La Haute-Loire Paysanne 15 avril 2015 à 08h00 | Par Véronique Gruber

Interview : «Il faudrait faire un peu plus confiance à la profession agricole»

Le président des Jeunes Agriculteurs au niveau national était l’invité des JA de Haute-Loire le 10 avril dernier. L’occasion d’évoquer les grands dossiers qui mobilisent son syndicat.

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Thomas Diemer, le président des JA France était en Haute-Loire les 10 et 11 avril derniers.
Thomas Diemer, le président des JA France était en Haute-Loire les 10 et 11 avril derniers. - © HLP

Le rapport d’orientation des JA de Haute-Loire traite des nuisibles qui portent atteinte à l’activité agricole. Quelle est la position de JA sur ce point précis ?
Thomas Diemer : Face à ces nuisibles, quelle ambition a-t-on encore pour notre agriculture ? , telle est la question posée par les JA de Haute-Loire. Effectivement on a des problèmes de prédation (loups, dégâts de gibier) et sur ce point on appelle les pouvoirs publics à donner les moyens d’une meilleure régulation. A côté de ce problème, on a l’impression que de plus en plus «d’empêcheurs de tourner en rond» gravitent autour de nos exploitations et remettent en cause certaines de nos pratiques. Et ce qui nous chagrine, c’est que les procès sont toujours à charge des agriculteurs.
Or, de notre côté nous voulons des installations viables, vivables et transmissibles, cela veut bien dire qu’à terme, nous souhaitons transmettre donc on n’a aucun intérêt à avoir de mauvaises pratiques par rapport au milieu naturel. Aujourd’hui, je crois qu’il faut remettre à plat tout ce qui est réglementaire ; il y a tellement d’empilement de textes, que sur le terrain on ne comprend plus ce que l’on nous demande ! D’une part, cela devient compliqué mais en plus, ces textes réglementaires n’ont plus vraiment de fondements agronomiques. Cela devient tellement complexe que même les organismes de contrôle ont du mal à être efficaces et à rendre des comptes au niveau européen.
Selon nous, il faudrait parler davantage de formations, d’innovations, de recherche et faire un peu plus confiance à la profession ; nous ne sommes pas des voleurs ni des pollueurs et nous faisons notre métier de bonne foi.
Le premier ministre a justement annoncé un plan innovation 2025 en agriculture et JA apportera toute sa contribution pour que ce plan soit vraiment utile aux jeunes.

En matière de foncier, quelles sont les priorités de JA ?
Thomas Diemer : Le sujet du foncier, repris par les JA du Puy-de-Dôme au cours de leur assemblée générale le 10 avril, est au coeur de nos préoccupations. Notre rapport d’orientation 2015, au niveau des JA nationaux, sera d’ailleurs centré sur le foncier. L’enjeu est triple : il y a en premier lieu la préservation du foncier ; on gaspille encore trop de foncier agricole (en France, on en consomme 26 m2 par se-conde). Nous ne sommes pas contre le développement de notre territoire, mais il faut simplement avoir conscience que l’espace agricole, ce n’est pas une zone vide ; il y a une activité économique et des actifs.
Il faut aussi que le foncier disponible soit accessible (second enjeu) aux jeunes ; or, on dispose d’outils qui sont là pour prioriser le foncier vers les jeunes (les safer, contrôle des structures, fermage) et qui restent d’actualité ; néanmoins, il faut certainement les faire évoluer pour les adapter au contexte actuel.
Le troisième enjeu consiste à veiller à garder un foncier productif. On doit réussir à marier les enjeux de production avec les enjeux environnementaux. Mais il faut aussi donner les moyens aux agriculteurs de pouvoir marier ces deux enjeux.

Sur quels autres grands dossiers les JA travaillent-ils ?
Thomas Diemer : Nous avons fixé 4 priorités : l’installation, le réseau (avec la réforme territoriale à laquelle il va falloir s’adapter), l’environnement et la distribution.
Sur ce dernier point, nous sommes en situation de blocage avec les GMS (80% des produits alimentaires passent par les GMS) ; ces dernières mettent une pression sur les prix qui devient intolérable et se font de surcroît la guerre des prix entre elles ; et à terme, ce sont les producteurs qui payent la note !
Face à ce constat-là, les JA pensent que la profession agricole doit s’emparer de la question de la distribution. Le phénomène a déjà commencé et on souhaite que cela se développe pour que les agriculteurs puissent récupérer de la valeur ajoutée ; c’est aussi une façon de montrer à la GMS que l’on n’est pas pieds et poins liés avec eux et un moyen d’intensifier le lien avec le consommateur.
Au delà de ces 4 priorités, on suit tous les autres dossiers agricoles tels que la PAC, le foncier, les filières, la communication...

Quels messages souhaitez-vous délivrer aux jeunes qui travaillent en zone de montagne comme en Haute-Loire ?
Thomas Diemer : Les assemblées générales sont l’occasion de partager des préoccupations du terrain. En tant que JA national, je suis également là pour leur communiquer les dernières informations émanant du Ministère ou de la Commission européenne.
Je souhaite passer un message d’espoir ; les agriculteurs ont un avenir sur notre territoire. On est face à plusieurs défis (alimentaire, énergétique, environnemental) et nous, agriculteurs, nous avons les capacités à les relever.  
Il y a du potentiel pour installer ; aujourd’hui, des jeunes qui ne sont pas forcément issus du milieu agricole se montrent intéressés pour devenir agriculteurs ; c’est une vraie richesse pour notre profession, il faut les accompagner.
Il y a certes des difficultés (conjoncturelles et liées aux réglementations), mais c’est un beau métier qui offre de belles perspectives. Pour JA, l’enjeu  est de donner les moyens à tous les jeunes qui souhaitent vivre de leur vocation et faire en sorte que tous les acteurs du territoire nous aident à installer des jeunes dans de bonnes conditions.


Propos recueillis par Véronique Gruber

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