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Changement climatique : Le secteur agricole, cultures et élevage, vivier de solutions agro-écologiques

Pour Guillaume Benoît représentant du CGAAER, le secteur du vivant détient 20 à 60% des solutions au changement climatique.

Guillaume Benoît aux cotés d’Hugues de Framond, chargé de mission développement durable à la DRAAF Auvergne.

La question agricole et forestière, imparfaitement prise en compte depuis l'origine même du Protocole de Kyoto, est probablement appelée à prendre une importance croissante dans la future négociation sur le changement climatique qui se tiendra dans quelques jours à Paris (COP 21). Si les productions des champs et des bois sont émissives de gaz à effet de serre (GES), elles sont d'abord, grâce à la photosynthèse, de véritables pompes à carbone efficaces, sobres en énergie et créatrices de valeur et d'emplois. «Elles constituent ainsi des amortisseurs uniques et efficaces de la dérive climatique de la planète», relève Guillaume Benoît, représentant du Conseil général de l'alimentation, de l'agriculture et des espaces ruraux du ministère de l'agriculture (CGAAER), et invité, la semaine dernière par la DRAAF Auvergne, à l’occasion d’un colloque sur le changement climatique.Guillaume Benoît a livré un exposé complet sur les enjeux pour le monde agricole. Lui et son équipe ont travaillé pendant plusieurs mois sur le sujet afin de rendre en février 2015 un rapport au ministre de l’agriculture, qui au-delà d’un état des lieux plutôt exhaustif émet un certain nombre de préconisations.  Les experts estiment aujourd’hui que le monde du vivant pourrait receler 20 à 60% des solutions au changement climatique. «À condition toutefois de faire évoluer certaines pratiques», prévient l’ingénieur du CGAAER.

Un réel potentiel

Une étude de l’INRA a ainsi sélectionné vingt-six actions techniques qui seraient «climatiquement» les plus efficaces et qui pourraient notamment répondre pour l’essentiel aux principes de l’agro-écologie.Elles concernent : la réduction des émissions de méthane issues des élevages, notamment par la promotion de la méthanisation ; le stockage additionnel de carbone notamment par le semis direct et les différentes formes d'agroforesterie ; la maîtrise de la fertilisation ; le recours préférentiel à l’azote organique et le développement des légumineuses ; l’augmentation de la séquestration de carbone dans les sols et les produits de la biomasse ; la substitution de produits bio-sourcés à des produits et des hydrocarbures conventionnels ; la réduction des gaspillages alimentaires ; l’évolution de la consommation alimentaire et l’élargissement des usages du bois… Les progrès qui s'avèrent possibles pour l'atténuation des émissions de GES par le stockage de carbone (dans les sols et les produits de la biomasse), et par la substitution d'usages, sont parmi les plus importants, «c'est pourquoi, au-delà de l'amélioration des pratiques agricoles et d'élevage, deux actions importantes vont devoir s'imposer au plan mondial, et en particulier dans les pays en développement : la restauration des terres, des pâturages dégradés et des sols organiques cultivés d’une part, ainsi que, d'autre part, la réduction de la déforestation, la généralisation de bonnes pratiques de gestion forestière et le reboisement».


L’enjeu de l’eau

Mais prévient Guillaume Benoît, «l’agriculture et la forêt, leurs filières et leurs capacités à produire des services climatiques d’atténuation peuvent être fortement menacées par les évolutions en cours (réchauffement climatique ou étalement urbain)».Les trois risques climatiques identifiés par le Giec pour l’Europe, sont les inondations (liées à des problèmes de «mal-urbanisation»), les canicules (en lien avec les questions de santé et de productivité) et la relation entre l’agriculture et l’eau. «Ces risques nous alertent sur la nécessité d’anticiper et d’investir pour satisfaire les nouveaux besoins en eau et prévenir les conflits d’usages des ressources». Dans cette perspective, la France a la chance de disposer d’une ressource en eau abondante, encore relativement peu stockée et peu mobilisée. Le développement du stockage de l'eau et de l’irrigation, pour réduire les risques, va donc devenir une impérieuse nécessité qui imposera de fait une évolution des visions actuellement dominantes… et souvent réticentes.


Sophie Chatenet

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