La Haute-Loire Paysanne 06 octobre 2010 à 15h36 | Par S.Marion

Les éleveurs de bovins viande "abandonnés" par leur Ministre

Alors que s'ouvre le 19ème Sommet de l'Elevage à Cournon (63), les éleveurs du Massif-Central sont très déçus du désistement de dernière minute de Bruno Le Maire. La production de bovins viande est en pleine crise et ce depuis 4 années. Au bord du gouffre, les éleveurs, à l'appel de la FNB, se mobilisent pour contraindre les industriels à appliquer une hausse des prix payés aux producteurs de 60 cts d'euros par kilo.

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Pierre Chevallier au centre avec les 3 associés du Gaec de l’Angevine et Gilbert Guignand président de la FDSEAde Haute-Loire.
Pierre Chevallier au centre avec les 3 associés du Gaec de l’Angevine et Gilbert Guignand président de la FDSEAde Haute-Loire. - © HLP

La nouvelle vient de tomber : “le Ministre de l’Agriculture ne viendra pas au Sommet de l’Elevage. Il s’envole vers l’Inde pour préparer les prochaines négociations à l’OMC”. Les responsables professionnels de la Fédération Nationale Bovine, qui avaient convié la presse ce mardi matin sur l’exploitation du Gaec de l’Angevine à Lorlanges, à la veille de l’ouverture du Sommet,  ont clairement exprimé leur “déception”, voire leur “désarroi”. Pierre Chevallier président de la FNB est très amer : “Le Ministre nous laisse orphelin, à l’occasion de ce Sommet de l’Elevage au cours duquel on doit parler des problèmes de l’élevage et dans un contexte économique de détresse”.
Détresse, c’est bien le mot qui décrit la situation dans laquelle se trouve la production bovine et ce depuis 4 ans au moins. Philippe Lamat président de la section bovine de la FDSEA de Haute-Loire estime qu’on est “arrivé au bout du bout…” et que pour tenter de se sortir de cette spirale infernale, seul “un arbitrage de l’Etat sur la valorisation de la viande pourra faire avancer les choses”. Et c’est bien pour cela que l’annonce de la “non-venue” du Ministre est reçue comme un coup bas…
Monique Grimault associée du Gaec avec son mari Gilbert, et Bertrand Bayout un jeune installé hors cadre successoral depuis avril 2010, a présenté l’exploitation (110 PMTVA en Charolaises pour la grande majorité et leur suite, sur 156 ha dont plus de 130 en surface en herbe) en insistant sur les deux variables qui mettent la production dans le rouge. A savoir des prix de vente en baisse depuis 2006, quand par ailleurs, les charges n’en finissent pas de grimper. Pour essayer de rétablir la situation, les associés font un peu de vente directe et depuis quelques mois vendent directement auprès de bouchers, ce qui permet une meilleure valorisation de leurs produits.

4 années de crise

Rebondissant sur les chiffres, Philippe Lamat a insisté sur les gros problèmes de trésoreries des exploitations en bovins viande et sur le manque de lisibilité à long terme.
Les éleveurs de viande bovine sont en 4e année de crise et leur revenu est le plus bas du secteur agricole. “La Commission des comptes de l’Agriculture l’a évalué à 11 700 euros par actif non salarié, soit 20 % en dessous de la moyenne agricole toutes productions (pourtant elles-mêmes en très forte baisse)” et pour les spécialisés c’est encore plus critique. De  1997 à 2010, les prix à la consommation n’ont cessé d’augmenter, de même que les coûts de production des exploitations, alors que les prix payés aux producteurs ont subi d’importantes variations à la baisse pour se retrouver aujourd’hui  au même niveau qu’il y a 13 ans (voir graphique). Entre prix à la consommation et prix-producteur, on accuse actuellement un différentiel de 40. Notons par ailleurs que la consommation reste relativement stable.
Chiffre en main, Pierre Chevallier ne cache pas son incompréhension. La France est structurellement en situation de sous-production par rapport à la consommation avec un déficit de l’ordre de 100 000 tonnes par an, soit environ 7% de la consommation. L’Europe est, elle aussi, importateur net de viande bovine. On importe 430 000 tonnes de viande des pays tiers et à l’avenir on risque d’arriver à 1 million de tonnes. Sur le plan mondial, on assiste à une régression de la production notamment au Brésil, en Argentine, aux USA. “Nous sommes à la veille d’une pénurie alimentaire” lance le président. Pour lui le grand débat actuel se pose en 2 questions. “Que veut l’Europe en matière de politique agricole ? Préserver son indépendance alimentaire pour nourrir 500 millions de consommateurs ? Garder son modèle alimentaire avec une sécurité sanitaire drastique alors qu’ailleurs les règles sont beaucoup plus souples ?” Et de lancer l’idée d’un référendum auprès de la population. Et la deuxième question  : “est-ce qu’on veut garder un élevage, pilier de l’économie rurale ?”. Pierre Chevalier précise que “nous ne ferons pas l’économie d’une politique agricole avec des soutiens différenciés pour être compétitifs”.
Pour la FNB, les “perfusions” style Plan Barnier, Plan Sarkozy… ne suffisent plus pour enrayer la grave crise de l’élevage de bovins viande. Les responsables professionnels veulent une augmentation des prix à la production jusqu’à 60 cts d’euros/kilo. Pour Pierre Chevallier, c’est simple : “il suffit de mettre en place des cotations à la hausse. + 5 cts d’€ par semaine pour arriver à l’objectif de 60 cts”. Les éleveurs sont sur le “pied de guerre”. Dans les jours qui viennent, des actions sévères vont être organisées sur tout le territoire auprès des industriels et des GMS, déjà visitées pour des opérations de stickage. Déjà la semaine dernière, à Limoges, une première action a conduit à une hausse de 5 cts. Le ton est donné. C’est le message qui devrait être livré au Sommet de l’Elevage ce mercredi jour d’ouverture alors que les éleveurs se sentent abandonnés par le Ministre, et comptent bien le lui faire remarquer…

Evolution du prix-producteur et du prix-consommateur

Entre 1997 et 2010, les prix à la consommation se sont envolés augmentant de 40 % en 13 ans. Les coûts de production ont eux-aussi atteint des sommets. Et dans le même temps, les prix-producteurs ont chuté dans les années 2001-2004 pour revenir en 2010 au niveau de 1997.
En 2010 on accuse donc un différentiel de 40 entre les prix à la consommation et les prix-producteurs.

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