La Haute-Loire Paysanne 18 décembre 2019 à 11h00 | Par Véronique Gruber

Communiquer auprès des 96% de consommateurs

“Demain je m’installe et je communique sur mon métier d’agriculteur”, tel était le thème que les jeunes agriculteurs ont souhaité aborder à l’occasion du concours départemental de jugement de bétail.

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Christine Vazeille, Anthony Fayolle et Guillaume Redon ont parlé communication.
Christine Vazeille, Anthony Fayolle et Guillaume Redon ont parlé communication. - © HLP

■C’est dans un contexte d’agribashing de plus en plus prégnant que les jeunes agriculteurs de Haute-Loire ont abordé la question essentielle de la communication sur le métier d’agriculteur le 11 décembre dernier lors du concours de jugement de bétail. Une manière de sensibiliser les jeunes encore en formation et bientôt installés à l’importance de la communication dans le métier d’éleveur.
Pour développer cette thématique, ils avaient fait appel à deux agriculteurs qui ont chacun leur expérience en matière de communication : Christine Vazeille agricultrice à St Just près Brioude et membre de la commission communication au sein de la confédération nationale de l’élevage et Guillaume Redon, un JA de Saugues par ailleurs Youtuber (chaine youtube : Guillaume éleveur de brebis).
Christine Vazeille fait partie de ces éleveurs qui se sont formés pour communiquer auprès du grand public. Tout commence à l’époque de la vache folle, “période à laquelle les éleveurs ont été montrés du doigt sans vraiment expliquer la cause de cette crise sanitaire...”. C’est à partir de cette crise-là, que la profession a souhaité former des éleveurs à la communication pour parler de leurs pratiques, des chartes qu’ils respectaient...
“Puis très vite, l’élevage a fait l’objet d’attaques sur le bien-être animal, la consommation de produits issus des animaux, l’environnement..., des sujets sur lesquels il a fallu faire appel à des experts pour déboucher sur le bilan carbone par exemple. Et puis sont arrivées ces vidéos qui nous ont fait très peur. C’est alors qu’on s’est dit qu’il fallait mettre en avant tout ce que l’on avait fait sur nos fermes ; et pour cela il fallait trouver les bons mots” explique Christine Vazeille.


Communiquer auprès des 96% de consommateurs
Mais avant d’en dire davantage, l’agricultrice a dévoilé 3 chiffres importants : “Dans notre société, on trouve 2% de détracteurs de notre métier (ou végans) qui sont de très bons communiquants, 2% d’éleveurs et 96% de consommateurs. Alors, faut-il passer son temps à lutter contre ces détracteurs ou bien faut-il se concentrer sur les 96% de consommateurs ?”. Le groupe communication auquel Christine Vazeille appartient a choisi la cible des 96% de consommateurs qu’il est possible d’atteindre par le biais de vidéos, de la vente directe, de fermes ouvertes, de salons, de journalistes...
Toutefois pour communiquer efficacement, l’agricultrice conseille d’employer “un langage que l’autre peut comprendre et entendre”. “Il s’agit en effet d’expliquer simplement son métier, les atouts comme les faiblesses. C’est justement ce qu’elle a fait par l’intermédiaire d’une vidéo disponible sur youtube “une mise à l’herbe très montagnarde” où elle explique simplement les réalités de sa ferme. “Il ne s’agit pas de montrer ‘Martine à la ferme’ et de cacher la réalité. Sur une ferme, il y a des hauts et des bas et il ne faut pas l’occulter !” ajoute-t-elle.Et face aux détracteurs de l’élevage, Christine Vazeille préconise de faire valoir ce type de vidéos “car eux seuls ne détiennent pas la vérité !”.
L’agricultrice a par ailleurs invité les jeunes présents lors du jugement de bétail à réfléchir aux messages qu’ils seront amenés à faire passer une fois installés. “Ainsi, si vous rencontrez des détracteurs, vous serez en mesure de répondre !”.
De son côté Guillaume Redon, jeune éleveur ovins à Saugues a décidé lui aussi de communiquer sur son métier par le biais de sa chaine Youtube. Alors que le fossé se creuse entre urbains et agriculteurs, que des mouvements antispécistes font du tort à l’élevage “qui entretient nos territoires”, Guillaume Redon a décidé de poster des vidéos pour montrer son métier au quotidien, les côtés positifs comme négatifs. “Je fais des vidéos depuis le début de l’année et j’ai plein de retours positifs de la part des internautes. L’objectif final étant de redonner confiance aux personnes qui consomment nos produits”.


“C’est à nous agriculteurs de communiquer sur nos pratiques”
“C’est à nous agriculteurs de communiquer sur nos pratiques avec des mots simples même si nos métiers sont de plus en techniques” a indiqué Guillaume Redon.
Pour Christine Vazeille, “Si on veut justifier notre présence dans nos campagnes, il faut rétablir ce lien avec les consommateurs, avec nos voisins, le milieu rural et les urbains”.
Le président des JA Anthony Fayolle a mis en garde les jeunes sur l’utilisation des réseaux sociaux : “L’enjeu est d’arriver à trier le bon du mauvais sur ces réseaux”. “Dans notre parcours d’agriculteur, il faut désormais avoir conscience qu’une partie de notre temps doit être dédié à la communication sur notre territoire” ajoute-t-il en annonçant le projet des JA en matière de communication : “nous voulons organiser des inaugurations d’installations à destination du voisinage, des municipalités... C’est un moyen de désamorcer plus facilement les problèmes”.

Jean-Claude Massebeuf
Jean-Claude Massebeuf - © HLP

Il a dit…
Jean-Claude Massebeuf
“N’ayez pas honte d’être agriculteur. C’est un très beau métier. On nourrit la population. Et c’est triste de devoir défendre notre métier aujourd’hui...”. “J’ai un autre message à faire passer : Pour que l’agriculture bio existe, il faut une agriculture conventionnelle” : Jean-Claude Massebeuf, agriculteur à Goudet et administrateur au Crédit Agricole Loire Haute-Loire.

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