La Haute-Loire Paysanne 02 avril 2009 à 11h29 | Par Actuagri

FNSEA - Le Congrès de Poitiers exprime son unité mais le débat reste vif

Le 63è congrès de la FNSEA qui se déroule à Poitiers (du 31 mars au 2 avril) a pour objectif de renforcer l'unité du syndicat malmenée par les orientations françaises prises dans le cadre du bilan de santé de la Pac. Un pari qui semble, au deuxième jour de congrès, réussi. Même si l'avenir des zones intermédiaires pose encore question.

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Pas moins d'une quarantaine d'agriculteurs du Massif central ont participé en début de semaine au 63ème congrès de la FNSEA, parmi eux une délégation altiligérienne conduite par Gilbert Guignand, président de la FDSEA.
Pas moins d'une quarantaine d'agriculteurs du Massif central ont participé en début de semaine au 63ème congrès de la FNSEA, parmi eux une délégation altiligérienne conduite par Gilbert Guignand, président de la FDSEA. - © HLP

C'est sous le sceau de l'unité syndicale que les dirigeants de la FNSEA ont voulu ouvrir le 63è congrès de la FNSEA, qui s'est déroulé à Poitiers, du 31 mars au 2 avril. « Notre grande maison est unie », a affirmé Jean-Michel Lemétayer, président de la FNSEA, dans son discours d'accueil, le 1 avril. « La seule sortie que nous ayons est le collectif », a pour sa part spécifié Jean-Bernard Bayard, secrétaire général adjoint. Le bilan de santé de la Pac a, bien sûr, été au cœur des discussions en huis clos. Durant 6 heures de débat, représentants des régions et présidents d'associations spécialisées ont pu s'exprimer. « Une thérapie de groupe » selon Christiane Lambert, qui devait permettre le libre débat. C'est Jean-Michel Lemétayer qui a conclu les échanges vers 22h30 par une prise de parole de plus de 20 minutes. Son objectif : « prendre de la hauteur » et « renforcer la cohésion » de son syndicat, a-t-il expliqué. Les délégués du congrès ont adopté un texte considérant que « les évolutions du bilan de santé de la Pac rendent plus que jamais indispensable leur unité ». Selon Daniel Rouvreau de la FDSEA des Deux-Sèvres et membre du bureau de l'APCA (chambres d'agriculture), le ton des débats a été « en-dessous » des vives polémiques qui ont vu s'affronter ces dernières semaines éleveurs et céréaliers. « Les gens ont réfléchi », a-t-il estimé. « Il a été dit en huis clos que la FNSEA aurait pu faire mieux en terme de méthode, mais jamais qu'une scission était possible », a précisé Daniel Rouvreau.

Pas de scission

De leurs côtés, les dirigeants d'Orama ont réaffirmé en marge du Congrès leur désir de rester à l'intérieur du syndicat majoritaire… Même si les relations sont loin d'être totalement apaisées. Le syndicat a échappé au débat sur l'utilisation des reliquats issus des aides découplées (11 % des aides aux cultures, 14 % des aides à l’élevage), mais se pose désormais la question de la répartition des 170 millions d'euros accordés au secteur par Nicolas Sarkozy le 30 mars. En huis clos, Xavier Beulin, vice-président de la FNSEA a clairement évoqué une redistribution ciblée sur une diagonale Lorraine- Midi-Pyrénées, c’est-à-dire sur les zones intermédiaires. Une intervention largement commentée pendant la soirée et qui est loin d'avoir fait l'unanimité. Les règles de redistribution des 170 millions d'euros restent à définir. « On reste inquiet », a signalé Emmanuel Bonnardot, de la FDSEA de Côte d'Or. Sur les 170 millions d'euros, 90 millions d'euros proviendraient de la «sous réalisation» du plafond d'aides accordé par Bruxelles à la France. Il s'agirait d'un soutien de quelques 25 euros de l'hectare, qui pourrait ne pas concerner que les zones intermédiaires. « Il faut dès aujourd'hui, dans les fédérations, apporter des solutions aux agriculteurs qui ont besoin d'accompagnement, a expliqué Christiane Lambert. C'est à cette condition que l'on gardera la confiance et les adhérents ». La fédération d'Ile-de-France a en tout cas choisi une autre voie. Le 1er avril, elle a menacé de manifester à l'occasion de l'arrivée du ministre à Poitiers. Pour faire mieux entendre ses doléances. « Je ne laisserai pas le Congrès pris en otage, j'ai respecté la parole de tous, nous prendrons des dispositions » pour que la manifestation ne vienne pas perturber les débats du Congrès, a commenté Jean-Michel Lemétayer.

