La Haute-Loire Paysanne 20 octobre 2011 à 17h09 | Par J.Christophe MAURY

Nouveau - Et si on déshydratait de la luzerne en plein coeur du Velay

Bio'Luz du Velay ou la déshydratation de luzerne par cogénération, un projet innovant, durable et intégré à l'environnement est en pleine réflexion. Les responsables professionnels du comité de développement Velay Volcanique et de la Chambre d'Agriculture ont lancé cette idée. Ils en sont aujourd'hui à l'étude de faisabilité.

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La culture de luzerne et sa déshydratation doivent être perçues comme une solution pérenne pour sécuriser le système fourrager de nos exploitations (© HLP) Les responsables ont visité des usines de déshydratation. Usine de Coopedom, en Ile et Vilaine. Pilote de gazéification d'Eneria, installé à Moissannes
Depuis plusieurs mois, les responsables du comité de développement du Velay Volcanique et la Chambre d'Agriculture travaillent pour tirer profit de la chaleur dégagée lors de la production d'électricité de la future centrale de cogénération par gazéification de biomasse sur la commune de Saint-Paulien.
Concrètement il s'agit d'utiliser cette chaleur pour créer une filière agricole de déshydratation de luzerne. Les vertus environnementales et nutritionnelles de la luzerne contrastent avec les difficultés de récolte, qui provoquent aujourd'hui sa faible utilisation dans l'assolement du Velay. La déshydratation est donc une technique de conservation très intéressante pour utiliser cette plante dans l'alimentation des troupeaux laitiers du secteur.
Les enjeux sont nombreux : en tout premier lieu, sécuriser les systèmes fourragers et augmenter l'autonomie protéique, mais aussi améliorer les conditions de travail, l'état de santé du troupeau et dans un second temps mieux valoriser nos produits, accompagner le développement de l'élevage biologique, rendre possible les filières «sans Ogm»…

Un projet de longue haleine…
Plusieurs étapes ont été nécessaires pour préciser ce projet et ainsi pouvoir le concevoir aujourd'hui. Tout d'abord, plusieurs visites d'usines de déshydratation ont permis de découvrir et comprendre le fonctionnement de cette filière. Notre projet s'est naturellement construit grâce aux enseignements de ces visites : organisation générale, matériel de séchage, de récolte…
Toutes ces usines fonctionnent sous schéma coopératif. La récolte et le transport sont assurés par la coopérative pour garantir un approvisionnement régulier de l'usine (même par temps humide) mais aussi soulager le temps de travail sur les exploitations, notamment lors des premières coupes de fourrage. Pour réduire rapidement l'humidité des fourrages à la parcelle et ainsi moins consommer d'énergie pour déshydrater, les usines pratiquent de plus en plus la fauche à plat et le préfanage. Le produit est ensuite séché dans un gros tambour puis granulé et refroidi avant d'être expédié. Ce type d'installation respecte la traçabilité des fourrages qui sont ensuite récupérés par l'agriculteur pour alimenter son troupeau.
Un travail important avec des constructeurs de sécheur a été effectué pour s'adapter à notre situation. La cogénération impose de travailler avec des températures plus basses que sur des systèmes classiques. Aujourd'hui la chaleur disponible nous permettra de traiter au moins 400 ha sur un rayon d'approvisionnement qui ne doit pas excéder les 30km autour de l'usine pour limiter les coûts liés au transport.

… des agriculteurs pour le finaliser
Bien entendu, un tel projet est coûteux (investissements et frais de fonctionnement élevés). Un accompagnement financier était indispensable pour envisager de développer Bio'Luz. L'État, au travers des pôles d'excellence rurale, et les collectivités locales ont pris acte de l'intérêt d'un tel projet pour notre agriculture et nous apporteront leur soutien.
Bien entendu, de nombreuses questions demeurent. La principale concerne bien évidemment le coût final de déshydratation à la charge des éleveurs. Nous pensons pouvoir approcher le coût observé dans les usines existantes grâce aux relations partenariales fortes entre le fournisseur de chaleur, Eneria, et la future coopérative de déshydratation, sur la gestion du personnel par exemple. Aujourd'hui, le coût réel des usines varie entre 150 et 155 € par tonne de matière sèche récupérée.
Une étude de faisabilité approfondie va être mise en place avec le soutien d'experts (notamment un directeur de coopérative). Mais la construction finale doit revenir aux agriculteurs. Des réunions d'information par secteurs seront réalisées en fin d'automne pour permettre à chacun de se faire une idée plus précise du projet et manifester son souhait de l'intégrer.

Un soutien financier conséquent

Le projet Bio'Luz a été labellisé pôle d'excellence rurale (PER) en août par le Premier Ministre. Une dotation d'Etat maximale de 1,5 millions d'euros a été accordée à ce projet pour son caractère innovant, durable et créateur d'emploi. Quatre opérations sont financées par le PER  : la création de l'unité de déshydratation, la récupération de chaleur par l'entreprise Arvel, l'aménagement du site par la commune de Saint-Paulien et la constitution d'une plateforme d'approvisionnement en biomasse pour le gazogène. Ce soutien financier conséquent est une des conditions permettant la mise en œuvre d'un tel projet. Des contacts avec les élus du conseil régional d'Auvergne et du conseil général de Haute-Loire nous ont aussi permis de nous assurer de la volonté de soutien de la part des collectivités locales.

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