les Pays-Bas ou le Danemark. L’approche de ces pays est donc différente de la nôtre. Il faut que la France, qui a été leader dans la construction de la PAC, affirme sa position et lance les discussions».


La France est concernée par un retour de la FCO sur son territoire. Qu’en est-il dans les autres pays de l’UE ? Eric Andrieu : «On observe un développement de cette maladie dans les pays de l’Est de l’Europe (Partie sud de l’Italie, Grèce, Bulgarie, Roumanie, Hongrie, Croatie...). La question est de savoir quelle réponse apporter à ce problème sanitaire sur notre territoire français.De notre côté, au niveau de la commission de l’agriculture, nous avons pris l’engagement de rencontrer des responsables de la commission européenne de façon à pouvoir amener des réponses rapides au niveau européen et permettre ainsi le départ  des animaux qui doivent être exportés.


Quelle est la marge de manoeuvre de l’UE sur la question de la FCO ? Eric Andrieu : «A court terme, les réponses viennent à la fois de l’état (aide à la vaccination...) et de l’Union européenne. Sur le long terme, il faudra peut-être que l’on déclasse la FCO, ce qui éviterait la mise en place d’un zonage dont les conséquences économiques sont importantes.La demande de déclassement de la FCO doit être à la fois portée par l’état français (via le Ministre de l’Agriculture) et par la commission de l’agriculture au sein du Parlement européen».


Propos recueillis par Véronique Gruber

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