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Campagnol terrestre
«On est dépassés… sans solution»

à St Front, Joël et Fabienne Demars du Gaec des Bouines, sont dépassés face au fléau du campagnol terrestre, qui détruit l’ensemble des prairies et met à mal la pérennité de leur exploitation.

Dégâts de campagnols sur prairie à St Front chez Joël et Fabienne Demars.

«Toutes nos parcelles sont impactées» lancent Fabienne et Joël Demars, éleveurs laitiers à St Front. Le campagnol est devenu depuis 3 ans au minimum, un véritable fléau sur ce secteur, qui de plus, tend à s’étendre au fil des ans. Fabienne, délégué cantonale FDSEA et élue Chambre d’agriculture, a alerté les responsables professionnels à de multiples reprises, mais le campagnol n’a que faire des mots ; il continue à retourner les parcelles et à recouvrir l’herbe de terre.
Les associés du Gaec des Bouines ne savent plus que faire pour endiguer cette prolifération qui met à mal leur exploitation comme celles de leurs voisins. Car c’est bien de la pérennité de l’élevage sur ce secteur du Mézenc dont il est aujourd’hui question, et ce à court terme.


Système herbager remis en cause
Les époux associés disposent de 87 ha de prairies naturelles, regroupés autour du corps de ferme, sur lesquels ils élèvent 60 montbéliardes et leur suite, une centaine d’animaux au total. Ils produisent en moyenne 430 000 litres de lait qu’ils vendent aux Ets Gérentes. Ce modèle d’élevage, plébiscité par les consommateurs, parce que  relativement vertueux -«un système extensif, tout à l’herbe avec seulement un complément en céréales, peu d’engrais et peu de coûts de production» comme l’explique Joël- est aujourd’hui remis en cause du seul fait de la présence intempestive de ce rongeur. En effet, les conséquences, directes et indirectes, de cette infestation sont majeures.
L’herbe est directement et irrémédiablement impactée, en quantité et en qualité. Les prairies du Mézenc sont reconnues, notamment au travers d’une étude réalisée dans le cadre du Fin Gras, pour leur importante diversité floristique.  Mais Fabienne explique que cette diversité diminue : «au fil des ans, on a vu disparaître les légumineuses. Il n’y a plus de trèfle, ni de vesces… Comme la terre a été retournée, au printemps, les mauvaises herbes lèvent plus vite que les autres et prennent le dessus». Moins riche, l’herbe est moins appétante pour les vaches qui vont davantage gaspiller. Gaspillage et piétinement accentuent encore la dégradation des pâtures.
Pour les prairies de fauche, le problème est le même. Pour éviter de rentrer trop de terre avec l’enrubannage ou le foin, les agriculteurs prennent davantage de précautions. «Pour l’enrubannage, nous laissons plus longtemps l’herbe coupée au sol et récoltons plus sec pour faire tomber le plus de terre possible. C’est au détriment de la valeur du fourrage, mais on n’a pas le choix…» explique Joël.
Sur ce secteur, tout est en prairies naturelles ; les terres ne sont pas labourables. Alors pour régénérer une prairie, c’est très compliqué. Joël a essayé l’an dernier sur 20 ha. «Ça m’a coûté environ 150 €/ha, et les résultats ne sont pas concluants. Les campagnols ont bouffé de la semence, et au démarrage, les mauvaises herbes sont entrées en concurrence avec l’herbe semée…».


Impact en cascade
L’impact du campagnol se voit aussi sur le troupeau et ses résultats. Moins de fourrage, et de moins bonne qualité, la sentence est sévère : sur cette campagne, le Gaec devrait afficher une perte directe de 70 000 litres de lait ; même s’ils ont réussi à contenir le problème, les éleveurs ont eu des butyriques dans le lait ce qui a induit une baisse du prix de 10 cts/litre sur un mois ; plusieurs vaches ont eu des problèmes d’arrêts de rumination et deux en sont mortes, d’où des frais vétérinaires en plus et une perte sèche de 2 500 € pour les 2 laitières…
Et la liste des conséquences s’agrandit, comme une importante usure du matériel de fenaison du fait de la terre mélangée au foin  : «la faucheuse a ramassé» souligne Joël. Pour pallier le manque de fourrage, les associés ont acheté du foin de luzerne, à raison de 90 tonnes pour l’hiver passé, et environ 60 tonnes cet hiver. En parallèle, ils décapitalisent pour tomber à 50 laitières ; déjà, ils ont gardé moins de génisses.
Pour eux, cette invasion de campagnols est une véritable «catastrophe». La pérennité de leur exploitation est en jeu, et plus largement, c’est tout ce modèle agricole que Fabienne et Joël Demars craignent de voir disparaître. Par effet dominos, sont menacés : l’installation et plus largement toute l’agriculture de montagne basée sur des systèmes fourragers, les filières qui en découlent, le tourisme rural…
Les associés du Gaec des Bouines, sont aujourd’hui découragés. Pendant longtemps, ils ont lutter contre le campagnol avec la bromadiolone et par du piégeage. «Mais le problème, souligne Fabienne, c’est que cette lutte n’était pas collective, et donc pas assez efficace. Les contrats de lutte son intéressant en début de pullulation. Mais aujourd’hui, on n’en est plus là. On est dépassé. On est sans solution…».

 

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