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Horizon : Voyage au cœur de l’or bleu de la Provence

Depuis vingt-cinq ans, on célèbre du côté du Coustellet, dans le Vaucluse, celle qui colore et odore de ses brins la Provence. Visiter le musée de la lavande c’est plonger dans un univers subtil de senteurs.

Le musée de la lavande est situé sur la commune du Coustellet dans le Vaucluse. La visite aiguise tous les sens.

Vous voudriez l’ignorer que vous ne le pourriez pas. La lavande est à la Provence ce que les pins sont aux Landes, les volcans à l’Auvergne, les cigognes à l’Alsace… Perceptible par son intensité si particulière et par ses fragrances qu’elle distille crescendo de mai à juillet, la lavande se raconte depuis vingt-ans au Coustellet. En plein cœur du parc naturel régional du Luberon, le musée de la lavande a été imaginé par son fondateur Georges Lincelé com-me un temple de la lavande fine.Comprendre sa culture, son histoire, ses vertus, ses qualités et son avenir, et surtout d’emblée rendre à César ce qui lui appartient : la lavande fine, pousse dans les montagnes sèches provençales au dessus de 800 mètres d’altitude(1) , contrairement au lavandin cultivé entre 0 et 800 mètres d’altitude dans le monde entier. Autrement dit, il y a fort à parier que les plants de lavande ornant votre jardin sont en réalité du lavandin.


N’est pas lavande fine qui veut…

Lavande fine et lavandin, deux produits en apparence très proches, mais qui ont chacun leurs vertus et leurs usages. De petite taille, la lavande fine possède une seule fleur sur chaque tige. Elle se reproduit par graine. On l’appelle aussi «lavande de population». De tout temps utilisée pour ses vertus médicinales, elle fut «l’or bleu de la Provence» quand elle était recherchée par les plus grands parfumeurs pour sa fragrance très délicate d’où le nom de «lavande fine» utilisé par les producteurs. Il faut environ 130 kg de fleurs pour obtenir 1 litre d’huile essentielle par distillation. Un hectare de plantation pourra les bonnes années, produire jusqu’à 25 litres d’huile essentielle. De grande taille, le lavandin possède quant à lui deux ramifications et forme une touffe très développée en forme de boule. C’est un hybride issu d’un croisement entre la lavande fine et la lavande aspic. II est stérile donc l’homme le multiplie par bouturage. «Il a été mis en culture à partir des années 1950, et depuis on le confond avec la lavande fine. Ce qui est une erreur car il a un parfum plus fort, beaucoup moins subtil que la lavande fine, et, il ne peut être utilisé pour des vertus médicinales», précise l’une des guides du musée. Son utilisation reste donc industrielle pour parfumer les produits d’entretien, les détergents. La fleur est utilisée pour la confection des «petits sachets de lavande». Il faut environ 40 kg de fleurs pour obtenir 1 litre d’huile essentielle de lavandin. Un rendement bien plus intéressant que la lavande fine !


Collection de distillateurs itinérants

Par une série de vidéos et par des ateliers olfactifs, sensoriels, le musée fait toucher du doigt cette différence notoire. D’hier à aujourd’hui, on y apprend aussi comment est cultivée la lavande, avec une imposante collection de matériels agricoles, comprenant pas moins d’une dizaine de distillateurs itinérants. À la fin du XIXème siècle, la récolte de lavande sauvage se pratiquait alors dans les baïassières, endroit où poussaient les lavandes appelées en patois «baïasses». Pour en augmenter le rendement, les paysans les nettoyèrent en les éclaircissant pour que les plants se développent mieux, en les binant pour les désherber.


De l’artisanat à la lavandiculture

Les lavanderaies s’organisaient d’autant mieux que la vente de lavande représentait un revenu de plus en plus important, une manne à l’époque sur ces terres si pauvres. La lavande était aussi appelée l’or bleu car elle se payait fort bien et cash. Les lavandes sauvages étaient alors coupées à la faucille par une main d’œuvre locale, souvent des femmes, des enfants, des bergers mais plus tard lorsque les chantiers de coupe se sont organisés, il n’était pas rare de faire appel à des équipes de saisonniers italiens ou espagnols. La distillation était au début itinérante, on l’installait toujours près d’un point d’eau puis les fermes se sont équipées de leurs propres distillateurs. Les techniques ont évolué au fil du temps. Dans les années trente, culture, distillation, commercialisation se sont professionnalisées. La lavandiculture était née. Aujourd’hui, 20.000 hectares de lavande sont cultivés sur quatre départements : la Drôme, les Alpes de Haute-Provence, les Hautes-Alpes et le Vaucluse. 2.000 producteurs vivent de cette culture, qui draine pas moins de 25.000 emplois. La transformation se fait notamment via 120 distilleries dont trente sont ouvertes aux visiteurs.

Sophie Chatenet

(1) Le plateau de Sault et le plateau d’Albion représentent 70% des cultures de lavande fine.

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