La Haute-Loire Paysanne 07 novembre 2019 à 13h00 | Par Suzanne MARION

Se former et se remettre en cause : les clés…

Le Gaec des Saules à Vieille-Brioude, converti à l’agriculture biologique, a ouvert ses portes jeudi 31 octobre, en lien avec la Chambre d’agriculture, pour parler techniques culturales et d’élevage.

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La présentation de l’exploitation et de son système de production s’est fait par ateliers.
La présentation de l’exploitation et de son système de production s’est fait par ateliers. - © HLP

■Le Gaec des Saules s’est converti à l’agriculture biologique à partir d’octobre 2015 pour les surfaces et d’avril 2017 pour les animaux, une conversion en non simultané. Depuis qu’ils ont fait le pas dans la démarche, les 3 associés, Gérard Chantel et son épouse Anne-Marie, et Aurélie Nicolas leur fille, sont en perpétuel questionnement pour optimiser leurs productions. Pour Gérard, la conversion «c’est une remise en cause sur la totalité de l’exploitation». Jeudi 31 octobre, ils ont donc ouvert leur ferme dans le cadre de Innov’Action, opération de communication auprès des agriculteurs et agricultrices autour de la technique et des pratiques.
À Vieille-Brioude, sur les terres de la famille Chantel, ils étaient une soixantaine d’agriculteurs venus de tout le département, à participer aux différents ateliers proposés et animés par les techniciens de la Chambre d’Agriculture et les associés du Gaec. Ainsi, par petits groupes, les participants pouvaient s’informer sur les pratiques du Gaec sur la production animale, un troupeau d’une soixantaine de vaches laitières montbéliardes en 2019 (74 en 2018) et leur renouvellement, avec un focus sur la production laitière. Dans un champ après un maïs ensilage, un autre atelier s’intéressait aux pratiques culturales avec les expériences, les questionnements et les objectifs des exploitants. Et enfin, les techniciennes Bio répondaient à toutes les questions sur l’agriculture biologique et la phase de conversion, à qui était intéressé.
«Rien n’est jamais acquis…»
Au fil des échanges, on retiendra qu’en agriculture biologique, et en agriculture tout court, «rien n’est jamais acquis» comme le souligne Gérard Chantel. S’il est parti en bio, c’est au départ suite à une réflexion conduite à partir de 2008 au sein de son entreprise laitière de collecte Sodiaal dans laquelle il est administrateur. L’entreprise recherchait alors du lait bio. Convaincu de l’intérêt à aller dans cette voie, il fait le pas encouragé par l’entrée de sa fille au sein du Gaec. Leur décision prise, les associés ont multiplié les formations pour adapter au mieux leur système. «En 5 ans, ma fille et moi avons dû suivre au minimum 40 jours de formation…» lance Gérard, persuadé qu’il faut en passer par là car «il faut être de plus en plus technique». Aurélie s’est orientée vers l’élevage en cherchant à privilégier le préventif et l’immunité des animaux dès la naissance.
Gérard lui, va s’intéresser aux cultures avec pour objectif de viser l’autonomie de l’exploitation. «Le bio, c’est 0 engrais, 0 phyto, et des concentré bio plus cher qu’en conventionnelle…» souligne gérard, c’est pourquoi, les agriculteurs ont revu leurs rotations et leurs techniques culturales.
Pour exemple, ils ont quasi supprimé le labour et n’en font plus que tous les 6/7 ans pour casser les prairies, alors qu’avant ils labouraient tous les ans. Ils ont réduit les surfaces en maïs et ont tenté un mélange avec du lablab (sorte de haricot) qui permet de diminuer les besoins en eau. Si l’exploitation irrigue, Gérard Chantel a constaté une économie d’eau de 50% avec ces nouvelles orientations. Il pense même supprimer le maïs dans quelques années. Sur l’exploitation, le chargement est passé de 1,3 à 1 UGB/ha… De formation en formation, d’essais en expérimentations, les associés se remettent régulièrement en cause trouver les meilleures solutions en tenant compte des réalités climatiques, des sols, des besoins du troupeau… 
Côté production, cette année, ils ont choisi de décapitaliser pour mieux faire face à la sécheresse, et souhaitent à terme, un effectif moyen de 50 à 60 laitières. La production moyenne par vache est passée de 7 500 l en conventionnelle à 6 000 l aujourd’hui. Ils produisent 400 000 litres de lait (600 000 l auparavant) ; du lait valorisé à 474 €/tonne en moyenne.
Journée d’échanges
Lors de cette journée Innov’Action, les participants ont pu échanger avec les associés du Gaec et avec les techniciens spécialisés de la Chambre d’agriculture pour avoir un éclairage sur nombre de points techniques. Les questions étaient nombreuses et variées tant sur les méthodes culturales, que sur l’atelier laitier. Mais chacun a tenu à souligner qu’une conversion à l’agriculture biologique, «ça se prépare, ça s’anticipe…» et qu’il faut constamment se former et s’informer pour faire évoluer et adapter son exploitation. Et c’est cela qui semble intéresser encore et toujours les associés du Gaec des Saules toujours en recherche d’innovations techniques.

Questions à… Yannick Fialip

«Il n’y a pas qu’un modèle d’agriculture»


Quel est l’objectif d’Innov’Action ?
Yannick Fialip, Président de la Chambre d’Agriculture de Haute-Loire : C’est un moment d’échanges entre agriculteurs sur les pratiques agricoles un peu novatrices. Ces dernières années, nous avons mis en avant la robotisation sur une exploitation à St Géron, la méthanisation à Tence, les innovations en production ovine au Monastier… Et cette année, nous avons choisi l’agriculture biologique.
Que souhaitez-vous mettre en avant à travers l’exemple de cette exploitation ?
Y.F. : Sur cette exploitation en bio depuis 2 ans, nous voulons mettre en avant les pratiques des exploitants sur les cultures et sur l’élevage, pour sortir un revenu. Nous voulons aussi montrer les passerelles qui existent entre agricultures biologique et conventionnelle. Il n’y a pas qu’un modèle d’agriculture. L’agricuture est de plus en plus diversifiée, y compris dans les systèmes en bio.
Quel est donc le rôle de la Chambre d’Agriculture ?
Y.F. : La Chambre réalise les analyses techniques et le suivi des systèmes d’exploitations. Elle apporte aussi une expertise écionomique tout en tenant compte des souhaits et des envies des exploitants. Elle a un rôle de conseil.
Propos recueillis par S. Marion

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