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Christiane Lambert passe au crible les chantiers agricoles

États généraux de l'alimentation, produits phytos, PAC, communication... autant de sujets évoqués par Christiane Lambert à l'occasion d'une rencontre avec des agriculteurs auvergnats.

Christiane Lambert, aux côtés de Yannick Fialip et David Chauve, s'est prêtée au jeu des questions/réponses avec les agriculteurs.

De passage sur sa terre natale d'Auvergne, la présidente de la FNSEA, Christiane Lambert, est allée à la rencontre des agriculteurs le 28 décembre dernier, au GAEC d'Angelane à Lorlanges (43), chez Didier, Willy et Joëlle Corny. Invitée par Yannick Fialip, président de la FDSEA de la Haute-Loire et membre du bureau de la FNSEA, la présidente nationale est revenue sur les dossiers sensibles qui bousculent l'agriculture ; des chantiers qui pour la plupart étaient déjà engagés par son prédécesseur Xavier Beulin et qui «demandent aujourd'hui beaucoup d'énergies pour garder le cap et représenter au mieux les agriculteurs» confiait-elle à la cinquantaine d'agriculteurs venus échanger avec elle.

«Oui à une nouvelle construction du prix»
«Durant la campagne présidentielle 2015-2016, tous les candidats étaient unanimes pour défendre le prix des produits et les revenus des agriculteurs, mais entre dire et faire, nous devions être vigilants» a raconté Christiane Lambert. Dès l'ouverture des Étas généraux de l'alimentation par Emmanuel Macron, la FNSEA s'est donc fortement mobilisée dans le marathon des consultations en prenant part aux travaux des ateliers consacrés à la création et à la répartition de la valeur, plus particulièrement celui des prix d'achat aux agriculteurs. «Un de nos objectifs était alors d'obtenir rapidement une loi améliorée sur les négociations commerciales avec la grande distribution ; une loi qui encadre les promotions et qui oblige les distributeurs à revendre les denrées alimentaires à un prix supérieur au prix d'achat fournisseur», a précisé Christiane Lambert. Et d'ajouter à titre d'exemple qu'«il est inacceptable que 60% de la production porcine soit vendue en promo par la grande distribution. C'est conforter le consommateur dans une habitude à payer toujours moins cher !» Aussi, la loi d'encadrement des négociations commerciales doit-elle être promulguée rapidement : «Pour aller plus vite, nous souhaitons d'ailleurs que la mesure soit prise par ordonnance dès le début d'année 2018» a souligné la présidente.  Ce point est d'autant plus important que les négociations commerciales actuelles se passent mal, en dépit de la charte d'engagement signée par l'ensemble des représentants de la filière au ministère de l'Agriculture, le 14 novembre dernier. «La bataille du prix n'est pas encore gagnée mais c'est un nouveau code de la route des relations commerciales qui va être écrit, créant ainsi des règles du jeu plus équitables de nature à permettre un rééquilibrage au profit des agriculteurs, comme l'a dit le Premier ministre. Pour faire respecter ce code de la route, il faudra des gendarmes et des sanctions. Nous y veillerons!» s'est exprimée Christiane Lambert.

«Non au zéro phyto»
Dans le second chantier des États généraux de l'alimentation, sur le thème de l'alimentation saine, sûre et durable, de nombreux dossiers devraient donner lieu à des changements législatifs et réglementaires dans les mois à venir. Parmi ceux-ci, le sujet des phytosanitaires inquiète particulièrement les agriculteurs. «Nous ne sommes pas opposés aux débats et aux solutions liés à l'environnement, mais le zéro pesticide prôné par la sphère parisienne des "diseux" est irréalisable ! s'emporte la présidente. Les agriculteurs n'ont pas de leçons à recevoir de ceux qui ne savent pas cultiver ou élever des animaux. Nous sommes d'accord pour faire plus mais avec des moyens et des outils adaptés, et qui préservent la rentabilité de nos exploitations. Alors plutôt que d'énoncer des interdictions à la chaine sans offres de remplacement, il serait préférable de proposer aux agriculteurs des solutions au fur et à mesure qu'elles sont trouvées par la science ou par les pratiques des agriculteurs. Il faut agir de façon progressive. En cinq ans, l'élevage français a réduit l'usage des médicaments de 37 %. Il faut faire pareil avec les pesticides».
Le chantier est «énorme» selon Christiane Lambert qui souligne qu'avec une trentaine d'organisations du monde agricole, la FNSEA propose un «contrat de solutions» visant à économiser l'usage des phytosanitaires tout en continuant à produire dans des conditions optimales. «Nous avons pris acte de l'engagement du Premier ministre qui, en écho à ce contrat, entend privilégier «la culture de solution plutôt que celle de la norme. Nous allons maintenant travailler d'arrache pieds sur ce contrat de solutions afin d'être force de propositions dans la feuille de route que le gouvernement finalisera d'ici fin mars».

«PAC : attention au budget»
L'avenir de la politique agricole commune préoccupe également les agriculteurs et pour cause : dans les couloirs bruxellois ont entend parler de «cofinancement du 1er pilier» et de «renationalisation de la PAC». Deux «bruits» impossibles selon Christiane Lambert, convaincue que «s'il y a autant de politiques agricoles qu'il y a d'États membres, ça ne marchera jamais !» Pour elle le vrai combat porte sur le maintien d'une politique agricole commune et l'obtention d'un budget d'envergure. «Sur ce dernier point, le président Macron est attendu pour porter haut et fort la voix de la France, notamment aux côtés de l'Allemagne».
Dans l'immédiat, c'est la gestion de la fin de la période PAC qui s'impose.  Le manque de 835 millions d'euros et la ponction de 4,7% sur le 1er pilier pour financer le 2ème pilier ont laissé un goût amer à la profession.  «Hors de question de procéder à un 2ème transfert entre les deux piliers pour financer les 300 millions restants. C'est au ministre de les trouver, et après on discutera !» a déclaré la présidente de la FNSEA.

Mieux communiquer

Les attaques régulières du métier ont fourni de nombreux échanges entre Christiane Lambert et les agriculteurs qui regrettent amèrement d'être la cible récurrente des médias et de certaines associations désireuses d'imposer à la fois leur vision du métier d'agriculteur et la manière de s'alimenter. «Il y a toujours un dossier à charge, c'est du harcèlement !» regrette Anthony Fayolle, président de JA43.
Pour Christiane Lambert une des solutions se trouve dans la communication du métier qui doit être aussi percutante que celle des détracteurs de l'agriculture. «Nous devons utiliser les mêmes moyens de communication que ceux qui nous attaquent en permanence en publiant sur les réseaux sociaux des vidéos violentes». Récemment, face aux attaques de loups, un collectif d'éleveurs baptisé L113 s'est inspiré des méthodes de l'association L214 pour publier une vidéo choc accusant le ministre de la Transition écologique Nicolas Hulot, d'être «complice de maltraitance animale» et marquer ainsi les esprits.
Pour Yannick Fialip, président de la FDSEA43, l'administration a aussi sa part de responsabilité en matière de communication agricole. «Chaque année, 20 à 25% des exploitations sont contrôlées sur différents sujets ; 98% de ces contrôles obtiennent un bon résultat mais l'administration se garde bien de le faire savoir ! Pourtant, un bon ministre de l'Agriculture est un ministre qui défend d'abord ses agriculteurs !».

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