La Haute-Loire Paysanne 03 mars 2010 à 15h15 | Par Hervé GARNIER

Bruno Le Maire donne le coup d'envoi de la 47ème édition du Salon de l'Agriculture

En l'absence - remarquée - du Président Nicolas Sarkozy, c'est Le Ministre de l'Agriculture Bruno Le Maire qui a inauguré le Salon International de l'Agriculture à Paris qui a ouvert ses portes samedi 27 février. C'est une première, le Commissaire européen à l'Agriculture Dacian Ciolos a arpenté les allées du Salon aux côté du Ministre et du Président de la FNSEA Jean Michel Lemétayer.

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Dacian Ciolos a inauguré le 47è SIA avec Bruno Le Maire. Ils étaient accompagnés par Jean-Michel Lemétayer, président de la FNSEA.
Dacian Ciolos a inauguré le 47è SIA avec Bruno Le Maire. Ils étaient accompagnés par Jean-Michel Lemétayer, président de la FNSEA. - © Réussir

Nicolas Sarkozy n’a pas inauguré le Salon de l’agriculture. Il devrait s’y rendre le week-end prochain avec « une série d’annonces », selon le ministre de l’Agriculture, Bruno Le Maire. « Il y aura des annonces et il y aura surtout, ce qu’attendent les agriculteurs, le signe très clair de la part du président de la République de sa volonté de s’engager dans le débat européen », a-t-il précisé sur RTL. L’absence du président Sarkozy à l’inauguration a été peu appréciée, certains allant même jusqu’à parler de « mépris des agriculteurs ». « Nicolas Sarkozy aurait dû venir dès l’ouverture afin de manifester son soutien aux paysans », a déclaré le président de la FNSEA. « Cela aurait été un signe de sa volonté de défendre cette profession ». La veille sur Europe 1, il a estimé : « le président Sarkozy a beaucoup de difficultés avec la campagne, avec le monde paysan ».
Jean-Michel Lemétayer doit rencontrer cette semaine le chef de l’Etat, avant sa venue au salon. « Je vais lui dire la réalité de la situation dans laquelle nous sommes et ce que nous attendons de sa part, notamment sur le plan européen ». Il entend d’abord lui demander « à ce que soit complété le plan de soutien. Le ballon d’oxygène que nous avons obtenu est insuffisant parce qu’il y a de fortes demandes chez les banquiers. C’est maintenant que les producteurs ont besoin de trésorerie ». Le président de la FNSEA attend aussi du président de la République qu’il prenne l’initiative sur le plan européen. « Les ministres de l’Agriculture auront des décisions importantes à prendre pour notre futur. Celles-ci seront déterminées par les orientations préalablement définies par les chefs d’Etat et de gouvernement et donc par le président Sarkozy, auquel je demande de prendre le leadership d’une autre politique agricole ».

Le commissaire européen attentif et ouvert

La crise agricole, la baisse sévère des revenus, les marchés agricoles et leur régulation, la révision de la PAC après 2 013 étaient au cœur des débats, dès l’ouverture de ce Salon de l’agriculture. C’est le ministre de l’Agriculture Bruno Le Maire qui a donné le coup d’envoi de cette 47e édition. Le ministre a débuté sa visite inaugurale en allant saluer la mascotte Aïda, la vache salers qui fait l’affiche du salon. Souriant, Bruno Le Maire a pris tout son temps pour discuter avec des agriculteurs venus lui parler de leurs difficultés. Le ministre a multiplié les arrêts auprès des éleveurs de Limousines, Charolaises, Rouge des prés, Villars de Lans, Prim’Holstein… A chaque fois, il s’est montré soucieux de savoir comment les agriculteurs valorisaient leur production, le lait comme la viande. « Ce que souhaitent les agriculteurs, c’est arriver à s’en sortir, arriver à avoir des perspectives constructives pour l’avenir, c’est ce que je retiens avant tout de ces échanges ».
Rejoint en milieu de matinée par le nouveau Commissaire européen de l’agriculture, le Roumain Dacian Ciolos, les deux hommes ont arpenté le salon : les filières de l’élevage, puis celles des grandes cultures, les fruits et légumes sans oublier la filière viticole. L’occasion pour le ministre français de lui faire redécouvrir la diversité de l’agriculture française, car ce dernier connaît déjà bien la France et son agriculture ayant fait une partie de ses études supérieures agricoles à Rennes. « Il est logique que le Commissaire européen en charge de l’agriculture profite d’une telle occasion pour rencontrer les agriculteurs et discuter de leurs problèmes », a déclaré Dacian Ciolos. Le Commissaire s’est montré très attentif et très ouvert au dialogue. « Il n’y a pas qu’en France que l’agriculture rencontre des difficultés. On dispose d’un instrument, la PAC, que l’on va essayer de mieux adapter afin qu’elle réponde encore mieux aux réalités de l’agriculture européenne ».

