La Haute-Loire Paysanne 27 mai 2009 à 16h03 | Par Suzanne MARION - Xavier RIFFARD

Prix du lait - Indispensable retour à la table des négociations

Suivant un mot d'ordre national de la FNSEA, la FNPL et les JA, les producteurs de lait ont bloqué deux entreprises du département, à Beauzac et Brioude, ce lundi 25 mai. Un peu partout en France et à Bruxelles, de nombreux producteurs étaient également mobilisés. Baptisée "journée blanche", cette opération syndicale avait pour objectif de ramener les industriels à la table des négociations. Les premières retombées ne se sont pas fait attendre longtemps. En effet dès ce jeudi 28 mai, l'interprofession se réunit à Paris. Par ailleurs, Bruxelles a fait un geste pour la trésorerie des exploitations en anticipant les versement des aides direcets aux agriculteurs au 16 octobre au lieu de début décembre. Les producteurs qui demandent un prix moyen 2009 de 305 euros minimum, attendent beaucoup de cette rencontre interprofessionnelle.

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Discussions tendues entre les producteurs et le responsable de l’entreprise. (© HLP) Une cinquantaine d'agriculteurs devant le site de la CFVA à Beauzac. Lettre à la FNCL Exaspérés, les producteurs ouvrent les vannes.

Gérard Chantel représentant du conseil d’administration de SODIAAL Union Auvergne Sud Ouest et Président de la Fédération Régionale des Coopératives laitières, et Yves Soulhol directeur de la coopérative régionale, ont cosigné une lettre adressée au Président de la Fédération Nationale des Coopératives Laitières, dans laquelle ils demandent que «tous les efforts soient faits pour que notre entreprise et la FNCL s’engagent dans des discussions interprofessionnelles sur le prix du lait du deuxième trimestre 2009 et sur le fonctionnement à venir de l’interprofession». Et sur insistance des producteurs présents ce lundi devant le site CF&R de Brioude, ils ont précisé à la FNCL le «souhait d’un aboutissement rapide».
Copie de cette lettre en mains, les producteurs de lait qui faisaient barrage devant l’entreprise, ne laissant entrer ni sortir aucun camion, depuis 6 heures du matin, ont donc obtenu ce qu’ils étaient venus demander.
En effet, à l’appel de la FNSEA, des JA et de la FNPL, ce 25 mai a été décrété journée nationale d’action syndicale. Baptisé «journée blanche», ce lundi a vu de très nombreuses entreprises laitières, coopératives et industriels, bloquées dans tous les départements dès 6 heures du matin. En Haute-Loire, les blocages ont eu lieu à Beauzac et Brioude ; les producteurs de l’Ardèche se rendant à Coucouron et certains altiligériens à La Talaudière (42).
L’objectif de cette action est d’amener les industriels à la table des négociations. Le communiqué commun de la FNSEA, des JA et de la FNPL, précise : «Les médiateurs nommés par le gouvernement ne doivent pas s’enliser dans des discussions avec les entreprises, il faut pousser ces dernières à vouloir discuter avec les producteurs».

