La Haute-Loire Paysanne 09 juillet 2020 à 10h00 | Par Véronique GRUBER

Un prêt d’honneur pour faciliter la reprise de la ferme d’Autrac

Le 3 juillet, la plateforme Initiative Issoire Brioude Sancy a remis un prêt agricole à taux zéro d’un montant de 25 000 € à un couple qui reprend la ferme d’Odette et Michel Leblay à Autrac.

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Un prêt d’honneur agricole de 25 000 € a été remis à Linda et Jérôme Bonfanti.
Un prêt d’honneur agricole de 25 000 € a été remis à Linda et Jérôme Bonfanti. - © HLP

Le monde agricole peut désormais bénéficier de prêts d’honneur attribués par des plateformes “Initiative”, membres du réseau France active (voir ci-dessous).
Le 3 juillet, le premier prêt d’honneur agricole a été officiellement attribué en Haute-Loire à Linda et Jérôme Bonfanti, un couple venu d’Île de France et qui souhaite reprendre la ferme d’Odette (en retraite depuis le 1er janvier) et du regretté Michel Leblay, connu pour son implication dans le monde agricole. Grâce au mouvement des entrepreneurs engagés “France Active», Linda et Jérôme pourront compter sur un prêt personnel à taux 0% sans frais de dossier ni garantie d’un montant de 25 000 €. Un apport qui devrait faciliter leur reprise.
Hors cadre familial et non bénéficiaire de la DJA (ayant tous deux plus de 40 ans), Linda, qui s’est installée avant Jérôme devenu conjoint collaborateur, a par ailleurs souscrit un prêt bancaire pour financer la reprise ; son projet répond ainsi aux critères permettant de bénéficier de ce prêt d’honneur.
Ces nouveaux arrivants qui s’installent avec leurs trois enfants dans le village d’Autrac, n’achèteront pas les terres ni les bâtiments de la ferme ; les époux Leblay ayant décidé de les vendre au mouvement Terre de Liens. À terme, Linda et Jérôme seront donc fermiers (pour les terres et les bâtiments) et propriétaires du matériel, du cheptel et des stocks de la ferme.
De nombreux projets en tête
Même si pour le moment, leur objectif est «de maintenir l’outil actif», ils ont de nombreux projets en tête pour cette exploitation conduite en bio de 80 ha (dont 35 ha mécanisables), avec une trentaine de vaches allaitantes (une majorité d’Aubracs), une production de viande (découpe et transformation chez les Paysans bio d’Auvergne à Brioude) et de céréales (blé, seigle, sarrasin, petit épeautre, lentille verte du Cézallier). La ferme d’Autrac pratique également la vente directe depuis de longues années.
«Nous voulons orienter le cheptel en race pure Aubrac. Nous avons récemment acheté une bétaillère pour amener les animaux à Brioude et un utilitaire équipé d’un bloc réfrigéré pour la vente directe. Nous avons aussi l’intention de nous lancer dans la fabrication de pâtes et de granolas, ce qui nécessitera la construction d’un petit laboratoire de transformation et l’installation de postes de cuisson. Dans un second temps, on voudrait ouvrir un atelier de poules pondeuses, dont la plus grande partie de la production servira pour la fabrication des pâtes fermières, et élever des cochons».
Avant leur arrivée début mars à Autrac, Linda et Jérôme étaient salariés en Ile de France jusqu’à ce qu’ils veuillent changer de vie pour être plus proches de la nature. Et même s’ils ne sont pas issus du milieu agricole (hormis une lointaine origine du côté de Jérôme), leur choix s’est porté sur l’élevage car Linda aime beaucoup les vaches. «On ne voulait pas s’installer en lait  à cause des contraintes induites. On préférait les vaches allaitantes» explique Linda.
Et lorsqu’ils sont tombés sur la ferme d’Autrac, ils ont trouvé leur bonheur : une exploitation conduite en bio, des vaches allaitantes avec transformation et vente directe, des abattoirs et d’importants bassins de consommation à proximité.
Et pour couronner le tout, une localisation idéale pour ce couple qui apprécie la région Auvergne Rhône Alpes : «c’est un territoire dynamique, une terre d‘accueil». Conscients de la charge de travail auquel ils vont devoir faire face en tant qu’agriculteurs, d’autant qu’ils débutent dans la profession, ils lancent avec le sourire  : «on partira moins en vacances !». Mais vu la localisation géographique d’Autrac, ils espèrent tout de même  s’échapper facilement sur de courtes périodes.
Un bon accueil
Installés depuis début mars dans le village, ces nouveaux éleveurs ont été agréablement surpris de l’accueil qui leur a été réservé : «Souvent, les gens n’apprécient pas trop les parisiens... Or, ici cela n’a pas été le cas» souligne Linda. «J’avais commencé à apprendre le métier au contact de Michel Leblay dès novembre 2019. Et depuis sa disparition, je me suis formé au contact de voisins agriculteurs serviables et du fils de Michel» ajoute Jérôme.
De son côté Odette Leblay est à la fois satisfaite et rassurée car elle sait que ses volontés et celles de son mari seront respectées : «Nous ne voulions pas que l’exploitation parte à l’agrandissement d’autres structures et on tenait à ce qu’elle reste conduite en agriculture biologique».