Dacian Ciolos

« À côté des mesures de libéralisation, il faut des mécanismes de gestion »

Dacian Ciolos, le nouveau commissaire européen à l’agriculture, précise, répondant en quelque sorte à la position de la France, que les instruments de régulation « doivent être bien ciblés et rester d’application exceptionnelle. » À la veille de l’ouverture du Salon de l’agriculture de Paris où il devait se rendre, Dacian Ciolos a répondu à nos questions.

Le Salon de l’agriculture de Paris a choisi pour thème cette année la recherche et l’innovation. Vous-même, vous êtes plutôt sensible aux OGM ou à l’agriculture biologique ?
Face aux défis qui sont devant nous, l’innovation est un élément clef pour l’agriculture européenne. La recherche aura, c’est certain, un rôle important dans les prochaines années. Mais cette question ne doit pas se résumer aux OGM. Ce n’est pas mon option personnelle qui compte mais plutôt comment gérons-nous cette réalité. Les OGM existent en Europe comme l’agriculture biologique qui a pris un essor important ces dernières années. Nous devons assurer aux agriculteurs la possibilité de choisir, ainsi qu’aux consommateurs.

La France veut changer l’orientation des réformes agricoles jugées trop libérales ces dernières années. Est-ce aussi votre intention pour 2013 ?
Il faut être clair : il n’est pas possible de revenir en arrière sur les réformes. Les décisions ont toujours été le fruit de compromis. Et la France, comme l’Allemagne et les autres Etats membres, ont été d’accord avec les orientations retenues. De façon plus générale, je crois qu’il faut éviter d’aller une fois dans un sens, une fois dans un autre. Il faut garantir une certaine stabilité, tant politique qu’économique, aux agriculteurs pour qu’ils sachent dans quelle direction aller. Cependant, je pense qu’à côté des mesures de libéralisation des marchés et d’adaptation au contexte international, il nous faut des mécanismes de gestion assurant une certaine stabilité des revenus, ainsi que la possibilité d’éviter des crises comme celle du secteur laitier par exemple.

Quand présenterez-vous votre projet de réforme ?
Je pense être en mesure de présenter dès la fin de l’année une communication avec des orientations pour l’après-2013. Avant cela, j’entends mener une vraie consultation, un vrai débat public au-delà des partenaires agricoles traditionnels. Je souhaite que le grand public, les contribuables, les organisations non gouvernementales y participent. Ce débat sera lancé dès le mois d’avril. J’espère que des premières conclusions seront dégagées au début de l’été, probablement à l’occasion d’une conférence que je souhaite organiser. D’ici là, j’entends parcourir l’Europe et aller à la rencontre, bien sûr des ministres de l’agriculture, mais également des représentants agricoles et des élus locaux, visiter des exploitations. De ma formation, j’ai appris que l’on ne peut pas comprendre l’agriculture en restant derrière un bureau. L’enjeu de ce débat est clairement de montrer aux citoyens qu’il y a plus d’avantages à maintenir la politique agricole commune qu’à s’en passer.

Vous plaidez pour une politique agricole plus équitable. Les exploitations françaises toucheront-elles les mêmes aides qu’en Pologne ou qu’en Lettonie ?
Pour renforcer la crédibilité de la politique agricole commune auprès des contribuables, pour donner des perspectives à long terme aux exploitations, nous ne pourrons pas faire l’économie d’une réflexion sur des méthodes de calcul pour les aides directes. Il est difficilement imaginable qu’entre 2014 et 2020 ces aides, importantes pour assurer une certaine stabilité du revenu des producteurs, soient basées sur des niveaux de production des années 2000-2002. Les aides doivent être transparentes et équitables.

La volatilité accrue des prix agricoles ne rend-elle pas nécessaire la création d’un fonds de crise comme il en existe déjà un pour aider les éleveurs en cas d’épizooties ?
Il n’y a pas de doute, la volatilité des prix est devenue ces dernières années un problème essentiel. Nous devons avoir les outils à disposition pour accompagner les agriculteurs dans les situations difficiles comme nous en avons vécues ces derniers mois. Mais ces instruments doivent être bien ciblés et rester d’application exceptionnelle. Sur cette question, je suis véritablement à l’écoute et ouvert aux nouvelles idées. Les premières discussions au Conseil agricole ont montré la diversité des solutions envisageables, mais déjà une convergence d’un grand nombre d’Etats membres sur la nécessité d’agir.

Propos recueillis par F.-X. Simon, A. Chevenier et L. Vernet

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