La Haute-Loire Paysanne 10 février 2011 à 13h26 | Par Véronique GRUBER

Des éleveurs précurseurs de la méthanisaton en Haute-Loire

Xavier, Gilles et Serge Lèbre, éleveurs de vaches laitières à Villeneuve d'Allier, se sont lancés dans la méthanisation. La semaine dernière, le Préfet de Région a visité leur installation. Une visite qui a permis au représentant de l'État de réaffirmé le soutien indispensable à apporter à l'agriculture.

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Les Préfets, responsables agricoles, élus locaux et départementaux, les responsables de l’ADEME Auvergne, de la DDT et la DRAF, ont participé à la visite de cette unité de méthanisation.
Les Préfets, responsables agricoles, élus locaux et départementaux, les responsables de l’ADEME Auvergne, de la DDT et la DRAF, ont participé à la visite de cette unité de méthanisation. - © HLP

Vendredi 4 février, les associés du Gaec des Deux Prés, Xavier, Gilles et Serge Lèbre ont ouvert les portes de leur exploitation laitière le temps d’une visite officielle en présence du Préfet de la Région Auvergne, Patrick Stéfanini, du nouveau Préfet de Haute-Loire, Denis Conus, du sous-Préfet de Brioude, des responsables agricoles du département et des élus.
Ce groupe de personnalités s’est rendu sur la ferme de la famille Lèbre qui a récemment fait preuve d’innovation en installant une unité de méthanisation tout près de sa nouvelle stabulation.
«Vous êtes des précurseurs», tels ont été les mots du Préfet de Région qui a fait part de sa satisfaction de visiter l’une des 4 installations de méthanisation auvergnates (dont 2 installations se situent en Haute-Loire).
L’unité des frères Lèbre fonctionne depuis le 29 septembre 2010. Elle produit du biogaz qui est valorisé dans un module de cogénération (couplage d’un moteur thermique et d’un alternateur d’une puissance de 150 KW). L’installation doit à terme générer une production d’électricité qui sera achetée par EDF ; ce qui n’est pas encore le cas pour l’instant faute de contrat (NDLR : le Gaec des Deux Prés attend ce contrat depuis le mois de juin).
Le secrétaire général de la Chambre d’Agriculture, Laurent Duplomb, a alerté le Préfet de Région sur ce problème de retard de contrat avec EDF qui empêche les installations de produire : «Il n’y a que 2 installations de méthanisation en Haute-Loire, ce n’est pas normal que cela traîne !». Ce dernier a par ailleurs signalé le manque de rapidité pour le raccordement avec ERDF.
Patrick Stéfanini a pris note de ces problèmes et a fait part de son intention de faire évoluer les choses.
Pour l’instant l’unité de méthanisation des Lèbre fournit de la chaleur dont une partie est utilisée pour le fonctionnement du générateur de gaz et le reste pour chauffer 4 habitations.

Une installation labellisée au niveau régional
Pour récompenser l’initiative et l’installation exemplaire de ces éleveurs,  Patrick Stefanini leur a remis le trophée d’agriculture durable décerné à l’échelle de la région Auvergne ; la prochaine étape pour eux se jouera au niveau national, lors de la remise des «trophées de l’agriculture durable 2010-2011» qui se déroulera au Salon
international de l’agriculture du19 au 27 février 2011.
«Votre exploitation me paraît être un modèle. Chez vous, on redécouvre la sagesse des anciens, car vous n’avez pas mis tous vos oeufs dans le même panier. Votre installation de méthanisation se situe au confluent de deux politiques publiques : la politique énergétique et celle qui concerne la modernisation de l’agriculture» a indiqué le Préfet qui a profité de ce temps d’échange pour annoncer son intention de faire de 2011, l’année de la montée en puissance des projets de méthanisation.

Sans agriculture : fin des communes rurales
Patrick Stefanini a lancé un message fort en direction de l’agriculture et des responsables agricoles présents : «Si nous ne soutenons pas l’agriculture, tout le monde rural sera menacé. Si l’agriculture venait à disparaître, cela en serait fini de nos communes rurales ! Et c’est le rôle de l’Etat de la soutenir activement».
Il a notamment rappelé l’ensemble des actions conduites en faveur de l’agriculture depuis quelques années avec la modernisation des exploitations et l’accompagnement des producteurs en difficulté lancé en 2009. Rappelons que dans le cadre de cette dernière action, la Haute-Loire a été désignée comme département pilote ; si l’expérience s’avère concluante, elle sera étendue aux 4 départements d’Auvergne.

L'installation de méthanisation.
L'installation de méthanisation. - © HLP

Zoom sur la technologie

Production d'électricité et de chaleur

L’idée de se lancer dans la méthanisation a germé dans la tête de Maxime Lèbre (le père des associés du Gaec des Deux Prés) dans les années 1980. Poursuivant son idée, ce dernier a effectué en 2006 un stage de découverte en Allemagne sur la méthanisation.
C’est finalement la chute du prix du lait en 2008 qui a décidé la famille Lèbre à se doter d’une unité de méthanisation. «Pour compléter notre revenu nous avions tout essayé, le tabac, le poulet, entreprise agricole… et au bout du compte on n’a plus de vie, les années passent et on n’a pas plus d’argent» explique Serge Lèbre.
Fin 2008, les Lèbre ont construit une nouvelle stabulation sur un site spacieux en prévision de l’installation de l’unité de méthanisation.
Les Lèbre ont fait appel à AgriKomp, une société basée dans le Loir et Cher pour le suivi du projet et la construction de leur installation.
La méthanisation est obtenue à partir d’intrants provenant majoritairement  de l’agriculture : «Le digesteur est alimenté par le fumier, le lisier, les déchets d’oignons d’une usine d’Issoire, les fruits et légumes non consommables des magasins Carrefour et Casino de Brioude et Issoire, les déchets de céréales des coopératives locales, et la tonte des pelouses de la ville de Brioude. Ces déchets sont introduits  chaque jour dans le digesteur. De ces déchets, il ressort un gaz utilisé pour faire fonctionner un moteur (Dual fioul). Ce moteur fait tourner une génératrice qui, elle, produit 150 Kwatt/heure (électricité vendue à EDF). Notre tarif de rachat  est compris entre 10 et 15 centimes d’euros le Kwatt.
Le fonctionnement du moteur génère de la chaleur qui est récupérée par une circulation d’eau. Cette chaleur permet le bon fonctionnement du digesteur (une température de 43°C est nécessaire pour une bonne fermentation) et permet de chauffer 4 maisons d’habitation du secteur» explique Serge Lèbre.
L’eau chaude générée par l’installation est utilisée pour le nettoyage de la salle de traite de l’exploitation.

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