La Haute-Loire Paysanne 13 juin 2019 à 14h00 | Par Suzanne MARION

Le seuil des 500 loups est dépassé en France

L’ONCFS mandaté pour réaliser le suivi de la population de loups en France, publie aujourd’hui le bilan du suivi hivernal de ces populations pour l’hiver 2018/2019, réalisé avec l’appui d’un réseau de 4000 observateurs.

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Cette carte des ZPP 2019 confirme que la présence de la population et la reproduction se concentrent dans l’arc alpin et en Provence.
Cette carte des ZPP 2019 confirme que la présence de la population et la reproduction se concentrent dans l’arc alpin et en Provence. - © ONCFS

500, c’est le seuil de viabilité démographique fixé dans le cadre du Plan national d’action sur le loup et les activités d’élevage. Ce seuil est désormais atteint, c’est ce que rapporte l’ONCFS (Office nationale de la Chasse et de la Faune Sauvage) organisme mandaté pour réaliser le suivi de la population de loups en France, depuis le retour de l’espèce sur le territoire national au début des années 1990. Le réseau Loup/Lynx vient, en effet, de publier le 7 juin le bilan du suivi hivernal de la population de loups en France pour l’hiver 2018/2019 sur le site www.loupfrance.fr


100 loups de plus en 1 année
De ce rapport, on peut retirer 3 conclusions importantes. Ainsi, la population a atteint le seuil de viabilité démographique fixé à 500 loups dans le cadre du Plan national d’action sur le loup et les activités d’élevage. Plus précisément, l’effectif en sortie d’hiver est estimé à environ 530 (intervalle de prédiction 479-578). Pour mémoire, l’effectif estimé l’an dernier en sortie d’hiver 2017-2018 était de 430 individus [387-477]. Le nombre de ZPP (zones de présence permanente) poursuit sa progression, passant de 74 ZPP détectées en sortie d’hiver 2017-2018 à 92 en sortie d’hiver 2018-2019.
Parmi ces zones de présence permanente, 68 sont constituées en meutes (à partir de trois individus ou avec une reproduction avérée) contre 57 l’hiver précédent. Il faut ajouter à ces groupes territorialisés 22 ZPP qui ne sont pas constituées en meute contre 15 l’hiver dernier. Deux ZPP demeurent sans indices.


Nouveaux territoires colonisés
Le rapport montre aussi que «la croissance de la population de loups s’effectue essentiellement (en effectif) par une densification de l’arc alpin». Mais dans le même temps, on note «la colonisation de nouveaux territoires». «Des loups ont ainsi été détectés dans de nouvelles zones en 2018, notamment dans les Pyrénées-Atlantiques, dans la zone Aube-Yonne, et dans certaines nouvelles zones du massif central».
Le suivi de la population de loups met en évidence des phénomènes à étudier plus particulièrement pour comprendre les dynamiques en cours. «Plusieurs zones de présence permanente du loup ont ainsi perdu leur statut de groupe reproducteur (meute)», mais il faut encore vérifier s’il y a un lien avec les tirs réalisés dans le cadre de la prévention des dégâts aux troupeaux. «De même, la question de l’effet des tirs sur la dynamique de constitution ou de scindement des groupes de loup – et donc la reproduction- doit être étudiée précisément» indique l’ONCFS qui conduit actuellement sur ces problématiques un travail  de doctorat qui s’appuie sur les données récoltées. Enfin la détection et la qualification des reproductions durant le printemps, notamment sur les fronts de colonisation, est en soi un enjeu et appelle un suivi particulier dans le cadre de la campagne de suivi estival.
Et le rapport de conclure : «L’atteinte du seuil des 500 loups en France va conduire à l’activation de nouvelles mesures de gestion telle que prévue dans le cadre de l’évolution du Plan national d’action sur le loup et les activités d’élevage actuellement en vigueur».
D’après communiqué de l’ONCFS

Claude Font éleveur à Auzon et en charge du dossier "Loup" à la FNO.
Claude Font éleveur à Auzon et en charge du dossier "Loup" à la FNO. - © HLP

«L’extension du loup, c’est une réalité»


Claude Font, en charge du dossier «Loup» à la FNO (Fédération Nationale Ovine), n’est pas surpris par les résultats de ce rapport de l’ONCFS. «On s’y attendait» lance-t-il. Le Plan Loup avait 2 objectifs : à la fois la préservation du loup sur le territoire et celle de l’élevage. «Mais on savait qu’avec les mesures préconisées, ça allait être un échec. Déjà sur 2018, on a recensé une augmentation du nombre de loups de
20 % environ, et autant d’attaques qu’en 2017 soit 12 000 bêtes» souligne-t-il. Si «tout le monde s’accordait à dire qu’on allait vers une population de plus de 500 loups, avec ce Plan», l’objectif a néanmoins été atteint dès cette année alors qu’il était prévu en fin de Plan soit 2023.
Quant à l’extension des territoires colonisés, là encore pas de surprise ; le loup ne s’arrête pas aux frontières administratives. Claude Font précise : «la dernière attaque la semaine dernière a eu lieu dans l’Ain un département qui n’était pas encore touché. Des cellules de veille se sont aussi montées dans le Puy-de-Dôme, la Vienne et la Haute-Vienne… L’extension du loup, c’est une réalité. 40 départements sont aujourd’hui touchés ou susceptibles de l’être» ajoute-t-il.
Face à ces chiffres, le CAF Loup, qui réunit la FNSEA et ses associations spécialisées, JA et l’APCA, dénonce «l’innéfficacité du Plan Loup» et estime que «l’État est dépassé» selon Claude Font. Et ce malgré des prélèvements importants (38 à ce jour depuis le 1er janvier 2019).
Depuis la réunion du Groupe National Loup du 28 mai (Ndlr : voir la Haute-Loire Paysanne de la semaine dernière en page 06), rien n’est prévu pour l’instant, même si des réunions de travail vont permettre de s’intéresser aux problématiques de l’indemnisation, des chiens de protection ou encore du cercle zéro (un nouveau zonage qui identifie les secteurs les plus prédatés à l’intérieur du cercle 1)…
Mais le CAF Loup continue de travailler pour défendre l’élevage. Il demande donc «une autorisation de tirs de défense systématique pour tous les éleveurs ou bergers en complément des mesures de protection. L’objectif est de défendre les troupeaux et d’apprendre au loup qu’un troupeau est synonyme de danger potentiel». Ces tirs de défense existent déjà, note Claude, mais sont accordés pour des élevages déjà prédatés et le dossier administratif est complexe.
Le CAF demande aussi des avances de trésorerie ou accompte pour aider les éleveurs à acheter du matériel de protection (clôtures), des patous ou à payer des bergers. Enfin le CAF souhaite une simplification administrative des dossiers de déclaration de prédation.
Tant que la cohabitation entre le loup et les élevages posera problème, le CAF Loup continuera sa mission…

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