La Haute-Loire Paysanne 13 août 2019 à 16h00 | Par Suzanne MARION

Les brebis cherchent un peu d’herbe et de fraîcheur dans les sous-bois en pente

Vincent et Jacqueline Amaduble, éleveurs ovins à Léotoing, doivent trouver des solutions pour pallier le manque de fourrage dû à une sécheresse sévère.

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Les brebis pâturent dans les sous bois dans les pentes peu productives au bord de l’Allagnon.
Les brebis pâturent dans les sous bois dans les pentes peu productives au bord de l’Allagnon. - © HLP

En cet après-midi d’août, le troupeau de brebis de Vincent et Jacqueline Amaduble, de l’EARL Les Quatre saisons, installés à Planzols sur la commune de Léotoing dans le Brivadois, recherche l’ombre, à défaut de trouver quelques herbes à brouter, sous les arbres qui bordent leur pâturage. Les prés ont perdu depuis longtemps leur couleur verte, laissant la place à la terre à nue avec quelques herbes sèches. 3 tonnes à eau permettent aux animaux d’avoir à boire, et du foin est distribué en complément dans un ratelier mobile. À l’intérieur du bâtiment, le lot de brebis allaitantes souffre aussi de la chaleur et est nourri sur les stocks d’hiver. 
Cet été sec et très chaud, qui fait suite à un printemps très sec également, conduit les éleveurs à prendre des dispositions exceptionnelles.

Moins de 200 mm d’eau en 2019
Avec Vincent et Jacqueline, faisons le point en chiffre sur ces conditions climatiques. En terme de pluviométrie, les calculs sont vite faits.
Vincent revient en arrière : «Cela fait presque 2 ans que l’on manque de pluie. En 2018, on a eu peu de pluie mais elle est tombée au bon moment pour les cultures ce qui a limité les dégâts. Nous avons eu un peu de pluie en juin 2018, 30 mm en novembre ce qui nous a permis de faire les semis. Ensuite, 12 cm de neige fin janvier. Au printemps, 25 à 30 mm en avril, 37 mm début juin, 2 fois 15 mm fin juillet et 5 mm début août… Si on cumule, on arrive bien en dessous de 200 mm d’eau pour une année, alors qu’en moyenne on reçoit 650 mm sur le secteur».
Ce bilan a directement pour conséquence, un énorme manque de fourrages. En foin, les éleveurs ont fait 70 bottes au lieu de 300 à 350 selon les années. Pour les ensilages de ray-gras et luzerne, c’est 50% de perte, sachant que cette année, ils ont ensilé 4 ha de céréales normalement destinés à la vente. Il n’y a pas eu de seconde coupe en ray-gras (200 m3 d’ordinaire). Et en céréales également, on accuse 50 % de pertes, avec des rendements de 25 à 30 qx/ha contre 55 à 60 en année normale. Le tout cumulé, cela fait une perte colossale, sachant que l’exploitation n’avait par de stocks.
«Cette année est bien pire que 2003» souligne Jacqueline Amaduble, démoralisée. D’autant que cette année, le 4 mai, le troupeau a subi une attaque de chiens errants tuant 30 brebis et occasionnant une vingtaine d’avortements.

Jouer sur plusieurs tableaux
Pour faire face, les Amaduble trouvent des solutions en jouant sur plusieurs tableaux.
Dès le printemps avant le premier agnelage, ils ont échographié les brebis gestantes. «Un choix qui se justifiait après l’attaque par les chiens, mais aussi pour détecter les brebis vides et les sortir au plus tôt» explique Vincent.
Suite à cela, ils ont fait partir des réformes plus tôt, une trentaine au printemps. Le troupeau a ainsi été réduit d’une soixantaine de têtes, en comptant celles qui sont parties à l’équarrissage. Le jeune éleveur pense refaire un tri maintenant pour en faire partir encore quelques unes, «une quinzaine peut-être». Mais sa maman espère en garder un maximum.
D’habitude, le troupeau était renouvelé en interne en élevant des agnelles. Cette année, les associés ont passé un contrat avec une aide de la Région pour acheter des agnelles à des sélectionneurs et ainsi apporter de la génétique. «Mais, avec la sécheresse, cela tombe mal, car il faut sortir de l’argent…».