Pour la reprise des négociations

Avant d’en arriver à la rédaction et signature de cette lettre, la cinquantaine de producteurs (et ce nombre est important compte tenu de la période d’ensilages dans laquelle nous sommes) avait longuement discuté avec Yves Soulhol directeur de la coopérative régionale. Soulignons que lassés d’attendre depuis de longues heures, les producteurs ont ouvert une citerne laissant quelques 2000 litres de lait se répandre sur la chaussée. Si le directeur Yves Soulhol a fait un peu la grimace devant ce spectacle, les producteurs ont bien fait comprendre que cet acte - qui ne les satisfait pas parce que c’est aussi leur production - pourrait paraître bien «gentil» face au désarroi dans lequel ils sont plongés depuis qu’ils ont reçu leur dernière fiche de paie du lait.
Yves Soulhol dit que «tout autant que vous (NDLR : les producteurs) je souhaite que les discussions entre les familles reprennent… J’ai aussi envie que ce soit rapide…». Et de poursuivre, «le Ministre a nommé deux médiateurs qui doivent rencontrer toutes les familles y compris les distributeurs, et mettre tout le monde autour de la table. On devrait donc aboutir à des négociations sur le prix du lait et sur la gestion des excédents…». Yannick Fialip a insisté pour dire qu’aujourd’hui les fédérations nationales (FNIL et FNCL) ne sont pas pressées pour se rendre à cette table et qu’il faut donc les y encourager, en ajoutant «la balle est dans votre camp…».
«Si l’Europe ne fait pas quelque chose, ça va aller très mal» nous dit Gérard Chantel. «On assiste aujourd’hui à une crise européenne». Sur le prix du lait, Gérard Chantel estime qu’on est sur «un delta entre 250 et 285 euros à l’année suivant le mix produit des entreprises», alors que les producteurs demandent 305 €.
Pour l’avenir, il explique que Sodiaal, au sein de la FNCL, réfléchit à la contractualisation avec un double quota et un double prix. «Mais pour que cela marche, insiste-t-il, il faut trouver l’étanchéïté entre les deux». Les producteurs eux, demandent la mise en place d’un contrat interprofessionnel entre les entreprises et les producteurs, leur garantissant l’achat de l’ensemble du litrage de leur exploitation ainsi qu’un prix interprofessionnel, sur une durée de 7 ans minimum. Il précise également que Sodiaal a commencé à mettre en place l’ASAP (Assurance sécurité approvisionnement partagée) ; les producteurs font connaître leurs prévisions de livraisons pour le trimestre à venir, ceci dans un objectif d’anticipation.
Gérard Chantel espère, lui aussi, que très vite les différentes familles se retrouvent en interprofession pour essayer de débloquer la situation.
Comme la semaine dernière, les actions conduites sur le département se sont passées dans un climat de discussion et d’écoute. Mais on sent bien le malaise des producteurs qui ne peuvent accepter un prix du lait qui ne couvre pas les frais de production. La situation est dramatique et un rapide retour aux négociations en interprofession est indispensable pour trouver une solution. Par ailleurs le syndicalisme maintient la pression auprès des pouvoirs publics et des élus pour appuyer dans ce même sens.

Les producteurs de lait en ébullition

À Beauzac, comme à Brioude, les producteurs de lait ont répondu à l’appel de «la journée blanche» lancé par la FNSEA, les JA et la FNPL. Si la période n’est pas idéale pour mobiliser les troupes, une cinquantaine de producteurs étaient présents autour de Gilbert Guignand et Jean-Julien Deygas pour manifester leur mécontentement. L’action consistait à bloquer les accès du site de la CFVA au moyen de tracteurs. De façon symbolique, ils ont déversé, dans l’enceinte de l’entreprise, plus  de 2000 litres de lait dans un bassin de récupération des eaux usées.
Au centre des manifestants, le président de la FDSEA rappelait l’enjeu national de ces opérations locales. «Les entreprises ont appliqué au mois d’avril une baisse du prix du lait de 30 %. Elles ont pris cette décision sans aucune concertation avec les producteurs. Si on ne réagit pas, ce prix va s’appliquer pour tout le trimestre. Cette situation est inadmissible et insoutenable.  C’est pourquoi nous avons décidé de bloquer aujourd’hui 2 sites en Haute-Loire.»
Au cours de la matinée, les manifestants ont discuté avec le directeur du site Eric Langlet, puis par téléphone avec Philippe Sellier, responsable des ressources laitières, qui ont indiqué que le groupe Bongrain était prêt à s’asseoir à la table des négociations pour trouver des solutions satisfaisantes pour les différents maillons de la filière.
De toute façon, si la situation n’évoluait pas favorablement, Gilbert Guignand a prévenu que les producteurs n’en resteraient pas là. «Nous organiserons d’autres actions régionales, notamment dans les centrales d’achats situées dans le Rhône et l’Allier.»

Un prix dérisoire jamais vu

Parmi les manifestants présents toute le journée à Beauzac, Rodolphe Royon, producteur en Gaec à Monsitrol/Loire, a voulu témoigner de la crise laitière qu’il subit de plein fouet dans son exploitation. «Cette baisse subite de 30% du prix du lait plonge les exploitations laitières dans une grave crise économique. On nous baisse notre revenu alors que le poids des charges continue de progresser. D’un côté on nous demande de faire des investissements pour se mettre aux normes et faire des produits de qualité et de l’autre on nous diminue notre revenu. Il est temps de remettre la pression pour que les négociations aboutissent. La majorité des producteurs ne pourra pas faire face et va avoir de graves problèmes de trésorerie. Beaucoup risquent de cesser leur activité.
Cette crise de la filière laitière montre une fois de plus que les industriels passent des ententes entre eux car ils ont tous appliqué une baisse similaire de 100 euros les 1000 l.
Aujourd’hui, nous ne travaillons que pour payer les charges. Un de mes associés âgé de 56 ans m’a dit qu’il avait jamais connu un prix de lait aussi bas… Ce n’est pas tenable. »

