La Haute-Loire Paysanne 18 novembre 2010 à 16h15 | Par Véronique GRUBER

La détermination des éleveurs a fait fléchir le groupe Bigard

Le blocage des sites d'abattage, qui a duré 3 jours, a payé. Des mesures qui permettront d'améliorer les prix des bovins payés aux producteurs, vont être mises en place. Pour Philippe Lamat, président de la section bovine de la FDSEA 43, "c'est une victoire puisque nous avons réussi à faire plier Bigard. Mais attention, nous n'avons pas tout gagné". IL invite donc les éleveurs à rester vigilants

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Mercredi, les éleveurs de Haute-Loire et de la Loire ont assuré leur permanence sur le site de Villefranche d’Allier. (© J. Beraud) Une détermination appuyée. Trois jours de blocus.

La nuit comme le jour, les producteurs de viande bovine n’ont pas lâché en bloquant littéralement la douzaine d’abattoirs du groupe Bigard qui, rappelons-le, représente 45 % des abattages de viande bovine française et 70% des steaks hachés.
Après 4 jours de mobilisation musclée à laquelle la Haute-Loire a activement participé, les éleveurs ont réussi à se faire entendre.
Jeudi soir les blocages ont été levés.
«Les négociations du mercredi après-midi entre les membres de la filière et Jean-Paul Bigard avaient bien avancé et la confirmation de la levée des poursuites judiciaires entreprises par Bigard à l’encontre de 8 responsables syndicaux nous ont conduits à stopper la mobilisation» explique le président de la section bovine de la FDSEA de Haute-Loire, Philippe Lamat.

Bigard change d’attitude

«Alors que M. Bigard ne s’était pas présenté à la table des négociations mardi, ce dernier a totalement changé d’attitude le lendemain en prenant part à la réunion de filière organisée sous l’égide de l’Etat. Le PDG de ce numéro 1 français de la transformation de viande s’est finalement dit prêt à étudier l’ensemble de nos demandes».
Au cours de cette réunion, l’abatteur assiégé et les membres de la filière bovine ont décidé l’application rapide d’un certain nombre de mesures jugées satisfaisantes par la profession agricole.

Augmentation progressive des prix

Philippe Lamat nous a dressé la liste des engagements pris par l’ensemble de la filière. Des engagements que l’on peut d’ores et déjà considérer comme des avancées puisqu’ils visent une augmentation progressive des prix à la production : «Le premier point concerne la revalorisation du prix de la viande afin que ce dernier soit davantage en adéquation avec l’offre et la demande.
Bigard s’est engagé à augmenter ses cotations viande de 5 centimes d’euros par semaine pour être plus en phase avec le marché.
La filière, et en particulier la grande distribution, s’est engagée à remettre en avant le sigle Viande Bovine Française (VBF) qui garantit une viande issue d’animaux nés, élevés et abattus en France.
Nous avons également obtenu une refonte des cotations. Notre système de cotation actuel n’est plus en adéquation avec le marché. Nous demandons l’application d’un nouveau système qui soit doté d’indicateurs de prix fiables et non manipulables. L’interprofession et le ministère doivent travailler dans ce sens dans les jours qui viennent.
Il a également été décidé de renforcer l’exportation de nos viandes françaises. Des actions seront mises en place pour améliorer nos capacités d’export et faciliter l’exportation dont le développement est à ce jour gêné par des freins administratifs et réglementaires.
La filière s’est engagée à dynamiser la consommation de viande bovine française au sein de la Restauration Hors Foyer. Le ministre de l’agriculture a promis de procéder à des modifications législatives sur les dispositions relatives aux appels d’offres publics qui sont à l’heure actuelle majoritairement remportés par des viandes d’importation.
Une réflexion a été conduite sur une meilleure valorisation de l’offre par une adéquation améliorée entre l’offre et la demande. Pour ce faire, la démarche de contractualisation a été suggérée. C’était un voeu de la FNB (Fédération Nationale Bovine) et sur ce point nous avons donc été entendus. Derrière ce travail autour de la contractualisation qui devrait s’engager très rapidement avec l’aide du ministère de l’agriculture, l’enjeu est d’arriver à stabiliser l’engraissement voire de le faire progresser afin que l’Europe devienne autosuffisante en viande bovine et que la France reste en situation d’autosuffisance.
Pour finir, Bigard a accepté de faire réviser ses machines à classer afin qu’elles se trouvent en phase avec les machines «Norma Class» utilisées dans les abattoirs publics français».

