La Haute-Loire Paysanne 09 novembre 2010 à 14h58 | Par Sophie GIRAUD

Les bastions Bigard assiégés par les éleveurs de bovins

Plus aucun camion ne pénètre sur la plupart des sites du groupe Bigard, le géant du secteur de la viande en France. Les éleveurs du Massif Central, à l'appel de la FRSEA, assurent le blocage des sites de Villefranche d'Allier dans l'Allier et d'Egletons en Corrèze. Les éleveurs demandent une hausse de 60 cts d'€/kg de carcasse, alors que la filière aval maintient des prix à la baisse. Actuellement le Ministre de l'Agriculture Bruno Le Maire rencontre les acteurs de cette filière pour essayer de trouver une issue au conflit.

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Chaque département se relaie à tour de rôles pour assurer le blocage du site Bigard de Villefranche d’Allier. (© HLP) Casse-croûte chaud pour tenir le coup. "Escroc" le mot est fort, la colère est grande. Patrick Bénézit : "nous sommes là pour un moment".

Les éleveurs avaient prévenu. La stratégie de blocage des prix dans laquelle semble s’être engagé le groupe Bigard en appellerait forcément une autre, celle du blocus des sites du géant de la viande par les éleveurs. Dimanche soir, les éleveurs ont mis leur menace à exécution puisque depuis, plus aucune bête et plus aucun morceau de viande ne sort de la plupart des unités d’abattage du groupe. Sur le Massif central, deux sites sont bloqués, celui de Villefranche-d’Allier dans l’Allier et celui d’Egletons en Corrèze.
A Villefranche-d’Allier, ce sont les Jeunes agriculteurs de l’Allier qui ont démarré le blocus de la Socopa, filiale du groupe Bigard, appuyés par des agriculteurs de la FNSEA 03 et quelques membres de la FDSEA. Lundi, peu avant midi, une centaine de cantaliens sont arrivés pour assurer la permanence jusqu’au lendemain midi. Mardi midi, la relève devait être assurée par les éleveurs du Puy-de-Dôme, « environ 250 personnes seront mobilisées, de manière à avoir en permanence sur le site près de 80 éleveurs du département », explique Jean-Paul Thénot, président de la section bovine de l’UDSEA du Puy-de-Dôme.

+60 cts d’euros/kg carcasse

La journée du mercredi, au tour de la Loire et de la Haute-Loire d’assurer le roulement, tandis que le Cher et l’Indre avaient prévu de se mobiliser pour la journée du jeudi.
Les organisateurs, FNSEA, FNB et JA se sont donnés l’objectif de dix jours de blocage. Au démarrage du blocus, le chef des troupes Patrick Bénézit, éleveur cantalien et secrétaire général de la FNB, ne cachait pas sa détermination « croyez-moi, nous sommes certainement là pour un moment. Nous ne partirons pas tant que nous n’aurons pas obtenu d’avancées significatives ! »
Il fustige la politique de Bigard qui consiste à maintenir « verrouillés » les prix-producteurs à la baisse, « loin du niveau justifié par la situation du marché, et du seuil nécessaire pour la rentabilité : +60 cts d’euros/kg carcasse ».
Un marché pourtant porteur
Le marché donne en effet raison aux producteurs. La consommation de viande bovine est en hausse de 3% depuis le début de l’année, les prévisions d’abattages en France sont en baisse, tout comme les disponibilités en Allemagne et en Irlande, et les échanges sur 2010 progressent avec un niveau d’export en bovins vivants en hausse de 5% et en viande de 2%. Le niveau d’import européen en provenance des pays tiers est par ailleurs au plus bas (-10% en 2009). La conjonction de tous ces facteurs devrait légitimement faire augmenter les prix. Par le blocage, les éleveurs comptent bien obtenir gain de cause. Ils n’ont aujourd’hui plus d’autres alternatives que celle du bras de fer.

Le blocus d’Egletons démarre par un accident…

Samedi soir, le président de la FDSEA de la Corrèze, Tony Cornelissen, avec trois autres membres de la FDSEA, s'est rendu au péage autoroutier d'Égletons pour tenter d'intercepter les poids lourds, qui selon leurs informations transportaient des carcasses de bovins étrangers. Vers 23 heures, un camion de viande a été identifié et une discussion s'est engagée avec le chauffeur espagnol. Lors de ces palabres dans la pénombre, le poids lourd aurait avancé et renversé le responsable syndical. Blessé au sternum et au niveau du bassin avec plusieurs fractures, Tony Cornelissen a dû être évacué sur le centre hospitalier d'Ussel. Ses blessures sont importantes mais ses jours ne sont pas en danger. Les éleveurs manifestants tiennent à lui apporter leur soutien ainsi qu'à sa famille.

Mais le blocus continue

Les trois départements du Limousin, Creuse, Corrèze et Haute-Vienne assurent le blocage de l’entreprise Charal, filiale du groupe Bigard, à Egletons. Une opération minutieusement préparée entre les trois FDSEA et JA de la région, la FRB et la FRSEA du Limousin, renforcé par les départements des Charente, de la Dordogne et de la Vienne, pour tenir le blocus pour une durée indéterminée. Dès le dimanche 7 novembre en fin d’après-midi, une centaine d’éleveurs venus des quatre coins de la région ont pris position sur le site stratégique de l'abattoir Charal pour y dresser  le camp de base, malgré un temps digne du mois de décembre. Ainsi à tour de rôle, entre la Creuse, la Corrèze, et la Haute-Vienne, les éleveurs se sont succédés pour tenir le siège avec pour objectif de « faire pression auprès du groupe Bigard pour le faire revenir autour de la table des négociations » selon les responsables syndicaux.

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