La Haute-Loire Paysanne 05 septembre 2016 à 08h00 | Par Suzanne MARION

Crise du lait : Le 30 août, producteurs et Lactalis sont enfin arrivés à un accord

À l’issue d’une réunion entre les représentants des organisations de producteurs et Lactalis, le 25 août, aucun accord n’avait pu être trouvé.La mobilisation a continué…

Abonnez-vous Réagir Imprimer
Blocage de la plateforme logistique Lactalis de Cesson Sévigné (35). Le blocage est toujours en cours (30/08 à 11h) et y participent les FDSEA 35 et 22. Les JA ont fait hier soir un barbecue devant le site Lactalis de Vitré. Ils demandaient «quelques centimes mon saigneur !» sur le rond point rebaptisé rond point des «serfs» !
Blocage de la plateforme logistique Lactalis de Cesson Sévigné (35). Le blocage est toujours en cours (30/08 à 11h) et y participent les FDSEA 35 et 22. Les JA ont fait hier soir un barbecue devant le site Lactalis de Vitré. Ils demandaient «quelques centimes mon saigneur !» sur le rond point rebaptisé rond point des «serfs» ! - © Jean Dubé/Terra

Un accord a finalement été trouvé entre les producteurs de lait et leur collecteur Lactalis le mardi 30 août, après une réunion qui s’est tenue le matin en préfecture de Laval. Le prix fixé est de 290 euros en moyenne sur les cinq derniers mois de l’année (contre 257 € initialement proposés par Lactalis au mois d’août), soit une augmentation de 5 € du prix aux 1000 L. tous les mois (de 280 € en août à 300 € en décembre), pour une moyenne de 275 € sur l’année. Le secrétaire général de la FNSEA, Dominique Barrau, a salué cet accord comme «une étape de franchie», et s’est dit satisfait de voir Lactalis revenir sur des niveaux de prix similaires à ses concurrents. La FNSEA souhaite néanmoins un rendez-vous avec le président de Lactalis, Emmanuel Besnier, pour discuter de l’avenir de leurs relations commerciales. Un rendez-vous avait été demandé dès début août par Xavier Beulin, président de la FNSEA, qui n’a pas obtenu de réponse satisfaisante depuis.Ce dénouement vient après une semaine difficile ponctuée d’actions syndicales conduites sur toute la France et en particulier auprès des entreprises du groupe Lactalis. Les réunions entre les représentants des producteurs et Lactalis ont été ardues et l’accord a été difficile à obtenir. Ce matin (30 août) encore, il était difficile de savoir quand et comment un tel accord pouvait être obtenu. Et pour mieux comprendre les différentes actions menées par FNSEA et JA, il est important de revenir un peu sur ces derniers jours de mobilisation syndicale.


Première réunion stérile

Aucun accord n’avait été trouvé sur une revalorisation du prix, à l’issue d’une réunion entre les représentants des organisations de producteurs et Lactalis, le 25 août. Après un nouvel échange le lendemain, le geste consenti par le groupe laitier était toujours insuffisant pour les producteurs. À l’appel de la FNSEA, de JA et de la FNPL, un mot d’ordre national avait donc été lancé le 29 août pour faire revenir Lactalis à la table des négociations., pour arriver enfin à un accord ce mardi 30 août.La déception était vive après l’échec des négociations entre les organisations de producteurs de lait et leur collecteur Lactalis. La réunion, qui s’est tenu à Paris sous l’égide du médiateur des relations commerciales Francis Amand, s’est conclue sans accord après onze heures de discussions. Depuis le 22 août, les producteurs de lait, bloquaient à Laval le siège social du groupe laitier pour dénoncer la faiblesse des prix qui leurs sont proposés : 246 € les 1000 L, alors que les concurrents payent au minimum 10 € de plus. Face aux représentants du groupe, les représentants de l’OPCN, l’UNELL, l’APLASE, l’APLBL et l’OPLGO n’ont pas pu obtenir la revalorisation escomptée, Lactalis ne consentant pas à dépasser 280 € les 1000 L.Face à Lactalis qui a accusé la FNSEA d’une «attitude irresponsable», et au Médiateur qui «a eu l’impression que les représentants des organisations de producteurs n’étaient pas en capacité de prendre des positions», la FNSEA a dénoncé la posture de l’industriel qui «traduit un mépris envers les producteurs». Sébastien Amand, représentant de l’OPNC et présent à la réunion, n’a de son côté «jamais fermé la porte à la discussion : après onze heures de négociations, il n’y avait pas de honte à arrêter quelques heures pour reprendre le dialogue le lendemain», explique-t-il, «mais le Médiateur et Lactalis ont décidé que l’on devait poursuivre jusqu’au bout de la nuit en se disant qu’ils nous feraient céder». «Ce n’est pas au médiateur de décider !», s’insurge-t-il.Alors que Francis Amand juge qu’il «n’y a plus de médiation possible dans ce cadre-là», le producteur de lait encourage son départ : «quand on est médiateur pour l’Etat et que l’on se permet de prendre position pour l’une des parties, on n’est plus dans son rôle. Qu’il retourne dans son placard au ministère !».


