La Haute-Loire Paysanne 09 mars 2018 à 15h00 | Par Alison Pelotier

«Vétérinaire rural, c'est une vocation avant tout»

Immersion dans l'univers des vétérinaires ruraux à travers le regard de deux étudiantes de l'école supérieure VetAgro Sup de Marcy-l'Étoile et de leur encadrant, Gilles Le Sobre.

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Séance d'examen minutieuse des animaux.
Séance d'examen minutieuse des animaux. - © © A.P.

8h du matin, l'École nationale vétérinaire de Lyon se réveille au son des meuglements de son troupeau pédagogique. Deux jeunes étudiantes grimpent aussitôt dans une Berlingo blanche. Au volant, Gilles Le Sobre, leur professeur. La voiture s'éloigne de l'entrée principale de l'école. Le trio laisse derrière lui la statue de Claude Bourgelat, précurseur de l'enseignement vétérinaire.

La transmission du métier
Gilles Le Sobre, praticien hospitalier vétérinaire, enseigne depuis douze ans à l'école VetAgro Sup de Marcy-l'Étoile. Sa spécialité : la rurale. Ce matin, il accompagne deux élèves de cinquième année dans la ferme de la Grange Badet, à Savigny, pour un suivi de troupeau. «Je vous laisse tout faire et, si besoin, j'interviens», leur annonce-t-il. Pas une seconde à perdre, Christian Barberet, éleveur de 46 montbéliardes les attend de pied ferme dans son exploitation. Hélène, 25 ans, et Maud, 26 ans, enfilent rapidement bottes et casaques, échographe autour du cou. «Les filles» prennent tout de suite en main la situation sous le regard attentif du professeur qui ne peut s'empêcher de leur donner un dernier conseil avant qu'elles se mettent à l'oeuvre. «Rappelez-vous, d'abord l'examen de loin, susurre-t-il, quand on regarde l'animal dans son ensemble, on voit déjà beaucoup de choses». Suit l'examen rapproché pendant lequel mu-queuses, ganglions, coeur, poumons, rumen, abdomen et jugulaire sont passés au crible. Méticuleux, Gilles n'oublie pas d'observer les pattes de la vache ainsi que son poil «qui en dit beaucoup sur son alimentation». Stéthoscope autour du cou, Maud crée instantanément une proximité rassurante avec les vaches laitières.  Ici, il semblerait qu'il y ait deux veaux. À ce stade, ils ne mesurent que quelques centimètres chacun mais la machine permet de bien les distinguer», explique l'étudiante originaire des Hauts-de-France, en stage depuis un mois à l'Ucra, unité clinique rurale de l'Arbresle. Gilles Le Sobre y est employé à temps partiel avec cinq autres vétérinaires professionnels. Avant de procéder à la consultation, Hélène chatouille la queue de Jordanie qui n'a pas l'air d'avoir bien envie de se laisser approcher. Grande, fine, l'étudiante s'adapte aux mouvements brusques de la vache avec détermination et bienveillance. «Parfois c'est compliqué, si l'animal n'a pas envie d'être examiné, on ne peut pas travailler dans de bonnes conditions. Il faut être patient, lui laisser le temps et y revenir si possible un peu plus tard», explique la jeune vétérinaire avec calme et maturité.

«Parfois seul face à l'adversité»
Impliqué dans le travail des vétérinaires, Christian Barberet reste très vigilant aux moindres faits et gestes des vétérinaires. C'est lui qui remplit sur un tableau de notation les notes (ndlr de 0 à 5) de l'état corporel de ses vaches données par Gilles et ses élèves. «Pour la montbéliarde, l'idéal c'est qu'elle soit à 3,5 au moment du vêlage et pendant le tarissement et à 2,5 au plus bas au pic de lactation», précise le praticien hospitalier. Un système de notation européen qui varie quelque peu en fonction des races.
Regard rassurant envers ses étudiantes, Gilles n'a de cesse de les questionner et de les pousser dans leurs retranchements pour les faire progresser. Cet homme de 56 ans a intégré l'une des premières classes de l'école vétérinaire de Nantes. Depuis la profession a bien évolué. «En déplacement, j'ai toujours mon ordinateur, en plus du stéthoscope, du thermomètre et de
l'échographe. On s'adapte aux nouvelles technologies», explique-t-il. Derrière ses grands yeux bleus se cache un homme discret et déterminé, une personne droite désireuse de transmettre ses connaissances et sa passion aux futures générations. «J'essaie d'être le plus réaliste possible par rapport à la profession, je leur explique que c'est un métier difficile et ultra-technique. Il faut être prêt à vivre des moments très forts, qu'ils soient beaux ou tristes. On est parfois seul face à l'adversité, face à une torsion de matrice, quand un vêlage se passe mal par exemple. Vétérinaire rural, c'est une vocation avant tout».
«On ne compte pas nos heures. Que ce soit le jour, la nuit, la semaine, le week-end ou les jours fériés, on y va. C'est tellement passionnant, on apprend toute sa vie», ajoute Gilles, source d'inspiration pour Maud et Hélène. Et même si les maux physiques ne tardent pas à se manifester quand on débute dans la profession, la passion permet de garder le cap. «En tant que vétérinaires ruraux, nous avons tous un décollement de la scapula (omoplate), c'est un métier très physique mais extrêmement varié».

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