L'interprofession se réunit le 28 mai à Paris

Le président du Cniel, Henri Brichart également président de la FNPL (Fédération nationale des producteurs de lait) convoque les fédérations constituant l'Interprofession laitière à une réunion à Paris le jeudi 28 mai 2009. En clair, il s'agit d'une réunion qui regroupera la FNPL, la transformation laitière privée (Fnil) et coopérative (FNCL). « Cette réunion est destinée à rechercher des solutions permettant de sortir de la crise laitière actuelle » précise le communiqué. La journée de mobilisation des producteurs de lait a été particulièrement suivie. Quelque 12 600 producteurs de lait bloquaient les accès de 92 laiteries, pour protester contre l'effondrement des prix du lait et faire pression sur les ministres européens de l'Agriculture, réunis à Bruxelles, selon un bilan publié dans l'après-midi du 25 mai par la FNSEA, à l'origine de cette nouvelle journée d'actions, la deuxième en moins d'une semaine.

JM. Lemétayer : Échéance pour une sortie de crise, le 5 juin

« Il y avait urgence pour que l'interprofession nationale laitière se rencontre » a commenté Jean-Michel Lemétayer. À cette réunion du 28 mai, « Paris ne va pas fixer un prix du lait » a expliqué le président de la FNSEA. « Je ne serai pas choqué si cette réunion n'aboutit pas le 28 mai… J'ai fixé l'échéance au 5 juin, date à partir de laquelle les laiteries établissent leur bordereau de paie pour les livraisons du mois de mai ». « J'ai beaucoup insisté auprès du gouvernement pour qu'il y ait une ligne directrice dans un cadre national ». En clair « je souhaite que les pouvoirs publics couvrent un accord interprofessionnel… Ce que j'attends du gouvernement est qu'on clarifie la manière dont la filière laitière peut travailler » résume-t-il. « Au-delà de la problématique sur le prix du lait pour mai et juin, on doit parler d'une fourchette d'orientation pour l'ensemble de l'année 2009 » a-t-il conclu.

Bruxelles fait un geste pour la trésorerie des exploitations

Face à la pression des producteurs de lait, la Commission européenne a décidé d’anticiper le versement des aides directes aux agriculteurs. Cette mesure a été annoncée par Mariann Fischer Boel, la commissaire européenne à l’agriculture, le 25 mai à Bruxelles où étaient réunis les ministres de l’agriculture de l’UE.  Plusieurs centaines de manifestants avaient fait le déplacement dans la capitale belge pour exprimer leur colère face à la baisse des prix du lait. 
La mobilisation intense des producteurs de lait a provoqué un geste du côté de Bruxelles. En fin de soirée, le 25 mai, à l’occasion du conseil des ministres de l’agriculture, Mariann Fischer Boel a  indiqué aux ministres que le paiement des aides directes pourra être avancé pour tous les agriculteurs. Le montant versé serait de 70% au 16 octobre au lieu de début décembre. A ce petit coup de pouce à la trésorerie des exploitations s’ajouteront le prolongement au-delà de la fin août des aides au stockage privé et éventuellement de l’intervention publique dans le secteur du beurre. Ces deux mesures combinées ont permis le retrait du marché depuis le début de l’année de 160 000 tonnes.
«Premières réponses»
Malgré les mesures de soutien déjà prises, « les niveaux  des prix ne sont toujours pas satisfaisants », a reconnu Mme Fischer Boel mais, selon elle, on assiste à une stabilisation des prix des produits laitiers depuis avril. La commissaire européenne n’est  pas prête, en revanche, à réactiver le régime de ventes à bas prix de lait écrémé en poudre destiné à l’alimentation des animaux, comme l’avaient demandé la France et l’Allemagne. Une mesure qu’elle juge « trop coûteuse ». De même, il ne faut pas s’attendre à une hausse des  aides à l’exportation. Au total, les dispositions ainsi annoncées par Bruxelles ont été qualifiées par Michel Barnier de « premières réponses » à la crise actuelle. Mais, selon le ministre français, « ces premiers pas ne sont pas à la hauteur des défis ».
Enfin, la commissaire à l’agriculture n’est pas prête à satisfaire la demande de la France, de l’Allemagne et de l’Autriche d’avancer la date du rapport sur l’évolution de la situation du marché laitier prévu avant le 31 décembre 2010. Selon ces trois pays, ce rapport doit comporter « les propositions appropriées pour permettre, le cas échéant, la mise en place d’une nouvelle gouvernance du secteur laitier ». Mais à ce stade Mme Fischer Boel s’est simplement borné à indiquer qu’elle présenterait une simple note trimestrielle sur la situation du marché lors du prochain Conseil agricole en juin à Luxembourg.

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