La Haute-Loire Paysanne 21 novembre 2008 à 10h01 | Par Véronique GRUBER - Valérie ALEXANDRON

Morosité et incertitudes, mais des atouts pour la viande bovine

La FDSEA et les JA 43 ont organisé le 14 novembre dernier une journée départementale bovine. Avec la participation de Philippe Halter de la Chambre d'Agriculture, Philippe Chotteau de l'Office de l'Élevage et Jean Pierre Fleury vice-président de la FNB, cette rencontre, suivie par plus de 80 personnes, apermis de faire le point sur la filières, sur la FCO et ses conséquences et sur les perspectives d'avenir.

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Philippe Chotteau, agro-économiste à l'Office de l'Élevage, spécialiste des marchés internationaux de la viande bovine,
Philippe Chotteau, agro-économiste à l'Office de l'Élevage, spécialiste des marchés internationaux de la viande bovine, - © HLP

Vendredi 14 novembre, la section bovine de la FDSEA et le groupe viande des Jeunes Agriculteurs organisaient une journée sur la filière bovine à laquelle ont participé plus de 80 personnes, agriculteurs et représentants d’OPA. Cette journée d’échanges et de débats était articulée autour de trois principaux intervenants : Philippe Halter, conseiller Chambre d’Agriculture chargé de faire le point sur le cheptel allaitant départemental, Philippe Chotteau, de l’office de l’élevage, est intervenu sur la conjoncture et les perspectives d’avenir de la filière et Jean-Pierre Fleury, de la Fédération nationale bovine, a évoqué le dossier FCO.

Une conjoncture morose…

Philippe Chotteau a démarré son intervention en brossant le tableau d’une conjoncture française et européenne «très médiocre». «Les cours de ces dernières semaines témoignent d’un automne morose. Le prix moyen pondéré du gros bovin a chuté de -8% par rapport à l’automne 2007 en France » a-t-il souligné. La surabondance des vaches de réforme laitière (le prix du lait étant en baisse, les éleveurs mettent des réformes sur le marché) explique cette baisse des prix des bovins renforcée par une chute de la consommation au sein de l’Union Européenne (UE).
«Si le cours du jeune bovin s’avère soutenu par l’exportation vers l’Italie (cours en hausse de +5%  par rapport à l’an dernier), le marché du maigre (en particulier les broutards) est quant à lui très déprécié.
Le marché des veaux de boucherie, très déprimé cet été, semble se rétablir avec une consommation qui se porte plutôt bien. Quant aux veaux de 8 jours de race Prim’Holstein, leurs cours ne décollent pas, les perspectives sont meilleures pour les veaux croisés».
La conjoncture actuelle (NDLR : d’après des données enregistrées de janvier à août 2008) est marquée par une baisse des disponibilités dans l’UE, une baisse des importations (-40%), une hausse des exportations (+8%) et une baisse de 6% de la consommation. Philippe Chotteau a également attiré l’attention de la salle sur la déconnection de plus en plus marquée entre le prix à la consommation de la viande de boeuf (en hausse depuis 2007) et le prix à la production en baisse.
Concernant la crainte de voir la France perdre sa place de leader comme fournisseur en animaux maigres sur le marché italien au profit de pays d’Europe de l’Est, Philippe Chotteau se veut rassurant : «les engraisseurs italiens se tournent préférentiellement vers la viande haut de gamme issue des races allaitantes françaises».

…pourtant, les fondamentaux du marché sont là

Ce spécialiste de l’Office de l’Elevage a évoqué les perspectives d’avenir de la filière bovine dans le contexte actuel de la réforme de la PAC et des négociations de l’OMC. «L’élevage ruminant est en pleine dépression, les charges des éleveurs augmentent, les contraintes commerciales liées à la FCO pèsent lourdement et la consommation chute. Pourtant, les fondamentaux du marché sont là (500 millions de consommateurs au sein de l’UE exigeants sur le plan qualitatif avec une pénurie relative de viande)». Le contexte peut encore s’agraver en particulier si un accord est signé à l’OMC.
Philippe Chotteau a mis le doigt sur l’un des paradoxe actuel : «le prix des céréales et des tourteaux est désormais indexé sur le coût de l’énergie, ce qui malmène l’élevage et constitue une menace pour l’herbe. Herbe qui ne bénéficie d’aucune politique européenne (à l’exception du maintien des prairies permanentes exigé dans le cadre de l’éco-conditionnalité), alors que ces systèmes ruminants fournissent un bilan carbone équilibré et contribuent à la qualité de l’eau, des paysages et des
produits ».