Trouver «un accord juste»

Le ministre de l’Agriculture  appelait, dans un communiqué diffusé le 26 août, «à la reprise des négociations», demandant au médiateur de «poursuivre avec détermination sa mission». Les producteurs aussi «restent déterminés à trouver un accord, mais un accord juste», rappellent la FNSEA et JA, soulignant que «si la France est fière d’un groupe leader mondial du lait, celui-ci ne doit pas oublier qu’il s’est construit grâce à des éleveurs qui lui ont fait confiance».Pour le président de la FNPL Thierry Roquefeuille, «cette négociation ne peut s’affranchir du contexte difficile que nous vivons tous (…), Lactalis doit comprendre que l’avenir de toute une profession et de la filière laitière française est en partie de sa res- ponsabilité». Car même à 280 € les 1000 L., Lactalis serait toujours en-dessous d’une bonne partie de ses concurrents comme Laïta (290 €) ou la Laiterie Saint-Père (300 €), un signal négatif envoyé au marché par le leader mondial, quand les coûts de production sont aujourd’hui supérieurs à 300 € les 1000 L. Et les quinze euros de revalorisation finalement annoncés par le groupe au lendemain de la réunion (soit 271 € les 1000 L.) pourraient presque être vus comme une provocation pour les producteurs. «Lactalis estime avoir fait d’énormes efforts, mais nous on était prêts à lâcher 10 % sur notre moyenne annuelle, eux 5 %», précise Sébastien Amand.


Manifestation nationale

Une nouvelle réunion qui s’est tenue l’après-midi du 26 août en préfecture de Laval n’a pas permis aux deux parties d’arriver à un accord. À la demande de Lactalis, la manifestation qui bloquait son siège social de Mayenne a en outre été dissoute : menacés d’une amende de plusieurs milliers d’euros par heure, les producteurs ont dû évacuer le «rond-point de la honte du lait», où ils étaient installés depuis cinq jours. Le groupe laitier n’est cependant pas parvenu à entamer la détermination des producteurs : «après la déception de vendredi, une grosse mobilisation est en préparation dans l’ensemble des régions», a déclaré à l’AFP le président de la FNSEA, Xavier Beulin, le 28 août.Le mouvement, commun avec la FNPL et Jeunes agriculteurs, doit faire revenir Lactalis «à la table des négociations avec des propositions décentes», ont indiqué les organisations dans un communiqué diffusé le 28. Car l’enjeu dépasse la simple négociation conjoncturelle : «ce combat est fondé et légitime, pas seulement à court terme, mais aussi pour créer, à l’avenir, les conditions d’une relation différente entre les agriculteurs et leurs acheteurs», soulignent les organisations.

S. Marion et Actuagri

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. La Haute Loire Paysanne se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 20 unes régionales aujourd'hui