« Il faut sortir de cette sédimentation de notre vieille Pac ! »
affirme Michel Barnier

Le grand oral ou dernier discours du ministre de l'Agriculture Michel Barnier, qui devrait quitter sa fonction, vers le 7 mai, pour se consacrer exclusivement aux élections européennes, s'est déroulé sans heurts. Les quelque 600 congressistes réunis à Poitiers le 1er avril pour le 63e congrès de la FNSEA ont même prêté une oreille très attentive à l'explication de texte du ministre Celui-ci a pris le temps d'expliquer les raisons de ses choix dans le cadre de la Pac. « J'ai pris une décision juste et nécessaire ! » a affirmé Michel Barnier. Se projetant dans les débats futurs, il a indiqué qu'il était indispensable de « sortir de cette sédimentation de notre Pac vieille de près de 20 ans ! ». « Toutes nos décisions depuis des années ont consolidé des acquis » a-t-il même lancé. Des cornes de brumes ont bien retenti quelques secondes dès sa prise de parole mais il a su mettre rapidement fin aux contestations de la salle. « Je ne suis pas venu ici pour chercher des sifflets ou des applaudissements […] vous n'avez pas besoin de cela pour me dire les choses », a-t-il lancé. Interrogé sur la manifestation des céréaliers d'Île de France (FDSEA et JA) contenue à l'extérieur du palais du congrès qui souhaitent pénétrer dans la salle pour « empêcher de parler le céréales killer » le ministre ne commente pas. « Quelquefois ce genre d'attitude nuit à la crédibilité même de ceux qui portent le message » a-t-il tout même lâché interrogé en marge du congrès. Sur le fond, il a voulu répondre « avec franchise aux critiques » et « aux questions qui sont devant nous ». Il réfute ce que certains appellent « le plan Barnier » : « ces décisions traduisent les orientations du président de la République ». Il a assuré avoir « tout étudié, la régionalisation comme la convergence » ainsi que « la progressivité de prélèvements ». Cette progressivité « n'était pas possible au regard des règles communautaires régissant les aides d'État ». Il a salué en la FNSEA « cette démocratie professionnelle » : « cette unité est très importante. Elle sortira renforcée de ce congrès après votre vote d'hier » sur la délibération Pac a-t-il indiqué. Jean-Michel Lemétayer intervenant devant le ministre a rassuré les congressistes : « la FNSEA ne va pas exploser à Poitiers. La FNSEA est unie. Pour autant toutes les plaies ne sont pas fermées » a-t-il conclu.

L'Ile-de-France joue avec l'unité syndicale


« Je ne laisserai pas le Congrès pris en otage » a affirmé en tribune Jean-Michel Lemétayer, président de la FNSEA le 1er avril lors du Congrès de son syndicat. Objet du courroux du dirigeant : l'arrivée attendue de céréaliers de la fédération d'Ile-de-France décidés à en découdre avec le ministre de l'Agriculture, attendu ce même jour. « Je pense que la moindre des choses, c'est que ces producteurs entendent les autres », a-t-il indiqué, précisant qu'en huis clos, la parole de tous avait été respectée. « Nous prendrons des dispositions » pour que la manifestation ne vienne pas perturber les débats du Congrès, a commenté Jean-Michel Lemétayer. Les dirigeants d'Orama et de la fédération régionale du bassin parisien (FRNBP) ont indiqué qu'ils n'étaient pas informés de cette manifestation. « Je ne peux pas supporter d'apprendre les choses dans un couloir par le président » de la FNSEA, a indiqué Thierry Bontour, président de la FRNBP, dans les couloirs du Congrès. « C'est lamentable », a pour sa part déploré Pierre Cuypers, secrétaire général adjoint d'Orama. Le geste n'était pas davantage approuvé par les autres régions. « Je ne les comprends pas », commentait Yves François, céréalier et producteur de semences de la FDSEA de l'Isère. Pour Jean-Michel Lemétayer, la manifestation ne pouvait se dérouler qu'à l'extérieur du palais des congrès. « Je respecte aussi le ministre même si chacun peut en penser ce qu'il veut », a-t-il précisé. « J'ai trop l'habitude des propos tenus par certains syndicalistes qui, après, frappent à la porte du ministre pour un entretien », a-t-il ajouté.

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