La Haute-Loire Paysanne 25 mai 2016 à 08h00 | Par Pauline Garaude

Horizon > L'agriculture flottante du lac Inle en Birmanie

Sur le célèbre et second plus grand lac birman, le lac Inle, les agriculteurs maintiennent une tradition centenaire : celle de l'agriculture « flottante » appelée Ye-Chan, avec comme principale production, les tomates.

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Sur le lac Inle se développent une agriculture autour de la tomate et d'autres activités économiques locales.
Sur le lac Inle se développent une agriculture autour de la tomate et d'autres activités économiques locales. - © Réussir/P.Garaude

Il est à peine 9 heures du matin quand en barque, nous sillonnons le lac birman Inle ce grand lac de 150 km2 enchâssé dans les montagnes du plateau Shan, et ses quelques 3 200 hectares de parcelles flottantes. Ces «ye chan» semblent crouler sous le poids des plants de tomates et tomates cerises. Min Min, 32 ans, a chargé sa barque à ras bord et part vendre sa production à la coopérative sur la terre ferme. Ses tomates sont encore un peu vertes mais seront parfaites dans une semaine, le temps d'arriver sur les étals des grandes villes du sud de la Birmanie ; le lac Inle étant la seconde région productrice de tomates du pays. «J'ai bientôt fini la récolte de ma seconde production de l'année et celles-là sont très juteuses car ce sont de belles variétés. Mes graines viennent de Chine et de Thaïlande» dit-il avec un sourire qui lui barre tout le visage.Et pour cause ! Cette année, ses parcelles ont été très fructueuses. «Mes deux récoltes ont donné plus de 5 000 kg et vont me rapporter au total 7 000 dollars». Un rendement tout à fait correct pour 1 hectare. Mais que Min Min n'a pas hésité à booster à l'aide d'engrais chimiques. «Si on veut plus de production, il faut utiliser plus de fertilisants. Il n'y a pas de secret» dit-il sans aucune gêne. «Un sac de 15 kg couvre 30 m2, mais à 15 dollars le sac, bien sûr je n'ai pas pu en mettre partout». Un hectare lui aurait coûté 5 000 dollars de fertilisants, soit 75 % de ce qu'il gagne de sa production. Mais pour la prochaine saison, Min Min a l'intention de contracter un prêt pour généraliser l'usage de ces fertilisants à la totalité de ses parcelles.Une pratique qui se répand et qui n'est pas sans impact sur la qualité gustative des tomates (qui s'atrophient aussi légèrement) et sur l'environnement. Les défenseurs d'une agriculture plus raisonnée tirent d'ailleurs la sonnette d'alarme. «Depuis cinq ans, l'usage de plus en plus intensif et répandu des fertilisants pour la culture des tomates, forte consommatrice de produits phytosanitaires, a pollué le lac de façon inquiétante. Les poissons meurent, le volume de pêche a diminué d'un tiers et les terres flottantes ont quasi tout perdu de leur qualité organique» prévient Zaw Min Htwe, du pôle agronomie du ministère de l'agriculture régional. «Même si les vendeurs de fertilisants et nous-mêmes proposons gratuitement aux agriculteurs des training sur un usage à bon escient des engrais, ils n'en font qu'à leur tête. Ils sont persuadés que plus ils mettent d'engrais, plus ils augmenteront leur rendement, plus ils gagneront d'argent. Ce qui est faux. Un travail de sensibilisation est urgent car les sols s'abîment».


Expansion des «Ye-Chan»Nombre de villageois du lac remplissent leurs barques de jacinthe d'eau : la plante qui permet d'obtenir à terme ces terres flottantes, les «Ye-Chan». Cette plante vivace aquatique à croissance rapide se développe dans les eaux chaudes et peu profondes et ses racines, très profondes elles, retiennent les sédiments. Les agriculteurs y mettent des couches de boue, de limon, et de débris organiques et après une quinzaine d'années, cela forme une épaisse couche d'un mètre de profondeur qui peut alors supporter une quantité significative de poids. La parcelle est prête à être cultivée et pour éviter qu'elle ne dérive, elle est maintenue au fond du lac grâce à de longues tiges de bambou. Une pratique simple qui explique le boom de l'agriculture flottante. Comme le souligne Martin Michalon, géographe à l'École des Hautes Etudes en Sciences Sociales et auteur d'une thèse sur le lac Inle : «Si la culture en «Ye Chan» remonte à la fin du XIXe, on a assisté à un véritable boom dans les années 60 et plus encore dans les années 90, au point qu'entre 1992 et 2015, les surfaces ont augmenté de 520 %, couvrant aujourd'hui plus d'un quart du lac».

Pauline Garaude

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