La Haute-Loire Paysanne 13 août 2010 à 15h48 | Par Charlotte OUDIN

La myrtille, une baie aux multiples usages

C'est la saison de la myrtille. Ramasseurs et cueilleurs ont investis landes et forêts à la recherche de cette petite baie pour sa saveur ou pour ce qu'elle peut rapporter. Soumise à réglementation, cette cueillette peut donc être familiale pour se régaler ou plus "professionnelle" pour apporter un complément de revenu.

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Le ramassage de la myrtille n’a pas disparu.
Le ramassage de la myrtille n’a pas disparu. - © HLP

Un peu partout dans les sous-bois de Haute-Loire, l'heure est à la cueillette des myrtilles, que ce soit à la main ou au peigne. Le mot cueillette n'est d'ailleurs pas totalement approprié dans ce second cas. On considère en effet que la cueillette - à la main - concerne davantage la consommation familiale, tandis que le ramassage - au peigne - est réalisé dans un objectif de vente. On pourrait ainsi parler de cueilleurs professionnels, on préférera le terme de ramasseurs. Les mots ont leur importance car cette différence lexicale rend compte de l'existence d'une filière à part entière, celle de la myrtille sauvage.

Arrondir ses fins de mois...

Par le passé et aujourd’hui encore, le ramassage des myrtilles durant les mois d’été assure un complément de revenu dans les campagnes. Dans la seconde moitié du XXe siècle, tandis qu’un collectage professionnel lié aux entreprises ardéchoises s’organisait, la cueillette familiale a cédé le terrain au ramassage systématique et à l’usage du peigne. C’est ainsi que la myrtille a connu une sorte «d’âge d’or» dans les années 1970, pour décliner progressivement par la suite. Daniel Soulier, aujourd'hui spécialiste de tout ce qui touche à la forêt à la Direction Départementale des Territoires de Haute-Loire, se souvient... « A cette époque, les années où ils y avait beaucoup de myrtilles, on pouvait ramasser jusqu’à 80 kilos par jours avec un peigne. On les apportait ensuite chez le collecteur, qui se chargeait du tri et du conditionnement, et on repartait avec de l’argent liquide. Aujourd'hui, c'est déjà plus difficile de faire 80 kg car ce n'est plus ce que c'était : on trouve beaucoup moins de myrtilles qu'auparavant. Un ramasseur assidu et bien renseigné peut tout de même gagner quelques centaines d'euros au cours de la saison ».
Le ramassage n'a toutefois pas disparu. Une fois leurs seaux pleins, deux solutions s'offrent aux adeptes. Certains privilégient la proximité en allant vendre les baies aux boulangers des environs pour la confection de pâtisseries. L'autre solution consiste à apporter ses myrtilles chez un collecteur, où elles sont triées et puis mises en barquettes en vue de leur commercialisation. Le prix des myrtilles varie d'une année à l'autre, en fonction de l'abondance des baies. Il est cependant très difficile de donner un prix au kilo (non triées). A l’instar des champignons, les ramasseurs de myrtilles entretiennent une certaine dimension du secret, ne souhaitant pas dévoiler «leurs coins» et ne désirant pas communiquer sur les gains retirés de cette pratique...
Si elle reste entourée de mystère, la vente des myrtilles n'en est pas moins soumise à une réglementation. Chaque année, un arrêté préfectoral fixe une date à partir de laquelle la vente est autorisée. Pour 2010, il s'agit du 23 juillet. Par ailleurs, cueilleurs et ramasseurs doivent garder à l'esprit que la pratique nécessite le consentement des propriétaires des terrains, au risque de se voir sanctionner par une amende de 5e voire de 4e classe si les volumes cueillis dépassent 5 litres. En effet, en vertu de l'article 547 du Code civil, les propriétaires des terrains sont aussi propriétaires des fruits naturels de la terre (baies, champignons, semences, fleur, plantes...).

