La Haute-Loire Paysanne 06 octobre 2016 à 08h00 | Par Mélodie Comte

Paroles de jeune : La première spirulinière d’Auvergne s’installe dans les Combrailles

Amandine Soyez est installée à Lapeyrouse, dans le Puy-de-Dôme où elle produit, avec l’aide de son compagnon, une plante peu commune en Auvergne.

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Amandine Soyez et son compagnon
Amandine Soyez et son compagnon - © Mélodie Comte

Après avoir travaillé pendant 12 ans auprès de personnes handicapées, Amandine Soyez a souhaité changer d’air. A 31 ans, la jeune femme vient de s’installer à Lapeyrouse, entre Puy-de-Dôme et Allier, où elle démarre tout juste la production de spiruline. Cette micro-algue aux nombreuses vertus nutritives n’était pas cultivée en Auvergne, jusqu’à aujourd’hui. Amandine devient ainsi la première spirulinière de la région. Un projet loin d’être fantasque puisqu’il a demandé près de deux ans de réflexions et de formations.


Un projet pas à pas

Au début de l’aventure, Amandine Soyez souhaitait travailler autrement. Aide médico-psychologique, elle accompagnait dans leur quotidien des personnes handicapées. Un côté institutionnel pesant pour la jeune femme qui préférait intervenir lors d’activités plus ponctuelles. « Accompagner des personnes handicapées est un métier qu’il faut aimer pleinement. J’adorais mais j’aimais encore plus les emmener se promener en forêt, découvrir la nature, visiter des fermes pédagogiques ou faire des balades à cheval. Je percevais davantage leurs progrès et leur bien-être lors de ces moments.» C’est après un court séjour dans une ferme qu’Amandine a le déclic. « Pourquoi ne pas ouvrir une ferme pédagogique ? » Son idée de départ, monter une ferme équestre, mais devant les lourdeurs administratives et législatives, elle abandonne rapidement. Elle se contentera d’ouvrir une ferme pédagogique. En 2014, elle intègre la MFR de Gelles pour suivre une formation agricole de 10 mois. Durant cette période, elle murit encore son projet. De simple ferme éducative, elle pense à la production maraîchère. Elle réalise de nom-breux stages cherchant toujours sa voie mais c’est à la foire de Blanzat qu’elle découvre la spiruline. «Il y avait un producteur venu vendre ses produits. Je me suis renseignée auprès de lui et appris qu’il n’y avait pas de ferme dans le Puy-de-Dôme ni même en Auvergne. La production est en plein développement, demande peu d’investissements donc pourquoi ne pas essayer ? »


Rencontre avec la spiruline

Loin de se laisser emballer par son enthousiasme, Amandine part d’abord à la rencontre de la plante. Durant l’été, elle travaille bénévolement au travers du «Wwoofing» (réseaux de fermes en agriculture biologique qui accueillent durant plusieurs semaines, des travailleurs bénévoles désirant découvrir les techniques de productions NDLR) dans deux spirulinières. Elle en revient conquise et démarre son parcours à l’installation. « J’ai réalisé deux mois de stage supplémentaires dans d’autres spirulinières, fait une étude de marché, un plan de financement… » Au 1er février 2016, Amandine valide son installation et démarre un mois plus tard les travaux. Elle construit une serre sous laquelle seront installés trois bassins d’environ 15 m3 chacun, équipés d’une table de récolte. A l’extérieur, elle installe également un «labo» de transformation dans lequel la spiruline sera extrudée, séchée à basse température puis conditionnée. Malheureusement, les conditions climatiques désastreuses du printemps occasionnent un retard non négligeable de deux mois. «Je pensais mettre les bassins en culture au début de l’été. Finalement, nous avons ensemencé le premier bassin mi-septembre, en fin de saison de production. Nous construirons les deux au-tres bassins cet hiver. »

La serre d’Amandine Soyez sera équipée, à terme, de trois bassins de production d’environ 15 m³ chacun, avec une roue à aube et une table de récolte
La serre d’Amandine Soyez sera équipée, à terme, de trois bassins de production d’environ 15 m³ chacun, avec une roue à aube et une table de récolte - © Mélodie Comte


Une production atypique

À l’image de l’aquaculture, la production de la spiruline demande avant toute chose de maîtriser l’eau. La micro-algue a besoin, pour se développer, d’un environnement bien particulier. De l’eau douce, certes, mais surtout beaucoup de lumière et une température moyenne allant de 20 à 40°C. «La serre n’est pas chauffée, elle nous permet seulement de contrôler la luminosité et de protéger les bassins de la pluie. Chaque bassin sera équipé d’une roue à aube pour brasser l’eau afin d’éviter que la couche supérieure de spiruline ne soit séchée par le soleil et la couche inférieure dans le noir». D’où la saisonnalité de la spiruline dont la période de production s’étale d’avril à octobre. Une fois bien développée, la micro-algue est récoltée à l’aide d’une table équipée d’un filtre au maillage très fin. Une sorte de «faisselle» se forme à la surface de ce tissu (spiruline fraîche) qui sera ensuite compressée puis extrudée pour former des «spaghettis» et enfin séchée à basse température. La spiruline conserve ainsi l’ensemble de ses éléments nutritifs. Amandine Soyez prévoit de vendre sa récolte sur les marchés, par internet, en direct à la ferme à des particuliers, des magasins spécialisés et des laboratoires. Une fois la production pleinement lancée, la jeune femme reviendra quelque peu à sa première passion : l’accompagnement des personnes handicapées. Elle ouvrira les portes de sa ferme qu’elle espère développer.

Mélodie Comte

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