Les jeunes repreneurs sont installés sur la ferme de Odette et Michel Leblay à Autrac.
Les jeunes repreneurs sont installés sur la ferme de Odette et Michel Leblay à Autrac. - © HLP

Zoom sur…

Le dispositif régional de financement des projets agricoles

Un nouveau dispositif de prêt d'honneur agricole est en place dans notre région. En Haute-Loire, le tout premier prêt d’honneur a été octroyé à Linda Bonfanti à Autrac par les responsables de la plateforme 2IBS (Initiative Issoire Brioude Sancy) membre du réseau Initiative Auvergne Rhône-Alpes. Les fonds émanent de 4 banques (Crédit Agricole, Crédit Mutuel, Banque Populaire et Bpi France) et de la Région ; ces co-financeurs ont délégué à la plateforme Initiative Auvergne Rhône-Alpes la gestion du comité de prêts. Le premier comité de prêt présidé par Christophe Gauzy, expert comptable et commissaire aux comptes à Brioude, s’est tenu le 9 juin dernier. Composé de personnes expertes en entrepreneuriat et en agriculture (pour la Haute-Loire, il s’agit des 3 banques nommées ci-dessus, de la Chambre d’agriculture, Cerfrance Haute-Loire et de l’AFOGC), le comité de prêt apporte des conseils personnalisés sur les projets et décide de l’octroi d’un prêt d’honneur Initiative France de 5 000 € à 25 000 € à taux 0 % et d’une garantie France Active sur votre prêt bancaire. Notons que ce dispositif est conduit en partenariat avec les Chambres d’agriculture Auvergne-Rhône-Alpes. Pour bénéficier de tels prêts, les candidats à l’installation doivent :
- S’engager à réaliser le parcours d’accompagnement avant installation diagnostic et étude de faisabilité
- Justifier de compétences en adéquation avec leur projet
- Présenter un projet viable au bout de 4 ans
- Ne pas être installé, ou être installé depuis moins d’un an ou être déjà installé comme cotisant solidaire ou à titre secondaire
- Un prêt bancaire doit obligatoirement apparaître dans le plan de financement
- Le montant du prêt bancaire doit être supérieur ou égal au prêt d’honneur
- Le montant total du projet doit être < 150.000€ (dérogation possible)
Les dépenses éligibles : achat de bâtiments, de matériels, de plantes pérennes (et coûts liés à leur plantation), de cheptel,  de foncier (10% max du coût total éligible), besoin en fonds de roulement (stock exclu) : 30% max du coût total éligible, parts sociales (investissement) : 30 % max du coût total éligible).

Le mot d’Anthony Fayolle ...
Anthony Fayolle, élu référent du service installation transmission à la Chambre d’agriculture : «Les prêts d’honneur agricole sont en place depuis un an dans d’autres départements, c’était donc normal qu’on puisse en bénéficier en Haute-Loire. La Chambre d’agriculture est associée à ce dispositif et je dirais même que c’est une obligation. La Chambre y participe de 2 manières : via l’accompagnement technique des projets et la participation d’un élu au comité de prêt.
J’apprécie tout particulièrement ce comité de prêt qui permet de vérifier le sérieux des projets et ainsi d’éviter de financer ceux qui n’auraient pas d’avenir à long terme.
Le prêt d’honneur agricole est un outil complémentaire qui apporte un coup de pouce à des projets d’installation sans DJA ou à des personnes qui ont déjà bénéficié de la DJA...»

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