La Haute-Loire Paysanne 29 avril 2009 à 16h22 | Par Agra et Tierry Michel

Les porcs injustement accusés d'une grippe venue du Mexique

Aucun lien n’a été établi entre les élevages de porcs et la grippe venue du Mexique qui frappe les populations.Injustement appelée grippe porcine, elle vient d’être renommée nouvelle grippe. Il s’agit d’une nouvelle souche virale issue de la mutation du virus H1N1 d’origine porcine, aviaire et humaine présentant de nouvelles caractéristiques génétiques de contagiosité et de dangerosité pour l’homme. Il a d’ailleurs été découvert dans des populations urbaines qui n’avaient aucun contact avec les élevages. Alors, les embargos, blocus ou autre mesures de contrôles sur la circulation des animaux ne sont que pures mesures de protection destinées à rassurer des consommateurs prompts à s’alarmer En France tout le monde s’accorde à souligner qu’il s’agit d’un problème de santé humaine et que la consommation de porc ne présente aucun danger. Seule recommandation officielle, éviter ou reporter tout déplacement au Mexique…

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Dans cette affaire, les porcs n’y sont pour rien ! Le virus H1N1 qui circule au Mexique se transmet d’homme à homme par voie respiratoire.
Dans cette affaire, les porcs n’y sont pour rien ! Le virus H1N1 qui circule au Mexique se transmet d’homme à homme par voie respiratoire. - © Réussir/Claudine Gérard

Près de 150 morts au Mexique, des cas répertoriés en Californie et au Texas, au Canada désormais en Europe avec des cas confirmés en Grande-Bretagne, en Espagne et ce mercredi en Allemagne, des suspicions en Nouvelle-Zélande, en Colombie, en Israël. L’épidémie de grippe porcine suscite la panique générale dans le monde entier. Selon certaines sources, 1600 personnes dans le monde auraient été contaminées.  En France, on recence à ce jour une vingtaine de cas suspects.  En tout cas, les marchés à terme de céréales et d’oléagineux ont immédiatement réagi. Bien entendu à la baisse, les opérateurs anticipant sur une baisse de consommation de la viande porcine et des échanges de porcs dans le monde et donc des céréales.
Les autorités publiques ne sont pas en reste. De nombreux pays ont pris des mesures de rétorsion vis-à-vis des importations de viande porcine en provenance du Mexique. La Chine a déclaré un embargo à l’encontre des produits de la filière porcine du Mexique et trois Etats des Etats-Unis : Texas, Kansas, Californie. La Russie a élargi son blocus à toutes les importations des espèces animales. Le Japon, le principal client du Mexique, a décidé de mettre en place des contrôles sur les importations d’animaux vivants. Des mesures superfétatoires qui relèvent davantage de la protection commerciale et du souci de rassurer les consommateurs que d’une approche sanitaire objective.

Grippe nord américaine

En effet dans cette affaire, les porcs n’y sont pour rien ! Le virus H1N1 qui circule au Mexique se transmet d’homme à homme par voie respiratoire. Il s’agit d’une nouvelle souche virale issue de la mutation du virus H1N1 d’origine porcine, aviaire et humaine présentant de nouvelles caractéristiques génétiques de contagiosité et de dangerosité pour l’homme. Il a d’ailleurs été découvert dans des populations urbaines qui n’avaient aucun contact avec les élevages. Et aucune information ne fait état d’épizootie de grippe chez le porc dans ce pays. D’ailleurs, ce nouveau virus n’a jamais été isolé sur des porcs, ni au Mexique, ni aux Etats-Unis, ni ailleurs, rappelle l’interprofession porcine,
Inaporc.
On se trouve face à une épidémie de grippe humaine et c’est à tort que l’on parle de grippe porcine. Il aurait été plus judicieux, dès le départ, d’évoquer l’origine géographique de l’épidémie, une grippe nord américaine ou mexicaine, comme ce fut le cas dans le passé avec la grippe espagnole qui a décimé des millions de gens en 1918 ou plus récemment la grippe asiatique.
Les instances communautaires ne s’y sont pas trompées. Aucune restriction sur la chaîne alimentaire n’est envisagée. Idem en France. Le ministère de l’Agriculture a envoyé un message rassurant aux préfets pour leur indiquer que la voie de contamination est exclusivement humaine.
Il ne s’agit donc pas d’une crise alimentaire : la consommation de viande de porc ne présente aucun danger pour la santé des consommateurs. La seule recommandation officielle est d’éviter ou de reporter les déplacements au Mexique.

