La Haute-Loire Paysanne 14 août 2018 à 13h00 | Par Suzanne MARION

Optimiser tous les postes pour élever seul 450 brebis et 25 vaches allaitantes

Georges Philibert, éleveur de Noires du Velay et de Salers à Beaux, mise tout sur l’organisation du travail et le suivi de ses troupeaux.

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Georges Philibert est un éleveur organisé…
Georges Philibert est un éleveur organisé… - © HLP

Avec 450 brebis Noires du Velay, 25 Salers, 103 ha de SAU, Georges Philibert est installé à Gorse sur la commune de Beaux depuis 1995. Organiser et optimiser, tel semble être le leitmotiv de cet exploitant qui recherche toujours à améliorer son quotidien afin de gagner du temps, du confort et de l'argent. Vu de l'extérieur, il n'a quasi rien changer à l'exploitation de ses parents en gardant les 2 mêmes productions avec les mêmes races sur une surface équivalente à 20 ha près. Mais en y regardant de plus près, on note des avancées significatives dans sa conduite d'exploitation pour lui permettre de sortir de bons résultats technico-
économiques et de limiter au maximum stress et pénibilité. Avec l'oeil du technicien, Christian Pantel de l'APIV Auvergne (Association des producteurs de viande indépendants) souligne «l'organisation exemplaire de cette exploitation, avec un seul exploitant, 2 productions dont un troupeau ovin conséquent» et de préciser que Georges Philibert est par ailleurs président de Cuma, membre du bureau de l'APIV, conseiller départemental… et père de 2 enfants.

S’organiser
Entrons dans la bergerie, ou les bergeries. Il en a deux car il a mesuré ses investissements au fil du temps. «Le premier bâtiment quand je me suis installé, je ne l'ai pas fait trop grand car c'était une période où le mouton ne marchait pas trop, et puis je n'avais pas la place suffisante». Ce bâtiment accueille aujourd'hui les brebis qui rentrent tous les soirs et pâturent dans la journée. Une autre bergerie datant de 2005, accueille le reste du troupeau. Et enfin un troisième bâtiment a été construit en 2011 avec un système de séchage en grange.
Ce dernier investissement s'explique par les choix de Georges Philibert en matière d'alimentation. Il mise au maximum sur l'autonomie et a choisi de supprimer l'ensilage pour les ovins au profit du pâturage et du foin, ceci principalement pour des raisons sanitaires, les brebis étant particulièrement sensibles à la listériose.
En hiver, les brebis sont donc nourries au foin séché en grange avec une complémentation en céréales et corngluten, et en été, elles pâturent, reçoivent un peu de foin et des céréales. Quant aux agneaux, c'est foin et aliment du commerce. Petite parenthèse sur les Salers qui n'ont aucun concentré sauf les broutards. Elles sont nourries au foin et à l'herbe.
Georges Philibert a aussi optimisé sa gestion du pâturage. Ses terres sont concentrées autour de l'exploitation. Les brebis allaitantes, qui rentrent tous les soirs à la bergerie, se retrouvent sur les surfaces les plus proches. Le reste du troupeau ovin pâture un peu plus loin. Et les surfaces les plus éloignées sont réservées aux bovins. Le tout en pâturages tournants. Là-aussi c'est une question d'organisation tant sur les clôtures que sur les déplacements des animaux.
Bien sûr, il lui reste encore quelques améliorations à apporter pour se simplifier le travail notamment sur le plan de la distribution et du mélange des aliments, et du paillage de la bergerie. Nul doute qu’il trouvera des solutions pour se simplifier les tâches.

Bien suivre son troupeau
Le troupeau est en sélection. L'objectif pour Georges Philibert n'est pas de vendre des reproducteurs (il vend quelques béliers et quelques brebis, très peu d'agnelles) mais «plutôt de garder une génétique pour le renouvellement du troupeau». Ainsi, «les meilleures brebis sont conduites en race pure (20% du troupeau), et les moins bonnes croisées avec du charolais» explique-t-il.
Grâce à ce suivi, il connaît toutes ses brebis et leur lignée et peut ainsi optimiser les plans d'accouplement. Il est aussi en réseau de référence avec la Chambre d'Agriculture ; «ça permet de se comparer aux autres élevages et d'analyser ses dépenses. Ça coûte cher quand on fait un chèque, mais au final ce peut être un bon investissement…». Les mâles Noirs du Velay, renouvelés tous les 2 ans, sont achetés au Centre de Paysat-Bas alors que lui y place des jeunes. «C'est important pour une race comme la Noire à faible effectif -20 000 têtes dont 7 000 en OS- d'avoir plusieurs souches pour éviter la consanguinité». En Charolais, l'éleveur achète des béliers inscrits chez des éleveurs. Christian Pantel précise, «c'est un gros pourcentage de croisement, mais cela s'explique par le bon suivi du troupeau».

S’adapter au marché
Georges Philibert a fait le choix des résultats économiques plutôt que des résultats techniques. Avec un système de 3 agnelages en 2 ans, l'élevage affiche un taux de prolificité de 173 % et de productivité numérique de 139 %, avec un taux de mortalité de 8 %. Toujours avec le même objectif, Georges Philibert retarde les agnelages d'1,5 mois environ par rapport à la majorité des moutonniers, et valorise ses animaux sur 2 créneaux. Les agneaux de race pure sont commercialisés sous la marque Agneaux Noirs du Velay en filière courte, et les croisés partent sous Label Rouge Agneau laiton avec les Ets Gréfeuille. «Deux schémas complémentaires pour mon élevage, et rémunérateurs». Les agneaux sont vendus à un poids carcasse moyen de 18,7 kg (chiffres 2017) pour un prix au kilo-carcasse  de 6,40 €. Pour cet éleveur, s'adapter au marché, limiter les charges et les investissements, permettent d'optimiser le revenu.
En terme de travail, cet agriculteur embauche un ouvrier à raison d’un jour par semaine dans le cadre d’un groupement d’employeurs et forme un apprenti. De plus, il fait parfois appel à un entrepreneur et travaille en Cuma. Pour exemple, «chaque année, je fais faire une journée de foin en grosses bottes carrées. J’andaine, l’entrepreneur bottèle et mes collègues de la Cuma rentrent les bottes ; ils me rendent le temps de l’ensilage chez eux». 
Georges Philibert a aujourd'hui atteint un rythme de croisière. «Je ne souhaite pas augmenter l'effectif, au contraire. Je souhaite valoriser au mieux mes agneaux avec des coût de production les plus bas, et toujours limiter mes investissements. Pareil pour les vaches allaitantes». Et ce qu'il ne dit pas, c'est aussi se dégager du temps, une semaine de vacances par an et quelques journées ou week-end de repos pour ses enfants.

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