Une victoire… mais restons vigilants

Cette longue liste d’engagements a été obtenue grâce à la forte mobilisation des éleveurs. «C’est une victoire puisque nous avons réussi à faire plier Bigard. Mais attention, nous n’avons pas tout gagné. Il s’agit à présent de faire preuve de vigilance concernant la concrétisation de tous ces engagements».
Philippe Lamat précise d’ailleurs que les blocages n’ont pas été «arrêtés» mais simplement «suspendus» !
«Au moindre problème, on pourrait revenir» conclut-il.

ANALYSE

Quand David fait plier Goliath

«Les éleveurs sont les premières victimes” de “l’entrée dans le cercle vicieux du déclin de l’économie” de la filière bovine et “du découragement de ses acteurs. (...) Notre responsabilité est de leur redonner des perspectives et avant tout celle d’avoir l’assurance de pouvoir vivre de leur métier”. Des propos du ministre Le Maire ? Que nenni. Ce sont bel et bien ceux de Jean-Paul Bigard, par ailleurs président du  Syndicat national des industriels de la viande (Sniv-SNCP), dans une contribution écrite rédigée le 9 novembre.
Une fusée syndicale à étages
Des propos destinés certes à déminer une situation devenue plus que problématique et délicate pour  le numéro un de l’abattage en France (42 % de part de marché) - avec une douzaine de ses sites industriels bloqués depuis 48 heures - mais qui sonnaient déjà alors comme un dépôt des armes annoncé pour un industriel aux abonnés absents des discussions interprofessionnelles d’Interbev.
Ainsi si la FNB avait fait monter la pression depuis plusieurs semaines déjà ciblant d’abord les viandes d’importation, puis la grande distribution et une première fois le groupe Bigard en octobre, ce dernier ne s’attendait visiblement pas à un mouvement syndical d’une telle ampleur et aussi bien orchestré. Un mouvement qui a vu quelque 150 éleveurs en moyenne se relayer jour et nuit sur chacun des sites bloqués avec pour certains des assignations en référé, procédures judiciaires que l’industriel s’est engagé à abandonner depuis.
Un scénario quasi idéal pour la Fédération nationale bovine, qui n’en est pas à son premier tour de force.
Et la preuve que contre toute attente, certains rapports de force jugés intangibles peuvent encore s’inverser.
Des opérations se sont également déroulées sur les lieux des réunions de cotations.

Patricia Olivieri - L'Union du Cantal

Jacques Chazalet - Président de la FRSEA Massif-Central
Jacques Chazalet - Président de la FRSEA Massif-Central - © Sophie Giraud

Jacques Chazalet, président de la FRSEA Massif-Central

Viande bovine : un plan d’action progressive

Dans notre région, deux sites du groupe Bigard, Socopa à Villefranche d’allier et Charal à Egletons ont été bloqués. Des centaines de producteurs se sont mobilisés, la semaine dernière, pour exiger une juste rémunération de leur produit. Contrairement aux infos qui ont circulé ici et là, nous n’avons pas levé le camp en échange de 5 centimes d’euros.
Jusqu’à lundi dernier, Jean-Paul Bigard n’avait pas répondu aux invitations successives du ministre de l’agriculture. Mercredi 10 novembre, au terme de trois jours et de trois nuits de blocages, il a finalement accepté de se mettre autour de la table. C’est un premier pas dans la mise en œuvre de mesures qui progressivement permettront d’atteindre l’objectif de revalorisation de 60 centimes d’euros du kilo carcasse. Le groupe Bigard s’est par ailleurs engagé à généraliser l’utilisation de la machine à classer dans ses abattoirs : cette nouvelle position va d’ores et déjà générer de la valorisation. La suspension des actions de blocage n’est donc pas liée aux seuls 5 centimes d’euros, mais bien à la mise en place effective de mesures durables dans le cadre interprofessionnel. Les producteurs veilleront au respect de ces engagements et restent mobilisés.

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