Vers un déficit de viande bovine encore plus fort

En 2015, si aucun accord n’a été conclu à l’OMC et si nous ne traversons pas de gros bouleversement au niveau de la PAC, on se dirige vers un déficit de viande bovine qui passerait de 4% à 6% au sein de l’UE, et pourrait atteindre 10 à15% si un accord désavantageux était passé à l’OMC.  Malgré toutes les menaces qui pèsent sur la filière, cette dernière a des atouts avec une demande européenne solide et une demande mondiale croissante ; s’ajoutent à cette liste d’atouts, les marges techniques de progrès réalisables au niveau de la production.
A l’avenir, les marchés seront de plus en plus volatiles en raison des politiques de dérégulation conduites depuis plusieurs années

Mesures sur le revenu : "analysons les annonces"

A l’occasion de cette journée bovine du 14 novembre, Jean Pierre Fleury, vice président de la FNB, est longuement intervenu sur le dossier de la fièvre catarrhale ovine qui a suscité de nombreuses questions de la part des éleveurs. Il a pu répondre à plusieurs de leurs interrogations : « La vaccination pourra t-elle être faite par les éleveurs ? Quand est-ce que sont prévues les livraisons des doses contre le sérotype 1 ? Peut-on espérer avoir un jour les deux vaccins (1 et 8) dans le même flacon ?
Autant de questions qui ont permis d’avoir un débat riche entre intervenants et éleveurs. Jean Pierre Fleury a notamment réagi sur le fait « qu’il était anormal de bloquer des broutards pendant 90 jours sur une zone indemne », il a expliqué aux éleveurs que la négociation pour réduire le délai est en cours à Bruxelles, dés que la réponse interviendra la vaccination pourra démarrer. Il a « rassurer » les éleveurs en leur indiquant que la vaccination devrait être terminée le 30 avril 2009. La mise en place d’un comité de pilotage permettra d’assurer le suivi.
Lors de son intervention, Jean Pierre Fleury, est intervenu sur la conférence sur le revenu qui se tenait le 12 novembre en déroulant de façon successive les annonces faites par le Ministre (enveloppe financière allouée, mesures d’allégement de la trésorerie…) et en insistant auprès des éleveurs « pour être très prudent par rapport aux effets
d’annonces ».

Philippe Halter technicien viande bovine à la Chambre d'Agriculture.
Philippe Halter technicien viande bovine à la Chambre d'Agriculture. - © HLP

Le troupeau altiligérien se maintient
grâce au développement de l'allaitant

En 2007, la viande bovine représentait 20 % de la production agricole de Haute-Loire (37 % pour le lait de vache et 33 % pour les productions végétales), a  annoncé Philippe Halter lors de son intervention.
Depuis le début des années 2000, le troupeau bovin de Haute-Loire se maintient grâce au développement de l’allaitant. Les effectifs se sont surtout développés à partir de 1992, date à laquelle les PMTVA ont été mises en place. Sur les 40 023 droits PMTVA attribuées aux éleveurs de Haute-Loire, les deux tiers se trouvent chez des livreurs de lait (données 2002) et plutôt en zone d’altitude (Mézenc-Margeride). Le département ne dispose d’aucune réserve de PMTVA, toutefois une partie peut-être libérée par les départs en retraite ou par la spécialisation laitière…
Sur les 114 000 vaches de Haute-Loire, 20 % sont de races allaitantes (soit 22 700).
La limousine est la première race allaintante (38 % des vaches de races allaintantes) depuis 5 ans, la charolaise (26 %) se classe en deuxième position en terme d’effectif, tandis que l’Aubrac arrive en troisième position avec 24 % des vaches de races allaitantes. La Haute-Loire compte également des cheptels de race Salers (11 % des vaches de races allaitantes) et de Blonde d’Aquitaine (1 %).
Bernard Meyronneinc, de la DDAF, a tenu à faire une remarque importante sur la bourse d’échange, cet outil qui a contribué à faire évoluer le cheptel allaitant en Hte-Loire : « Cette année, nous manquons d’offreurs de vaches allaitantes ; les éleveurs qui ont des quotas et des PMTVA ne semblent pas trop désireux d’offrir leurs PMTVA. Aussi, il en manque 100 à 150 pour équilibrer la bourse. Je pense que ce sera la dernière année où la bourse pourra fonctionner ». Avis à tous les éleveurs intéressés !

La viande bovine de Haute-Loire

- Plus de 130 000 bovins ont été vendus en 2007 dont 53 % en maigre et 70 % avant un an d’âge. 
- Sur les 61 000 bovins vendus maigres, plus de 4/5 sont des jeunes veaux du troupeau laitier.
- Près de 11 000 broutards ont été produits en 2007, soit la plupart des veaux mâles du troupeau allaitant. Une partie des broutards reste issue de mères croisés et de pères charolais.
- 12 400 tonnes (équivalent carcasse) de viande bovine produites pour la boucherie, dont plus de 1/3 de veau de boucherie.
- Près de 60 % des gros bovins vendus pour la boucherie sont de races laitières.
- La quasi totalité des 30 600 veaux de boucherie est issue de races laitières et une majorité est croisée charolais.

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