La Haute-Loire Paysanne 31 octobre 2008 à 16h14 | Par Laure BOURDONCLE

Une politique agricole américaine sous le signe de la continuité

À l'approche des élections aux Etats Unis, le 4 novembre prochain, les deux candidats au siège de la Maison Blanche donnent leurs principales propositions en matière de politique agricole. Quelle que soit l'issue du scrutin, la politique agricole américaine restera interventionniste, modelée comme elle l'est par le Farm Bill valable jusqu'en 2012.

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Côté Républicain, on souhaite abaisser les aides à l'agriculture, ouvrir davantage les marchés internationaux. Côté Démocrate, on privilégie le soutien à un marché libre mais équitable.
Côté Républicain, on souhaite abaisser les aides à l'agriculture, ouvrir davantage les marchés internationaux. Côté Démocrate, on privilégie le soutien à un marché libre mais équitable. - © DR/montage Réussir

Le 4 novembre prochain, les Américains se rendront aux urnes afin de désigner leur président pour quatre ans. Si les agriculteurs votent traditionnellement pour le candidat républicain - en l’occurrence John Mac Cain cette année -, ils seront certainement séduits par Barack Obama, le candidat démocrate. Aux Etats-Unis, deux syndicats principaux représentent les intérêts des agriculteurs. La National Farmers Union, d’obédience démocrate, représentative des agriculteurs des petites et moyennes exploitations, a appelé à voter Obama. Le Farm Bureau, de l’autre bord, n’a pas donné de consignes de vote. Déjà, lors de l’élaboration du très interventionniste farm bill, adopté en juin dernier, le président du Farm Bureau, Bob Stallman avait pris ses distances vis-à-vis de l’administration de George Bush, récalcitrante sur cette loi. 2008 risque de marquer un changement dans les habitudes électorales des agriculteurs depuis l’épisode Roosevelt dans les années 1930.
Effectivement, leurs promesses, si elles sont semblables sur certains objectifs (la préservation d’un filet de sécurité), divergent largement sur d’autres. Le point d’achoppement le plus marquant entre les 2 concurrents réside dans la politique à mener sur les biocarburants.

Incorporation

Barack Obama, sénateur de l’un des plus importants états producteurs d’agrocarburants (l’Illinois) veut maintenir les objectifs actuels d’incorporation d’éthanol inscrits dans la loi fédérale sur l’énergie de 2007, obligeant les fournisseurs de carburants à introduire 15 milliards de gallons* d’éthanol de maïs dans les carburants américains d’ici à 2015. Ce choix de Barack Obama pourrait conduire à soutenir les cours mondiaux du maïs ce qui pourrait jouer dans l’équilibre mondial de la production de biocarburants.
John Mac Cain, quant à lui, préconise la suppression de la défiscalisation et des aides à l’éthanol du maïs et au biodiesel. Ainsi que le droit additionnel pénalisant l’importation d’éthanol brésilien sur le territoire américain. De manière générale, Mac Cain est fidèle à la maxime selon laquelle il faut « laisser faire le marché ». Ainsi, prône-t-il la suppression des aides directes tout en maintenant un filet de sécurité à travers l’autorisation d’une épargne défiscalisée. Point sur lequel s’accorde le Démocrate avec des modalités différentes. Le programme d’Obama souhaite une gestion du risque via la puissance publique grâce au système des Acre (average crop revenue election) assurant un revenu minimum par culture et la mise en place du programme Sour, d’un montant de 800 millions de dollars, servant à indemniser les victimes de calamités agricoles.

Négociation

En termes de politique commerciale, celle du candidat John Mac Cain semble très offensive tandis que celle de Barack Obama insiste sur des négociations tenant compte des volets environnemental et social. Ce que souligne le Jeune Agriculteur, Samuel Maréchal, administrateur national de 2006 à 2008 et rapporteur du rapport d’orientation 2007 : « Dans le discours de Barack Obama, concernant les relations commerciales, il existe le souci de tenir compte de l’environnement et de l’emploi ce qui n’est pas le cas chez Mac Cain ».
Quelle que soit l’issue du scrutin, la politique agricole américaine restera interventionniste, modelée comme elle l’est par le Farm Bill valable jusqu’en 2012. Car, selon des experts, le Congrès restera démocrate et l’administration (l’exécutif) n’est pas en mesure de défaire les lois. Le programme, plus libéral en matière agricole de John Mac Cain ne pourra pas être mis en œuvre, coincé par l’institution législative. Et quand bien même, en cas de crise agricole, si ce dernier était élu, il n’hésiterait pas à sortir toute l’artillerie comme l’avait fait en son temps Ronald Reagan.
* 1 gallon équivaut à 3,78 litres

Xavier Belin, premier vice-président de la FNSEA.
Xavier Belin, premier vice-président de la FNSEA. - © Stéphane Leitenberger

Xavier Belin :

"Il existe un consensus entre Républicains et Démocrates
sur la politique agricole"

Pour l’intérêt de l’agriculture européenne, quel candidat vaut-il mieux ?
Les Etats-Unis sont avant tout un pays réaliste et pragmatique. Il existe un consensus entre les Républicains et les Démocrates dans deux domaines - les volets militaire et agricole-vus comme des enjeux stratégiques. À l’heure actuelle, l’économie américaine souffre d’un manque de compétitivité dans les domaines industriel et agricole étant donné qu’une partie de l’Amérique latine lui taille des croupières dans le secteur agricole (la Chine pour le secteur industriel). Sans leurs outils d’intervention, les Etats-Unis seraient largement dépassés. Face à cette problématique, les deux partis politiques partagent une stratégie globale, quasi similaire. Pour moi, il n’y a donc pas de différences fondamentales d’approche entre Mac Cain et Obama.

Pourtant, le candidat Mac Cain souhaite supprimer les aides directes…
Oui effectivement. Il existe des contingences budgétaires aux Etats-Unis que personne n’ignore. Toutefois, face à une crise de marché, les autorités américaines ont toujours trouvé des milliards de dollars à injecter. Aux Etats-Unis, il existe toujours un mécanisme venant en aide aux farmers.

Les biocarburants sont un point d’achoppement entre les deux concurrents à la présidence.
Il faudrait que les Etats-Unis remettent un peu de bon sens sur le sujet. Il y a une forme d’excès : une centaine de millions de tonnes de maïs est consacrée à la production de bioéthanol. En parallèle, cette filière cumule les aides de l’état fédéral et celles des états producteurs de maïs. Les soutiens à l’investissement s’inscrivent dans une tranche allant de 15 à 20 milliards de dollars. Aux Etats-Unis, nous sommes loin de la régulation du marché du non alimentaire, engagée par l’Europe, elle-même pionnière sur la « durabilité des biocarburants ».
Propos recueillis par L. B.

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