Faire pâturer les sous-bois
Pour trouver d’autres surfaces à pâturer pour les brebis, les éleveurs ont clôturé les côtes en bordure de l’Allagnon ; des terrains plus ou moins abandonnés car pentus et très peu productifs. Mais cette année, les brebis y trouvent leur «bonheur». Ils ont clôturé sur 3 côtés pour protéger les récoltes voisines et le soir, quand les moutons broutent après les grosses chaleurs de la journée, ils les surveillent.
Vincent a également semé 4 ha de  sorgho derrière le blé ensilé, mais malheureusement, sans eau, il n’a pas donné grand chose. «À ce jour, il fait 20 cm et ne peut donc pas être mangé car nocif. Je ne sais pas ce que je vais en faire» souligne Vincent. Les dérobées ? «Avec, notre rotation, c’est impossible».
«On va essayer de refaire du stock, poursuit le jeune éleveur. On a arracher 25 ha de prairies et céréales. Sur les vieilles prairies, on va faire des céréales. Sur les ray-gras, du méteil. Et derrière les céréales, du ray-gras». Vincent veut garder un peu d’espoir : «S’il pleut maintenant, les ray-gras pourront être pâturés cet automne ou en hiver».
Autour de chez eux, d’autres agriculteurs ont, eux aussi, testé des solutions. Certains ont fait du colza, mais c’est pour des vaches laitières. D’autres du moha, il ne sort pas. Et pire encore, 2 importantes exploitations ont choisi d’arrêter. C’est un aléa de trop !
Aux Quatre saisons, on a un projet de lac collinaire qui reste dans un tiroir faute d’aides parce que classé en zone vulnérable. Vincent est dépité mais il reconnaît que cette sécheresse est telle, que beaucoup de retenues collinaires sur le secteur, sont à sec. Le problème d’approvisionnement en eau devient de plus en plus sévère.
Le métier d’agriculteur est soumis aux conditions climatiques, et dans nos zones difficiles, les éleveurs ont souvent dû et su s’adapter. Mais une pénurie d’eau récurrente et de plus en plus grave, oblige aujourd’hui les systèmes de polyculture-élevage notamment, à se poser les bonnes questions et peut-être à réorienter les exploitations en intégrant ces données.
Vincent et Jacqueline Amaduble sont inquiets face à une situation qui ne leur laisse que peu de marge de manoeuvre. «Aujourd’hui, il manque, à la louche, 25 000 euros sur l’exploitation, soit environ 50% du résultat de l’atelier ovin. Heureusement que l’on a les veaux en intégration» soulignent-ils. En traversant le pâturage qui ressemble plus à un terrain vague à ce jour, ils ne peuvent que constater la situation en espérant que la pluie arrive.

Vincent et Jacqueline Amaduble à la recherche de toutes les solutions Pour nourrir leurs 400 brebis.
Vincent et Jacqueline Amaduble à la recherche de toutes les solutions Pour nourrir leurs 400 brebis. - © HLP

L’exploitation en chiffres
Earl des Quatre saisons avec 2 associés Vincent Amaduble et sa mère Jacqueline, et une salariée. Cette dernière devrait prendre la place de
Jacqueline qui fera valoir ses droits à la retraite début 2020.
400 brebis BMC conduites en système 3 agnelages en 2 ans ; agneaux commercialisés par Copagno.
Atelier de veau en intégration : 280 places.
Arrêt de la production laitière il y a un an ; choix dû à la classification de la commune en zone vulnérable ce qui obligeait à une mise aux normes des bâtiments.
50 ha de SAU dont 25 de prairies naturelles ou parcours, 12 de PT (ray-gras et/ou luzerne), et 12 de céréales. Rotation sur 2 ans : céréales/prairie.

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