La Haute-Loire Paysanne 07 novembre 2008 à 15h01 | Par S.Marion

Une rentrée syndicale sous le signe d'une mobilisation renforcée

Un président qui refuse de baisser les bras et d’entraîner les agriculteurs altiligériens dans la morosité ambiante, des présidents de sections qui tracent un bilan bien noir de toutes les productions animales, et un secrétaire général très remonté qui redemande un syndicalisme fort et déterminé, l’ambiance du Conseil Fédéral du 4 novembre dernier était tout sauf calme et sereine

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Une forte participation pour la conseil fédéral de la FDSEA.
Une forte participation pour la conseil fédéral de la FDSEA. - © HLP

«Un bon conseil fédéral avec des participants attentifs et nombreux», Gilbert Guignand président de la FDSEA est content de bien débuter la campagne syndical de cet hiver. Ils étaient plus de 150 responsables locaux venus faire le point sur les principales productions et leurs lots de difficultés et entendre un message syndical fort.

Année de records

En préambule, le président a présenté 2008, «année olympique comme une année de nombreux records. Des records à la hausse, avec du positif en début d’année sur le prix du lait, puis du négatif avec la hausse des prix du pétrole, des aliments du bétail et des intrants nombreux dans nos exploitations. Des records à la baisse avec la chute des prix en ovin, en porcin, en bovin viande avec notamment les petits veaux, et les lapins… et peut-être en lait si on ne se mobilise pas. Je retiendrai également 2 autres records : record d’incompétence pour les politiques qui n’ont toujours pas compris l’ampleur de la crise du secteur agricole. Et records de participation à la manifestation régionale du 16 septembre à Clermont avec 20 000 éleveurs.»

Le tableau est noir…

Dès la première intervention, le ton était donné : marasme, catastrophe, le bilan est noir. 5 présidents de sections ont pris la parole chacun leur tour pour faire un bilan de la situation actuelle et émettre quelques
suggestions sur l’avenir. Eric Freychet pour la section avicole fait un constat qui parle de lui-même : production et abattages de volailles en baisse, importations en hausse, une consommation qui ne repart pas… 7 à 8 bâtiments devraient s’installer en 2009 et pourtant la production avicole souffre.
Maurice Imbert pour la section porcine est lui aussi pessimiste. «C’est la catastrophe dans les ateliers mais également en terme de motivation des éleveurs» souligne-t-il. Un type de producteurs est au coeur de la tourmente, c’est le naisseur qui est aujourd’hui confronté à un marché presque inexistant. Il lance toutefois quelques pistes de réflexion pour sortir du marasme. La plus concrète aujourd’hui, c’est la création de l’Association pour la promotion du porc de Haute-Loire qui réunit autour d’un projet les éleveurs, les abatteurs et la grande distribution. Voilà un coin de ciel bleu dans la grisaille actuelle.
Dans son intervention, Claude Font président de la FDO a bien fait ressentir tout la lassitude qui pèse aujourd’hui sur les épaules des moutonniers. «Nous sommes en attente de décisions politiques» lance-t-il invitant les éleveurs à se rendre le 13 novembre prochain sur le Champ de Mars à Paris pour terminer le Tour de France des transhumances et essayer d’obtenir un véritable plan de soutien pour cette production en crise depuis trop longtemps.
Maurice Laurent a lui aussi fait part des difficultés qui pèsent sur la production de viande bovine : hausse des charges, baisse des cours, baisse de la consommation, avec de surcroît la FCO comme élément destabilisateur. Il note cependant quelques points encourageants comme une baisse des importations en provenance d’Amérique, un recul de l’élevage en Argentine et un effondrement des cours au Brésil. Ces éléments risquent de rebattre les cartes au niveau des échanges mondiaux.
Yannick Fialip, président de la section laitière est longuement revenu sur l’actualité brûlante de ces derniers jours avec les divergences sur les recommandations en matière de prix du lait au sein de l’interprofession. Ce soir même, 4 novembre, une nouvelle interprofession doit se tenir avec des positions encore très
éloignées entre les entreprises et
les producteurs. Les négociations sont très tendues et Yannick
Fialip invite donc les producteurs à rester mobiliser dans les jours à venir.