Des réactions émergent un peu partout dans le monde

• La Banque mondiale vient d’indiquer qu’elle accordait un prêt de plus de 205 millions de dollars au Mexique pour acheter des médicaments (25 millions) et améliorer ses infrastructures de santé (180 millions).
• Les responsables politiques montent également au créneau. Un centre de crise a été mis en place avec un numéro vert (01 45 50 34 60).
• Au niveau de l’Union européenne, la Commission a choisi d’appeler officiellement cette maladie « nouvelle grippe » ou « novel flu » pour éviter des « conséquences économiques désastreuses pour l’industrie du porc ».
• « Profitez de cette crise pour vous laver les mains plus souvent mais ne supprimez pas le porc de vos repas et des menus ». Les autorités sanitaires américaines martèlent désormais les mêmes messages depuis la nuit du 27 au 28 avril : personne ne peut contracter la maladie aux Etats-Unis en mangeant de la viande de porc ou des produits issus de la transformation du porc et aucun virus n’a été trouvé sur aucun porc sur l’ensemble du territoire. Une affirmation qu’a repris publiquement Tom Vilsack, secrétaire d’État à l’agriculture.
• L’industrie porcine pèse 97 milliards de dollars et 35 000 emplois directs a récemment rappelé le Conseil national des producteurs de porcs.
• En Russie, Dmitri Lvov, directeur de l’Institut de virologie de l’académie russe des sciences médicales, a précisé plusieurs points. Il estime que la capacité à résister contre une pandémie sera connue d’ici une semaine et que le danger se trouve du côté des voyageurs qui utilisent les lignes aériennes internationales. Ce responsable scientifique indique aussi qu’un vaccin spécifique ne sera pas trouvé avant six mois, raison supplémentaire pour renforcer toutes les mesures de surveillance et de prévention. Toujours selon lui, l'interdiction des importations de viande de porc en Russie n'a pas de sens. Mais il se prononce en faveur d’une limitation des importations des porcs vivants.

«C’est un problème de santé humaine»

J.Michel Serres président de la Fédération Nationale Porcine

Ne risque-t-on pas de se retrouver sur un scénario de la vache folle qui a provoqué une grave crise dans la filière bovine ?
Jean-Michel Serres : Non pas du tout ! Il  n’y a pas de lien direct entre la santé vétérinaire et la grippe mexicaine ainsi qu’on l’appelle désormais. On est sur une recombinaison de virus issus du porc, de la volaille et de l’homme. Et le virus qui est à l’origine de la crise ne contamine pas les cochons.
Il s’agit aujourd’hui d’un problème de santé humaine. Les gens qui ont été frappés par la grippe habitent les villes et n’ont pas été en contact avec des porcs.  Rien à voir avec la maladie de la vache folle, ni avec la grippe aviaire pour lesquelles il y avait un risque potentiel de contamination !

A-t-on déjà observé des effets sur le marché de la viande porcine ?
JMS : A ma connaissance non. Les grandes surfaces que nous avons interrogées n’ont pas observé de conséquences en terme de baisse des achats de viande porcine. Même s’il convient de rester vigilants. L’annonce a été faite il y a quelques jours seulement. Je constate d’ailleurs que les pouvoirs publics ont été clairs en la matière en réaffirmant qu’il n’y a pas de lien entre le porc et la maladie. Les média aussi dans la mesure où l’on ne parle plus de grippe porcine, mais de grippe mexicaine.

Quid d’interdire les importations de viande porcine comme l’on fait les Russes ?
JMS : L’Europe n’importe pas de viande porcine du Mexique. Ni la France d’ailleurs. Si l’Europe mettait un embargo sur la viande porcine mexicaine, elle alimenterait la suspicion d’un risque lié à la consommation de viande porcine et affolerait les consommateurs.  Ce que nous ne voulons pas. A ce stade, les mesures à prendre relèvent de la santé publique. Si et seulement si on observait dans les jours qui viennent une chute de consommation, il faudrait  bien entendu réagir.

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