La Haute-Loire Paysanne 27 mai 2010 à 15h00 | Par Hervé GARNIER

Cyclope 2010 : l'agriculture est la "grande oubliée" de la reprise

Le professeur Philippe Chalmin a fait son traditionnel point annuel sur les marchés et les échanges de matières premières. Tour d'horizon des changements observés et des perspectives d'avenir.

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Pour 2010, le professeur Philippe Chalmin pointe l’importance énorme de la Chine sur les marchés de matières premières.
Pour 2010, le professeur Philippe Chalmin pointe l’importance énorme de la Chine sur les marchés de matières premières. - © Réussir

Quel changement fondamental avez-vous observé entre la publication de Cyclope 2009 et celle de 2010 ?
Grossièrement les prix mondiaux des matières premières ont augmenté entre 50 et 80 % avec quelques superbes performances comme le triplement du minerai de fer ou la multiplication pratiquement par deux et demi du prix du pétrole. Quand Cyclope 2009 était sorti, au printemps 2009, nous étions au cœur de la crise, c’étaient les jours les plus bas qu’avaient connus les marchés.
C’est vrai que le monde est sorti de la récession. Mais dans ce monde il y a un énorme réacteur qui s’appelle la Chine. L’impact chinois c’est peut-être sur les marchés des matières premières qu’il s’est le plus ressenti. C’est la Chine qui explique ce rebond généralisé, pratiquement sur tous les marchés, à quelques exceptions près - les céréales étant sûrement l’exception la plus importante. Que ce soit l’énergie, les métaux non ferreux, le fer et l’acier, le papier, y compris des produits pour lesquels la Chine n’a pas joué forcément le rôle le plus important comme le café ou le cacao, mais là pour des raisons plus naturelles, nous avons eu une flambée incontestable. Les marchés dépendent de la Chine, mais la Chine dépend des marchés pour ses importations. Pendant toute l’année, les Chinois ont cherché à tout prix à se garantir des approvisionnements en pétrole, minerais et métaux. Ils vont même jusqu’à prendre le contrôle de terres en Éthiopie ou au Soudan pour essayer de se garantir une partie de leur approvisionnement.

Pourquoi l’agriculture est-elle la grande oubliée de la reprise des matières premières ?

Oui, l’agriculture est la grande oubliée de la reprise des marchés des matières premières. Ce qui a quand même changé c’est que l’on a eu encore une année 2009-2010 relativement excédentaire. Ce qui est particulier c’est que nous avons connu finalement des marchés au niveau mondial, exprimés en dollar sur Chicago, qui ont délivré des prix relativement corrects - un peu moins biens pour le blé, mais biens pour le maïs grâce à l’éthanol américain et pour le soja grâce aux achats chinois. Ceci étant et notamment pour le blé, traduit en euro sur le marché européen, avec une excellente récolte maghrébine qui a provoqué une baisse des importations du Maroc, de la Tunisie, de l’Egypte, on voit l’écart grandir entre les prix européens exprimés en dollar et les prix mondiaux. Donc, effectivement, avec des prix exprimés en euro, les céréaliers européens et français en particulier ont connu une très mauvaise année, puisque nous sommes pratiquement revenus, bord champ, à 100 € la tonne.

Quelles perspectives pour le secteur des grains ?

On sait, au niveau mondial, qu’aux Etats-Unis, les emblavements de blé ont diminué par rapport au maïs et au soja. Dans ce contexte, on peut imaginer, comme l’indiquent déjà les prévisions du Conseil international des céréales, une légère baisse de la production de blé, donc un marché qui pourrait redevenir un peu déficitaire. Ajoutons à cela, le petit « coup » symbolique des achats chinois de maïs - pour l’instant seulement 300 000 tonnes -, on peut se dire qu’il pourrait y avoir un certain rebond, lié étroitement au climat de cet été pour le maïs et le soja aux Etats-Unis. Si la récolte est exceptionnelle, il n’y aura pas de rebond très marqué des prix ; si par contre, nous avions de la sécheresse cet été, nous pourrions connaître une vraie tension sur la scène du maïs américain.

Le céréalier français peut-il s’attendre à un niveau de prix équivalent à celui de la dernière campagne ?

Le céréalier français est confronté à l’instabilité. Qu’est-ce que le prix moyen du céréalier français ? A-t-il vendu en début ou en fin de campagne. Si j’étais céréalier, je ne me positionnerais pas, j’attendrais, c’est-à-dire que je jouerais la hausse. Je n’ai pas un risque énorme parce que je ne vois pas beaucoup de potentiel à la baisse.

Croyez-vous à la régulation des marchés agricoles, comme le défend le ministre de l’Agriculture français ?

C’était autrefois possible dans le cadre européen, je pense que ce n’est plus le sens de l’histoire de la PAC, même si je le regrette un petit peu. Je ne crois pas à la régulation des marchés agricoles au niveau mondial, cela n’a jamais fonctionné. Régulons d’abord les monnaies, ensuite on verra sur l’agriculture. Par contre, il est de notre devoir de faciliter la régulation des marchés dans les pays du tiers monde : autant un agriculteur français peut aujourd’hui utiliser les marchés dérivés, autant je ne vais pas le demander à un agriculteur du Burkina Faso ou même à un agriculteur indien.

Le ministre français ferait-il alors fausse route ?
Je dirai que sur les céréales, je ne crois pas aujourd’hui qu’il soit d’une grande priorité de chercher à réguler les marchés en Europe. Je ne crois pas en ce genre de régulation. Je pense que l’intérêt même du monde céréalier européen est d’être directement sur les marchés mondiaux. Je n’aurai pas la même position en ce qui concerne les produits laitiers ; j’ai bien entériné que c’était terminé pour les quotas et je pense qu’il faut les remplacer par quelque chose, car dans ce secteur nous n’avons pas vraiment un marché mondial de référence.

Chine

Philippe Chalmin, professeur à l’université Paris-Dauphine a expliqué, à l’occasion de la présentation de son dernier rapport annuel Cyclope 2010, que « c’est la demande chinoise qui est clairement à l’origine du renouveau des marchés mondiaux des matières premières ». Reste qu’à quelques exceptions près comme le sucre ou le riz, les cours des produits agricoles « sont restés d’une désespérante stabilité ces derniers mois », a indiqué le spécialiste.
La Chine est aujourd’hui le premier importateur mondial de tous les métaux non ferreux, de laine, de caoutchouc, de soja, le deuxième de pétrole, de charbon… Selon l’économiste, « il est plus facile d’énumérer les secteurs où elle ne pèse pas. Les Chinois sont très peu friands de blé, de café, de cacao et de sucre et ils influent très peu sur les cours du riz car autosuffisants ». Avec une croissance de près de 12 % au premier trimestre 2010, la Chine est sans doute passée devant le Japon et occupe à présent le deuxième rang mondial, derrière les Etats-Unis. D’autant qu’elle minimise probablement son taux de croissance « qui serait plutôt de 14 ou 15 % pour ce début 2010 », selon Philippe Chalmin. En 2009, elle avait détrôné l’Allemagne de sa place de premier exportateur mondial. Elle est en train de devenir le premier marché mondial automobile.

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