…mais le syndicalisme est fort

Gilbert Guignand et le président des JA Jean Julien Deygas lancent alors le projet d’une nouvelle action syndicale.
Après ce tour des sections qui décrit une situation très difficile pour tout le monde, Jean Paul Sivard secrétaire général s’est montré particulièrement «remonté». Il insiste sur la nécessité d’avoir un syndicalisme fort avec des adhérents motivés et mobilisés. Il a des mots très fort «on a des politiques qui ne font que des promesses et du médiatique… L’urgence ne doit pas avoir la même signification pour eux que pour nous. Pour eux, l’urgence peut durer des mois voire des années…». Jean Paul Sivard est convaincu de la «nécessité d’avoir un véritable poids syndical pour porter nos revendications. une des forces du syndicalisme c’est d’avoir toujours su résister. Par exemple pour l’équarrissage, on devra sans doute payer mais on a réussi à reporter l’échéance de 30 ans…».
Dans ce contexte de crise de l’agriculture, les responsables départementaux ont voulu réaffirmer la place et la force du syndicalisme relayés par le représentant national Jacques Chazalet vice-président de la FNSEA et président de la FRSEA Massif Central. Et c’est devant un très grand nombre de présidents de syndicats et délégués cantonaux «premiers maillons du réseau» comme l’a dit le secrétaire général, qu’ils ont insisté sur leur détermination à ne pas baisser les bras.

Gilbert Guignand et Jacques Chazalet.
Gilbert Guignand et Jacques Chazalet. - © HLP

Jacques Chazalet, vice-président de la FNSEA et président de la FRSEA Massif Central :

"On ne s'est pas déplacé 20 000 à Clermont pour rien,
j'en suis persuadé"

C’est un message très syndicale et empreint d’une dose d’optimisme que Jacques Chazalet (éleveur de moutons et de poulets dans le Puy de Dôme), a servi aux responsables syndicaux de Haute-Loire. «Nous sommes dans une stratégie de rapports de forces, et ce n’est pas simple…» commence-t-il, en insistant «on ne peut pas ignorer les pouvoirs en place, pouvoirs politiques, économiques, et médiatiques… et face à cela nous devons continuer à garder un syndicalisme fort, unitaire et majoritaire».
Il aborde ensuite la problématique particulière du Massif Central qui fait de l’élevage dans une montagne habitée à l’inverse des Alpes et des Pyrénnées. «Alors que le revenu de la Ferme France a augmenté en 2007 et 2008, alors que les carnets de commandes des fournisseurs de matériel de l’agriculture n’arrivent plus à fournir, la Ferme du Massif-Central va de moins en moins bien». Et cela s’explique selon lui depuis 1992 avec des orientations qui ont eu des effets pervers sur l’élevage à l’herbe, erreurs consolidées en 2003. «Les éleveurs du Massif Central ont été largués dans le système». Mais ces éleveurs ont réagi. Et le Livre Blanc édité par la région affirme qu(il faut redonner un sens à la PAC. Pour cela 4 axes sont définis : rétablir la fléxibilité, avec des aides fonctions des besoins , la mise en place d’un fond de gestion des crises pour palier les aléas climatiques, sanitaires et “environnementaux” ; un soutien durable et efficace en faveur des territoire sensibles (conforter les ICHN, réhabiliter la politique de l’herbe, soutenir de façon spécifique l’allaitant bovin et ovin) ; des moyens sur l’innovation et la recherche.
Jacques Chazalet insiste ensuite sur le calendrier des échéances avec en premier lieu la conférence sur le revenu le 12 novembre, puis le conseil des ministres européens le 20 novembre… avant de lancer «ne soyons pas naïfs, ni défaitistes ; il faut rester mobilisés, attentifs mais aussi sereins».

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