La Haute-Loire Paysanne 07 mai 2009 à 14h26 | Par Véronique GRUBER

Via Lacta, en redressement judiciaire

Aucun repreneur ne s'étant manifesté pour reprendre la fromagerie Via Lacta à St Germain Laprade, mercredi 6 mai, le Tribunal de commerce du Puy en Velay a placé cette filiale de l'URCVL en redressement judiciaire, avec une période d'observation de 6 mois. Le mandataire judiciaire également nommé le 6 mai, aura en charge de faire vivre l'entreprise et de relancer la recherche d'un repreneur. Pour la profession, FDSEA, JA et Chambre d'Agriculture, la priorité et de trouver une solution pour "assurer la collecte des producteurs et continuer à faire fonctionner l'usine".

Abonnez-vous Réagir Imprimer
La fromagerie Via Lacta à St Germain. L'AG de la Coop Laitière du Puy.

Comme beaucoup d’entreprises laitières, l’URCVL, union de 16 coopératives intervenant sur le territoire des régions Rhône-Alpes-Auvergne, connaît des difficultés en particulier l’une de ses filiales particulièrement fragile, Via Lacta. Le 5 mai dernier, à l’occasion de l’assemblée générale de la CLP (l’une des 16 coop de l’URCVL), les responsables de l’URCVL ont fait le point sur la situation de cette filiale. 
L’usine Via Lacta collecte 25 millions de litres de lait par an et transforme l’essentiel de ce lait en fromages de pâte pressée, des produits destinés au marché européen qui se trouvent sévèrement concurrencés par les pays de l’Europe du Nord.

Redressement judiciaire imminent

Les tentatives de l’URCVL pour sauver cette usine n’ont malheureusement pas abouti à ce jour. «Au départ, nous avions un projet de développement ambitieux pour l’usine Via Lacta, malheureusement, ce projet a échoué. Alors, il y a un an, nous avons réduit les effectifs de l’usine et nous nous sommes orientés vers la soutraitance (via des accords avec Entremont) ; soutraitance qui n’a pas non plus fonctionné en raison d’un mauvais marché laitier. En septembre 2008, nous avons finalement décidé de céder l’entreprise» explique Laurent Barthez, directeur de l’URCVL.
Aucune entreprise ne s’étant montrée intéressée par la reprise de Via Lacta jusqu’à présent, le redressement judiciaire est, selon les propres termes du directeur, «imminent». «Dès lors, ce sera le mandataire judiciaire qui aura la charge de faire vivre l’entreprise et de lancer la recherche de repreneurs. Les salariés de l’usine sont informés de la situation et se montrent inquiets car dans ce contexte-là on peut imaginer l’application   future d’un plan social !» souligne Laurent Barthez.
Les difficultés rencontrées par Via Lacta posent la question du devenir des 150 producteurs directs de cette entreprise ; non seulement leur paye d’avril risque de ne pas être totalement payée mais s’ajoute en plus l’incertitude de leur avenir en tant que producteur, en particulier si aucun repreneur ne se manifeste.
Gilbert Bros a tenu à indiquer que  les producteurs directs sont certes en première ligne mais les autres producteurs (notamment les producteurs de la CLP) eux arrivent en deuxième ligne !». En effet si l’usine Via Lacta ferme ses portes, «la capacité de transformation du département sera amoindrie, notre lait devra être exporté et la production laitière sera foutue» a-t-il ajouté.

Un éventuel repreneur, encore sur les rangs

Il reste cependant un petit espoir.  Le groupe Sodiaal, dont les difficultés actuelles ne permettent pas de reprendre Via Lacta dans son intégralité, a donné le nom d’un industriel qui pourrait être intéressé par la reprise.  En tout état de cause, dans cette affaire, «il faut sauver la collecte et l’usine» a insisté Gilbert Bros.
L’URCVL souffre également de la conjoncture laitière difficile (20% de son lait est vendu hors contrat -des excédents très mal valorisés- tandis que le lait vendu sous contrat ne permet pas à l’entreprise de dégager des marges satisfaisantes).

L’URCVL de demain, ne sera pas celle d’aujourd’hui

Pour préparer l’avenir, l’URCVL a réflechi à plusieurs solutions. «En octobre 2007, nous nous sommes alliés partiellement avec le groupe 3A puis en mars 2009, nous avons passé une convention avec le CRIEL Rhône-Alpes ; cette convention affirme entre autre «qu’aucune zone de collecte et aucun producteur ne sera laissé sur le bord de la route». Dans le cadre de cette convention, un cabinet (SOFRA) a été mandaté pour aider l’URCVL à identifier des scénarios d’évolution possibles. Les conclusions de cette étude seront présentées et soumises à discussions à l’occasion de l’assemblée générale de l’URCVL début juillet 2009.

Interview de Gilbert Guignand président de la FDSEA de Haute-Loire

La collecte des producteurs doit être assurée
et l’usine doit continuer de fonctionner

Pour quelles raisons sommes-nous arrivés à la mise en procédure judiciaire de Via Lacta ?
Quand l’URCVL a racheté l’usine Via Lacta au groupe Bongrain ; l’URCVL avait des projets pour rentabiliser et développer cette usine. Malheureusement, ces projets (notamment avec la marque Panzani) ne se sont pas développés tels que les dirigeants de l’Union de coopératives le souhaitaient. L’usine est donc toujours restée limitée à des produits bas de gamme ; le manque de tonnage n’a de surcroît pas permis de rentabiliser cet outil de production.
La conjoncture a également contribué aux difficultés rencontrées par Via Lacta. La crise mondiale que nous traversons aujourd’hui a considérablement nuit aux débouchés laitiers.

Que peut apporter la mise en redressement judiciaire de l’usine Via Lacta ?
Depuis de longs mois, la FDSEA, les JA et la Chambre d’Agriculture recherchent un repreneur pour cette usine mais aucune entreprise n’a présenté de dossier concrêt.
La mise en redressement judiciaire devrait permettre à des repreneurs potentiels de se manifester puisque cette procédure a la particularité d’effacer les dettes de l’entreprise concernée par le redressement et de résoudre un certain nombre de problèmes sociaux et fiscaux.
Nous espérons que les candidats à la reprise seront nombreux !

Quel rôle jouera la FDSEA et les JA dans le déroulement de cette procédure judiciaire ?
En tout premier lieu, nous allons essayer de faire en sorte que les 150 producteurs directs de Via Lacta ne perdent pas un seul euro sur leur fiche de paye. Car théoriquement, si le dépôt de bilan est acté ces jours-ci, les livraisons du mois d’avril et de la première semaine de mai ne seront pas payées. La FDSEA, JA et la Ch.d’Agriculture se consacreront à la recherche de solutions pour que tout le lait livré soit payé. Nous devons également nous assurer que la collecte de ces producteurs soit assurée et que l’usine continue de fonctionner normalement durant cette période. C’est pourquoi, dès que l’administrateur judiciaire sera nommé, nous lui demanderons un rendez-vous au plus vite.

Combien de temps le redressement judiciaire peut-il durer et quelle sera l’incidence pour les producteurs ?
Nous espérons que cette phase sera la plus courte possible et qu’elle n’aura pas d’incidence sur les producteurs.
Propos recueillis par Véronique gruber

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. La Haute Loire Paysanne se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

Les brèves
Prochaine brève

5 brève(s) » voir toutes

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 23 unes régionales aujourd'hui