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Forêts
Attention, certains résineux dépérissent

Le changement climatique fragilise la forêt altiligérienne. Certaines essences sont plus affectées que d'autres. Le point avec René Roustide, expert de Fransylva 43.

Forêt de résineux Haute-Loire

Le changement climatique est en marche. En Haute-Loire, il se traduit par des augmentations de températures et une plus grande fréquence des périodes de sécheresse. "Les volumes de précipitations sont les mêmes mais se répartissent très mal dans l'année " indique René Roustide ingénieur de techniques forestières et secrétaire adjoint de Fransylva 43.
Depuis 2018, les sécheresses qui se répètent chaque année impactent lourdement les forêts françaises. "La situation est catastrophique dans l'Est de la France et en particulier en Bourgogne et en Franche Comté. En Haute-Loire, la sécheresse a été plus impactante en 2018 qu'en 2019 où le Velay et l'Est du département ont pu bénéficier d'orages qui ont facilité la végétation de la forêt. L'impact a donc été moindre que dans l'Est de la France. Quant à 2020, la sécheresse du mois de juillet a moins gravement affecté nos arbres que dans d'autres régions grâce aux chutes de pluies de 2019" indique René Roustide.
Malgré tout, les effets du changement climatique se font nettement sentir en Haute-Loire. Observons ses conséquences sur les 6 principales essences de notre département : 4 résineux (pin sylvestre, sapin pectiné, épicéa commun et douglas) et 2 feuillus (chêne, hêtre).
La forêt de Haute-Loire est composée à 65% - 70% de résineux. Alors comment ces résineux réagissent-ils aux sécheresses ? Le principal risque est le développement de scolytes, des insectes qui creusent des galeries sous l'écorce des arbres et finissent par couper la circulation de la sève conduisant à la mort prématurée des peuplements.
Le pin sylvestre, arbre endémique sur notre territoire, a subi quelques attaques de scolytes mais il reste relativement préservé pour l'instant. Le sapin pectiné, espèce présente en Haute-Loire depuis fort longtemps, apparaît en revanche beaucoup plus sensible à l'invasion de ces insectes. "Le sapin est une espèce relativement exigeante en humidité, c'est pourquoi il souffre de la sécheresse et il est sujet à d'importantes attaques de scolytes. On assiste à de véritables dépérissement de nos sapinières. Et c'est d'autant plus problématique qu'il s'agit de l'espèce qui génère le plus gros volume de bois et qui est la plus recherchée par la filière bois. L'épidémie de scolytes en particulier dans l'Est de la France a provoqué un afflux de sapins sur le marché du bois, ce qui a fait baisser les cours de cette espèce".
L'épicéa commun réimplanté par l'homme au XIXe siècle demande beaucoup d'humidité en raison de son enracinement très superficiel et apparait très impacté par les sécheresses. "Affaibli par le manque d'eau et par la présence des scolytes, l'épicéa meurt à une vitesse assez rapide. Un bouquet d'arbres peut mourir en quelques mois. L'afflux d'épicéas sur le marché a aussi fait chuter les cours de cette espèce".

Le douglas en force

Le quatrième résineux de notre département est le douglas, un arbre résistant qui parait bien moins impacté par le changement climatique. Introduite à la fin du XIXe siècle, cette espèce a connu un gros développement dans les années 1960 - 1970.  Moins exigeant en eau et pour l'instant sans insecte ravageur associé, le douglas est le résineux qui résiste le mieux à ce changement climatique. Notons que le marché est actuellement très porteur pour ce bois rouge qui se conserve bien.
Du côté des feuillus, le chêne est naturellement monté en altitude (1000 m) au fil du temps. Même si le chêne a souffert du manque d'eau en juillet dernier, ses feuilles sont reparties ; c'est l'un des atouts des feuillus... René Roustide rappelle que le chêne reste peu utilisé en matière de sciage et l'est davantage comme bois énergie : "Le recours au chêne comme bois de chauffage mériterait d’être limité au maximum car le bois dégage tout de suite le carbone qu'il a stocké ".
Nos forêts comportent aussi du hêtre, une espèce qui se plaît en altitude ou bien en basse altitude mais dans les stations exposées au nord. "Peu de dépérissements ont été observés sur le hêtre cette année. Toutefois, les arbres ont produit énormément de faines, en lien avec l'absence de gel de printemps mais qui peut être le signe d'une fragilisation" indique René Roustide.

 

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