Une baie recherchée

Pourquoi suscite-t-elle un tel engouement ? Comme la mûre, la myrtille fait l'objet d'une culture demeurant limitée. La baie cultivée est d'ailleurs assez différente de la sauvage, à la fois plus grosse et moins acide. La myrtille sauvage est donc recherchée pour sa saveur particulière. Sur le plan culinaire, elle peut être mangée tel quel ou préparée en pâtisseries, en confiture et en liqueur.
La pharmacopée fait également usage de la myrtille pour ses vertus médicinales. Les baies présentant une forte teneur en vitamines A et C, leur consommation est conseillée pour conserver son tonus et entretenir sa vue. Les feuilles sont, quant à elles, utilisées pour leurs propriétés tinctoriales (couleur violette). Autrefois, on s'en servait parfois pour colorer le vin...
Reste à savoir qu'à l'instar des lentilles et autres spécialités locales, la myrtille possède sa fête. Les gourmands et les nostalgiques des journées estivales d'antan animées par la cueillette peuvent se donner rendez-vous le 22 août prochain à Saint-Julien-Chapteuil pour la fête de la myrtille et des fruits rouges. Des animations variées sont prévues : vente de fruits rouges, démonstration de cuisson de confitures par le maître confiturier Jean-Paul Gaucher de St-Etienne, animations musicales, animations pour enfants, tarte géante aux fruits rouges, concours de desserts aux fruits rouges… Une occasion de faire revivre, le temps d'une journée festive et conviviale, cette tradition rurale altiligérienne.

Dans notre édition de la semaine 32, zoom sur les cousines de la myrtilles comme les airelles.
La présence de myrtilles est intrinsèquement liée à un type de biotope.
La présence de myrtilles est intrinsèquement liée à un type de biotope. - © HLP

Pourquoi trouve-t-on de moins en moins de myrtilles ?

La diminution de la surface en myrtilles résulte de deux phénomènes simultanés : l’action de l’homme (reboisement, ramassage «musclé» au peigne) et l’évolution naturelle du couvert végétal. La présence de myrtilles est, en effet, intrinsèquement liée à un type de biotope. Il s’agit d’une espèce héliophyle, c’est-à-dire qu’elle aime le soleil, nécessaire au fleurissement et, par extension, à la production de baies. C’est pourquoi on la trouve plus particulièrement dans les pinèdes clairsemées situées entre 800 et 1 300 m.
Cependant, la pinède clairsemmée n’est qu’un stade temporaire dans l’évolution du couvert végétal de notre région. Durant tout le XIXe siècle et jusqu’au début du XXe siècle, la plupart des espaces actuellement boisés étaient des pacages. Progressivement abandonnés, ils se sont enfrichés, puis transformés de manière naturelle en futaies de pins sylvestres. De là, ces espaces ont encore évolué vers la hêtraie-sapinière, stade définitif. Or, il s’agit d’un mileu hostile pour les plants de myrtille en raison du manque de lumière. Ces derniers ont donc progressivement, et naturellement, disparu au fur et à mesure de cette tranformation. On peut nettement observer ce phénomène dans certaines clairières, où de jeunes sapins et de jeunes hêtres grandissent au beau milieu des plants.
En définitive, et même si cela peut paraître curieux à première vue, il faut se résoudre à l’idée que la myrtille n’a vocation à pousser que de manière temporaire dans les forêts de Haute-Loire. Evidemment, ce mouvement s’est accentué avec le reboisement visant la production de bois.
NB. Par sa présence, la myrtille est donc une plante indicatrice. Et elle ne renseigne pas uniquement sur la dynamique du couvert végétal : appréciant surtout les sols acides (PH 5 environ), elle constitue un bon indice de la qualité du sol pour les forestiers. Les sols acides étant considérés comme pauvres, les essences rustiques  seront privilégiées et on évitera d’y planter des feuillus précieux (érable, frêne, meriser, noyer).

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