La Haute-Loire Paysanne 04 août 2010 à 17h37 | Par S.Marion

PRIX DU LAIT - Le rapport de force à l'interprofession fait bouillir les producteurs

La FDSEA et les JA de Haute-Loire ont invité la presse ce mercredi 4 août à St Jean de Nay sur la ferme de la famille Pélisse, pour dénoncer l'attitude irresponsable des entreprises laitières. Pour le second semestre 2010, la FNIL et la FNCL (industrie et coopération laitières) refusent d'appliquer l'accord interprofessionnel du 3 juin 2009. Les producteurs sont en colère et le font savoir.

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La conférence de presse s'est déroulée mercredi 4 août 2010 à St Jean de Nay sur l'exploitation de la famille Pélisse.
La conférence de presse s'est déroulée mercredi 4 août 2010 à St Jean de Nay sur l'exploitation de la famille Pélisse. - © HLP

Les producteurs de lait se font entendre à nouveau. Un an après la grave crise laitière de 2009 qui avait conduit à la signature d’un accord interprofessionnel le 3 juin 2009 servant de base trimestre par trimestre pour établir un prix du lait, l’interprofession se retrouve une fois encore dans un dialogue de sourds. Les réunions à répétition depuis début juillet n’aboutissent pas. Nous sommes déjà en août et les producteurs de lait ne savent toujours pas combien leur sera payé le lait produit en juillet…
Pour le premier semestre 2010, les 3 familles, producteurs, industriels et coopératives, ont tenu leurs engagements appliquant les grilles de prix selon les décisions prises dans le cadre de l’accord du 3 juin 2009. Mais pour le 2e semestre, l’affaire se complique. Selon la Fédération Nationale des Producteurs de Lait (FNPL), et compte tenu de l’application de l’accord interprofessionnel, et des éléments de conjoncture favorables, le prix de base régional devrait être revalorisé d’une hausse de 31,1 €/1000 l portant le prix aux alentours de 330 €/1000 litre.

Non respect de l’accord du 3 juin 2009

Mais la Fédération Nationale des Industriels Laitiers ne l’entend pas de cette oreille. Et sa cousine la Fédération Nationale des Coopératives Laitières (FNCL), qui semblait un temps se rapprocher de la position des producteurs, rejoint au final les industriels. Yannick Fialip président de la section départementale laitière de la FDSEA de Haute-Loire s’indigne face à l’attitude des entreprises qui, tout simplement, “font fi d’un accord qu’elles ont pourtant signé et bafouent une loi, la toute récente Loi de Modernisation Agricole, qui fixe des règles en matière de prix agricoles. Les industriels s’assoient dessus et ne respectent plus l’interprofession… On est aujourd’hui dans une situation de rapport de force”.
Mais alors, quels sont les arguments de la FNIL pour braver ainsi cet accord du 3 juin 2009 ? Le seul argument est un prix allemand plus bas que le prix français et donc, selon eux, un problème de compétitivité. Gilbert Guignand président de la FDSEA est en colère : “Dans une période où les marchés et la consommation se redressent, je ne comprends pas l’attitude des entreprises. Je me fais beaucoup de soucis pour quand les produits industriels repartiront à la baisse. Le prix allemand, c’est un nouveau prétexte pour refuser d’augmenter le prix français. Et si le prix allemand remonte, la FNIL suivra-t-elle ? Arrivera-t-on à un prix européen alors que les données nationales ne sont pas les mêmes ?” Gilbert Guignand dénonce une attitude irresponsable et en sens unique de la part des entreprises. Yannick Fialip précise : “C’est vrai que le prix allemand est inférieur de 15 à 20 € par rapport au prix français, actuellement. Mais le contexte n’est pas le même. En Allemagne, les producteurs ont perdu leur poids. Ils sont divisés et ce sont donc les industriels seuls qui décident tout, les volumes et les prix. En France, la FNIL voudrait la même chose. Mais, nous, on a encore un syndicat majoritaire uni qui sait réagir… Et on ne laissera pas les entreprises seuls maîtres à bord…”. Le message est clair.

Actions de sensibilisation

La FNPL a lancé des appels aux entreprises pour les contraindre à revenir à la table des négociations avec de meilleures dispositions. Les producteurs interpellent également les pouvoirs publics qui doivent prendre leurs responsabilités pour que les lois votées soient appliquées par tous. La FNPL a donc rédigé des communiqués au Ministre de l’agriculture, aux élus… “Pour faire des discours, les pouvoirs publics sont là. Mais quand on leur demande des actes…” tacle Yannick Fialip.
Actuellement, les producteurs, un peu partout en France organisent, à l’appel de la FNPL, des actions de sensibilisation pour dénoncer le non-respect de l’accord interprofessionnel. Des opérations d’appel au déréférencement de produits de grandes marques vendus à prix fort dans les grandes surfaces (GMS) comme en Normandie ou en Rhône-Alpes, des rencontres avec les Préfets ou les élus, des actions un peu plus musclées auprès des laiteries… bref les producteurs réagissent. Les premières actions conduites cette semaine se passent dans un calme relatif mais pourraient se durcir dans les semaines à venir. Yannick Fialip s’attend à ce que la pression ne retombent pas avant la fin de l’été.
En Haute-Loire aussi ça bouge. Gilbert Guignand et Jean-Julien Deygas président des JA avec les représentants des éleveurs laitiers du département, tiennent, à l’heure où nous bouclons, une conférence de presse sur l’exploitation de la famille Pélisse à St Jean de Nay, pour faire le point sur la situation des négociations nationales, sur les marchés laitiers et sur les attentes des producteurs. D’autres actions d’informations et de sensibilisation des consommateurs suivront. L’objectif est aussi de montrer le fossé qui se creuse entre les prix à la consommation et les prix payés aux producteurs.
Dans les instances syndicales au niveau national, régional et bien sûr départemental, les responsables professionnels sont sur le pied de guerre.

Enquête

En juillet des prix annoncés entre 308 et 320 €/1000 litres

La section laitière  de la FDSEA et le Groupe Lait JA ont mené une petite enquête auprès des entreprises pour connaître le prix de base qui devrait être payé aux producteurs en juillet 2010.
Nous publions le résultat de ce sondage, qui montre bien que l’accord du 3 juin n’est pas respecté.
• Sodiaal Union Auvergne Sud-Ouest : 314,96 €/1000 l (à confirmer).
• Sodiaal Union Sud-Est : 315,96 €/1000 l (sans application de flexibilité).
• Lactalis : 313 €/1000 l.
• 3A et Ex URCVL : 310 €/1000 l environ.
• CFVA : 312,80 €/1000 l (312,90 €/1000 l en août).
• Fromagerie du Velay - Entremont - Alliance : 314,96 €/1000 l.
• Ets Gérentes : se dit prêt à s’aligner sur un accord interprofessionnel s’il est signé avant mise en paiement.
• Société Fromagère Livradois : entre 310 et 320 €/1000 l (idem en août).
• GLAC : 308 €/1000 l après déduction d’une flexibilité de 4 €/1000 l (idem en août).

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