La Haute-Loire Paysanne 29 septembre 2008 à 08h05 | Par Jean Paul BERTRAND

Viabilité et vivabilité sont les critères de choix pour les jeunes agriculteurs

L'ADASEA vient de faire paraître une carte cantonale qui synthétise le nombre d'installations cumulées entre 2003 et 2008. Une installation pour 2 départs, c'est le chiffre moyen en Haute-Loire. L'objectif des responsables professionnels est d'atteindre 100 installations par an.

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Les installations avec DJA sur la période 203/2008.
Les installations avec DJA sur la période 203/2008. - © ADASEA

L’ADASEA vient de faire paraître une carte cantonale qui synthétise le nombre de DJA cumulés entre 2003 et 2008. Ces données méritent quelques développements quand on sait que depuis 2 ans, notre département est celui qui installe le moins en Auvergne.
La carte ci-contre fait apparaître de bons résultats dans le sud du département mais quelques faiblesses dans les cantons agricoles de l’Yssingelais (Tence, Montfaucon) et surtout des résultats très moyens dans le Brivadois. Il est difficile de faire une interprétation. On peut toutefois noter que la proximité avec la ville ne semble pas être démotivant pour les candidats à l’installation comme en témoigne les bons résultats sur les cantons du Puy ou Monistrol. Ces résultats tendraient donc à prouver l’importance de la vivabilité des projets. Les conditions naturelles ne sont pas non plus un obstacle. De tout temps Saugues a beaucoup installé mais on peut noter aussi les très bons résultats du canton de Fay et à un degré moindre de celui du Monastier. L’installation appelle l’installation. Le porteur de projet est beaucoup plus rassuré s’il se sent entouré de jeunes aux préoccupations similaires.  De bons résultats en installation c’est aussi une contribution importante au maintien des services dans le monde rural. Même si la ferme a de bons résultats économiques, il sera très pénible à la famille de vivre si les enfants scolarisés dans le primaire, sont obligés d’aller à l’école à 10 kms. Il est difficile de faire une corrélation nette par rapport à la situation économique des productions. Les ovins sont plutôt concentrés sur le Brivadois et Saugues mais la situation de l’installation y est très différente.  Des productions à forte valeur ajoutée comme les fruits ont permis un certain nombre d’installations très viables sur des petites structures à l’est du département ou à Craponne. Les résultats globaux restent très moyens. L’installation tiendrait donc-t-elle plus de la volonté locale ?

Quelques pistes pour relancer la machine

L’installation c’est tout d’abord un projet économique viable. Les restrictions sur les prêts bonifiés , sur les aides aux jeunes qui s’installent, les mises aux normes dans les 3 ans ont contribué très certainement à la baisse du nombre d’installations ces 2 dernières années où nous sommes passés d’un rythme annuel de 100 installations à moins de 70. Les tensions économiques sur certaines productions (ovins, porcins…) ont également influé. Mais il est tout de même permis de se demander pourquoi nous sommes passé du deuxième rang en Auvergne à la dernière place. Le contexte est tout de même très similaire. Au niveau Français le nombre de DJA est lui aussi en légère augmentation  avec d’excellents résultats dans les régions d’élevage de l’Ouest qui arrivent à concilier nécessaire restructuration de la production et installation.

Une installation pour 2 départs

Notre département, pour près de 200 départs chaque année, conserve un  potentiel d’installation de 100 jeunes par an, qui font le stage 40 h, dernière étape avant le dépôt du projet. Avec seulement une installation pour 2 départs dans le meilleur des cas, il y a suffisamment de place pour conforter et agrandir les exploitations existantes. Alors pourquoi avec un potentiel de 100 jeunes, nous installons seulement moins de 70 agriculteurs ? Même si la réponse est difficile et qu’il faille garder une certaine prudence dans la prospective, quelques éléments peuvent se dégager
Ces dernières années le nombre annuel d’installations sans DJA d’agriculteurs de moins de 40 ans  est passé de 40 à 20. Ce n’est donc pas le système d’attribution des aides qui est en cause.
Avons-nous la même recherche de valeur ajoutée qu’il y a 15 ans ? Dans les années 90, il n’y avait pas de disponibilités dans les productions traditionnelles. Il s’est donc développé des solutions alternatives (Veaux Monts du Velay, Perles Rouges, Fin Gras…) qui ont permis des installations viables sur les structures existantes. Aujourd’hui ces filières sont toujours présentes et recherchent des producteurs.
L’urgence aujourd’hui est de produire pour approvisionner les filières traditionnelles mais il est nécessaire de produire mieux. En respectant les nouvelles orientations environnementales il faut surtout travailler sur l’efficacité économique des productions : produire plus en maintenant un niveau de charge acceptable. Quand on regarde les résultats des JA 3 ans après l’installation, dans les mêmes productions, il y a de gros écarts sur le ratio EBE/ produit qui mesure cette efficacité. Il y a peut être des leçons à tirer des pratiques des meilleurs pour sécuriser certains projets un peu limite.
L’accès au foncier est aussi un problème. Nous n’avons plus les outils de contrôle des structures aussi efficaces qu’auparavant. Mais est-ce que les agrandissements inconsidérés se traduisent toujours par une augmentation du revenu ? C’est la réflexion économique mais surtout la volonté locale qui permettront aux jeunes motivés de trouver les terres dont ils ont besoin. On a parfois besoin de voisins.
Une réflexion pourra être aussi mener sur la vivabilité des projets. Comment améliorer les conditions de travail ? L’agrandissement des exploitations se traduit souvent par une perte de production à l’hectare. “Si je suis seul avec 500 000 l de lait, serais-je toujours collecté ? N’est ce pas l’intérêt de tous de conserver des bassins laitiers et donc d’installer ?”. La vivabilité du projet n’est elle pas, en partie, corrélée au maintien des services dans le monde rural. Cela implique une population nombreuse dans les campagnes. À terme les agriculteurs se devront localement d’être encore plus présents sur les questions liées à la répartition du foncier. Il faudra trouver un équilibre entre l’accroissement des zones d’activités et le maintien des superficies agricoles.  Les questions sont multiples. L’efficacité économique est une condition nécessaire mais pas suffisante à un retour à la centaine d’installations par an qui serait facteur d’équilibre sur les territoires.
Aucune raison objective réelle n’existe pour empêcher la Haute Loire de retrouver la place qu’elle avait au niveau de l’installation auparavant en Auvergne où le contexte économique est très similaire. Tout dépendra d’une dynamique de développement local. C’est sur le terrain que se trouveront les solutions qui permettront la création de 30 entreprises viables supplémentaires chaque année.

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